Trois faits rapportés les 5 et 6 octobre racontent chacun une facette d’une guerre qui entre dans son huitième mois. Lors d’un meeting de campagne dans le Nebraska, Donald Trump a présenté le coût de la guerre comme un « petit prix à payer », dans un passage où il citait Los Angeles et San Diego. Le ministre iranien du Pétrole a démissionné, et Washington affirme que l’Iran n’a pas chargé un seul baril de brut depuis le 25 août. Au Yémen, les forces gouvernementales, appuyées par l’aviation saoudienne, revendiquent la reprise de Mokha et de positions autour du détroit de Bab el Mandeb, perdus face aux Houthis en septembre ; les Houthis démentent.
Le marché pétrolier en fait la synthèse. Le Brent s’échangeait autour de 101 dollars le 6 octobre, 11% plus cher qu’en moyenne en août, alors que la production arrêtée dans la région est tombée de 10,9 millions de barils par jour en mai à 4,8 millions en septembre, selon l’EIA. Le pétrole du Golfe circule de nouveau, mais une partie passe désormais par la mer Rouge, dont Bab el Mandeb est la porte sud. Pour le Maroc, dont la facture énergétique a augmenté de 32,6% sur un an à fin août, c’est ce passage qui compte. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Fait | Source | Statut |
|---|---|---|
| Propos de Donald Trump sur Los Angeles et San Diego, lors d’un meeting dans le Nebraska | Meeting public, 5 octobre | Établi |
| Lecture de la Maison Blanche : un Iran nucléaire aurait menacé des villes américaines | Communication de la Maison Blanche | Déclaration |
| Aucun baril de brut iranien chargé depuis le 25 août | Secrétaire américain au Trésor | Déclaration |
| Démission du ministre iranien du Pétrole, intérim confié au directeur de la compagnie pétrolière nationale | Présidence iranienne | Établi |
| Dollar à 270 000 tomans sur le marché libre de Téhéran, un record | Marché des changes, 5 octobre | Établi |
| Reprise de Mokha, de Dhubab et de positions autour de Bab el Mandeb | Forces gouvernementales yéménites | Revendiqué, démenti |
Classement MarocBoursier Research à partir des déclarations publiques des parties et des comptes rendus de la presse internationale ; « établi » signifie confirmé par la partie concernée ou par plusieurs sources, et non vérifié de façon indépendante.
Le passage le plus commenté vient du meeting du 5 octobre, à quatre semaines des élections américaines du 3 novembre. Donald Trump y a présenté les sacrifices liés à la guerre, dont la hausse du prix de l’essence selon les comptes rendus, comme un « petit prix à payer pour garder le monde en sécurité ». Évoquant ensuite un Iran nucléaire capable de détruire « une ville », il a lancé : « qu’ils détruisent Los Angeles, qu’ils détruisent San Diego ». Après les condamnations du gouverneur de Californie et des maires des deux villes, la Maison Blanche a précisé que « des villes américaines auraient été menacées si un Iran nucléaire n’avait pas été arrêté ».
Pour un investisseur, la phrase compte moins que ce qu’elle révèle : à un mois d’un scrutin, le président américain assume le coût énergétique de la guerre plutôt que de promettre de le réduire. Le 6 octobre, il affirmait que le pétrole franchit Ormuz « à des niveaux égaux, et parfois supérieurs, à ceux d’avant la guerre ».
Depuis le milieu de juillet, la marine américaine bloque de nouveau les ports iraniens. Le secrétaire américain au Trésor en a donné la mesure le 6 octobre, en commentant la démission du ministre du Pétrole : « l’Iran n’a pas chargé un seul baril de brut depuis le 25 août ». L’intérim revient au directeur de la compagnie pétrolière nationale.
La pression passe aussi par la monnaie. Sur le marché libre de Téhéran, le dollar a atteint 270 000 tomans le 5 octobre, un record, contre environ 135 000 en janvier : le rial a perdu la moitié de sa valeur en 2026. La banque centrale dit avoir fourni 2 milliards de dollars au marché, mais ses propres chiffres montrent la contrainte : 24,9 milliards de dollars de devises fournies à début octobre, contre 28 milliards un an plus tôt, une baisse supportée surtout par l’industrie.
Washington lie une trêve permanente à une réduction « significative » des capacités d’enrichissement de l’Iran, pendant qu’une médiation qatarie se poursuit. Donald Trump résume la difficulté : « personne ne sait qui dirige le pays », le guide suprême ayant été tué dès le 28 février. En face, Téhéran garde un levier, la gêne de la navigation : depuis le 2 octobre, au moins un incident par jour a été signalé dans le détroit d’Ormuz ou le golfe d’Aden, selon les avis de sécurité maritime britanniques, et Oman a évacué le 6 octobre dix marins du pétrolier On Peace, touché près du détroit.
Le paradoxe tient en deux séries de l’EIA, l’agence américaine d’information sur l’énergie, publiées le 6 octobre. La production arrêtée dans la région est tombée de 10,9 millions de barils par jour au pic de mai à 4,8 millions en septembre : 56% des volumes perdus sont revenus, et fin septembre, selon les données de suivi des pétroliers, les expéditions de brut de la région hors Iran ont par moments dépassé leur moyenne d’avant la guerre. Pourtant, le Brent a atteint 114 dollars en moyenne en septembre, 23 dollars de plus qu’en août, avec un pic à 131 dollars le 15 septembre.
| Période | Brent, moyenne | Production arrêtée | Repère |
|---|---|---|---|
| Mai 2026 | n.d. | 10,9 Mb/j | pic des arrêts de production |
| Août 2026 | 91 $ | 5,8 Mb/j | reprise progressive des flux |
| Septembre 2026 | 114 $ | 4,8 Mb/j | attaques contre l’oléoduc Petroline, pic à 131 $ le 15 |
| 6 octobre 2026 | 101 $ environ | n.d. | cotation du jour |
| T4 2026, prévision | 105 $ | 4,5 Mb/j | stocks mondiaux encore en baisse |
| T2 2027, prévision | 87 $ | n.d. | montée des routes de contournement |
| T4 2027, prévision | 74 $ | n.d. | reconstitution des stocks |
Moyennes mensuelles, pic du 15 septembre, production arrêtée et prévisions publiés par l’EIA dans ses perspectives de court terme du 6 octobre 2026 ; cotation du 6 octobre : données de marché ; n.d. : non disponible.
Deux raisons expliquent l’écart. Le stock d’abord : les stocks mondiaux ont baissé de 1,9 million de barils par jour au troisième trimestre et baisseraient encore de 0,7 million au quatrième, selon l’EIA ; un marché sans coussin réagit plus fort à chaque incident. La route ensuite : le pic du 15 septembre ne vient pas d’Ormuz mais, écrit l’EIA, des attaques contre l’oléoduc saoudien Petroline, « un contournement crucial » du détroit, qui transportait plus de 5 millions de barils par jour vers Yanbu, sur la mer Rouge. Réparé, il a repris partiellement le 22 septembre.
À 101 dollars, le baril reste 19% plus cher que l’hypothèse de 85 dollars retenue en juillet par le HCP pour le troisième trimestre. L’EIA prévoit 105 dollars au quatrième trimestre, puis 74 dollars fin 2027, à mesure que les routes de contournement, les transbordements en mer et de nouveaux oléoducs aux Émirats arabes unis réduiront la production arrêtée. Cette trajectoire suppose que ces routes restent ouvertes. C’est ce qui se joue au Yémen.
Le détroit de Bab el Mandeb relie la mer Rouge au golfe d’Aden. C’est la sortie sud de la route de contournement : le brut chargé à Yanbu pour l’Asie doit le franchir. Début septembre, les Houthis, alliés de Téhéran, ont pris toute la côte yéménite de la mer Rouge, de Mokha jusqu’au détroit ; quelques jours plus tard, des attaques contre l’oléoduc saoudien, dont l’EIA ne précise pas l’auteur, portaient le Brent à 131 dollars.
| Date | Événement |
|---|---|
| Juillet | Fin de la trêve entre les Houthis, le gouvernement et l’Arabie saoudite ; attaques contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge |
| Début septembre | Offensive houthie dans la province de Taëz ; prise de Mokha, de Dhubab et de la côte jusqu’au détroit |
| 15 septembre | Brent au plus haut, à 131 $, après les attaques contre l’oléoduc Petroline |
| 22 septembre | Reprise partielle des flux de l’oléoduc |
| 4 octobre | Annonce de l’offensive gouvernementale « Aube du Yémen » |
| 5 octobre | Campagne aérienne saoudienne ; missiles et drones houthis sur les aéroports de Jizan et Najran |
| 5 et 6 octobre | Le gouvernement revendique Mokha, Dhubab et des positions autour du détroit ; les Houthis démentent |
Chronologie établie par MarocBoursier Research à partir des communiqués des parties, des données de l’EIA et des comptes rendus de la presse internationale ; les gains territoriaux sont ceux revendiqués par les parties.
L’offensive « Aube du Yémen », annoncée le 4 octobre, vise à reprendre cette côte. Menée par des brigades yéménites soutenues par Riyad, avec une campagne aérienne saoudienne inédite depuis la trêve de 2022 et un appui en renseignement américain, elle revendique Mokha, l’aéroport de Dhubab et des positions autour du détroit. Le camp houthi parle d’« héroïsme fabriqué ».
Même reprise, la côte ne suffit pas à sécuriser la route : le 5 octobre, des missiles et des drones houthis ont visé les aéroports saoudiens de Jizan et Najran, faisant trois blessés légers selon les autorités saoudiennes. Le bilan humain est lourd : 959 morts et plus de 4 200 blessés selon l’OMS, plus de 184 000 déplacés selon l’OIM.
Les chiffres du gouvernement : 1 122 frappes, 1 747 combattants mis hors de combat et 364 véhicules détruits, selon ses communiqués. Aucun n’est vérifiable de façon indépendante.
Le démenti houthi : le mouvement affirme tenir ses positions, et ses tirs du 5 octobre montrent qu’il garde une capacité de frappe.
Le vrai test : la reprise du trafic commercial par le détroit, visible dans les données de navigation, dira plus que les communiqués des deux camps.
Le Maroc paie la guerre d’abord par sa facture énergétique : 96,4 milliards de dirhams à fin août selon l’Office des Changes, en hausse de 32,6% sur un an. Les importations progressent de 84,3 milliards et le déficit commercial se creuse de 25,4%, à 282,6 milliards. Selon nos calculs, l’énergie explique environ 23,7 milliards de dirhams de hausse, soit 28% de la progression des importations et 41% du creusement du déficit.
Le choc arrive ensuite à la pompe. En août, l’indice des prix à la consommation du HCP progresse de 0,8% sur un mois, porté par les carburants, en hausse de 9,8%. Sur un an, il recule pourtant de 0,3%, grâce à l’alimentaire, en baisse de 3,9%, et l’inflation de fond ne progresse que de 0,1% : le carburant n’a pas encore gagné le reste des prix. Mais août correspond à un Brent moyen de 91 dollars ; l’indice de septembre, attendu dans la seconde quinzaine d’octobre, couvrira un mois à 114 dollars.
La Bourse de Casablanca n’a aucune exposition directe au conflit, mais elle encaisse le climat : le 6 octobre, le MASI a clôturé à 16 892,54 points, en recul de 10,37% depuis janvier, et notre Fear & Greed le place à 36,5, en zone de peur.
| Valeur | Canal | Score | Zone | Rang historique |
|---|---|---|---|---|
| Afriquia Gaz | gaz et carburants | 30,6 | Peur | 2e centile |
| TAQA Morocco | combustibles importés | 28,9 | Peur | 3e centile |
| Ciments du Maroc | industrie énergivore | 26,9 | Peur | 4e centile |
| Marsa Maroc | trafic maritime | 34,6 | Peur | 6e centile |
| Holcim Maroc | industrie énergivore | 29,3 | Peur | 9e centile |
| Sonasid | industrie énergivore | 27,6 | Peur | 10e centile |
| CTM | carburant | 42,5 | Peur | 23e centile |
| Médiane des 47 valeurs notées | 31,2 | Peur |
Fear & Greed Index MarocBoursier Research, photo du 6 octobre 2026 ; rang historique : centile du score du jour dans l’historique propre de chaque valeur.
Six de ces sept valeurs sont dans le dixième le plus bas de leur propre historique. Mais c’est aussi le cas de 24 des 45 valeurs dont l’historique le permet : la peur est générale et ne vise pas particulièrement les valeurs exposées à la guerre. Nous ne pouvons pas isoler la part du conflit dans des scores qui mesurent le sentiment toutes causes confondues, publications semestrielles comprises.
Alors : un Brent autour de 91 dollars, l’hypothèse de 85 dollars du HCP dépassée d’environ 7%, et des élections américaines de novembre qui introduisaient une incitation à la désescalade.
Aujourd’hui : un Brent à 114 dollars en moyenne en septembre, 34% plus cher que l’hypothèse du HCP ; les frappes ont laissé place au blocus, et le président américain assume en campagne le coût de la guerre.
Ce que nous en retenons : la contrainte électorale a pesé sur la forme de la guerre, pas sur son coût pour les importateurs d’énergie. Pour le Maroc, c’est le coût qui compte.
Premièrement, Bab el Mandeb : seule la reprise du trafic commercial par le détroit dira si la route de contournement se sécurise. Deuxièmement, la négociation sur l’enrichissement, face à une économie iranienne dont la monnaie a perdu la moitié de sa valeur cette année. Troisièmement, les chiffres marocains : l’indice des prix de septembre, la facture énergétique à fin septembre, attendue fin octobre, et l’hypothèse pétrolière du prochain Point de conjoncture du HCP.
Un mot pour finir. Cette guerre a changé de forme sans changer de prix : les frappes ont laissé place au blocus, le pétrole du Golfe circule de nouveau, mais le baril reste proche de 100 dollars, parce que le brut qui contourne Ormuz dépend d’autres passages. Pour un investisseur marocain, la position défendable reste de ne pas parier sur l’issue, mais de connaître son exposition. Ce qui se joue à Bab el Mandeb finit, quelques semaines plus tard, sur les prix à la pompe au Maroc.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il traite d’un conflit armé en cours : les éléments présentés reflètent la situation connue au 7 octobre 2026 et peuvent être démentis ou dépassés. Les gains territoriaux et les bilans sont ceux revendiqués ou publiés par les parties et les organisations citées, sans constat indépendant. Les citations sont des traductions de MarocBoursier Research ; les prévisions de prix sont celles de l’EIA. Le Fear & Greed Index mesure le sentiment à partir des cours ; il ne constitue ni un signal d’achat ni un signal de vente. Aucun pronostic géopolitique n’est formulé, aucune valeur n’est recommandée et aucun objectif de cours n’est fixé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.