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Bank Al-Maghrib · Analyse de trajectoire

Taux directeur · pourquoi une pause monétaire prolongée se dessine jusqu’à fin 2026 : le reflux du pétrole et le ralentissement de l’inflation désamorcent le risque importé, les marchés se tournent désormais vers l’inflation, le pétrole et le Trésor

27 juin 2026 Taux directeur : 2,25% Inflation mai : +1,2% Brent : ~73 $ Scénario : statu quo prolongé

Quatre jours après la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur à 2,25%, deux signaux macro-économiques majeurs sont venus conforter la lecture d’un statu quo durable : le net ralentissement de l’inflation en mai et l’effondrement du prix du pétrole. Ensemble, ils désamorcent le principal risque que la banque centrale disait surveiller — l’inflation importée par l’énergie.

Pour l’investisseur de la Bourse de Casablanca, l’enjeu n’est plus tant la prochaine décision de taux — largement attendue stable — que le nouvel agenda qui se dessine derrière elle : une inflation désormais bien contenue, une facture énergétique allégée, et un Trésor qui évolue dans un environnement de taux favorable. Décryptage d’une trajectoire.

I · Le point de départ · la décision du 23 juin

Réuni le 23 juin 2026 pour sa deuxième session trimestrielle, le Conseil de Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25% — une décision largement anticipée. La banque centrale a réaffirmé une approche « réunion par réunion », fondée sur les données, en arbitrant entre trois considérations : une inflation jugée maîtrisée, une croissance solide, et un environnement international incertain.

Dans ses projections, l’institution tablait sur une inflation moyenne de 1,5% en 2026 (puis 2,1% en 2027), une croissance de +5,2% en 2026, et une progression du crédit bancaire de +6,8%. Le principal facteur de vigilance identifié était alors le choc énergétique importé : la guerre au Moyen-Orient avait propulsé les prix des carburants et alourdi la facture énergétique du Royaume. C’est précisément ce risque qui vient de se desserrer.

II · Deux signaux qui désamorcent le risque inflationniste

Inflation mai (a/a)
+1,2%
vs +1,7% en avril
Brent (26 juin)
~73 $
−21% sur le mois
Inflation sous-jacente
−0,1%
sur un an
Carburants (mai, m/m)
−3,6%
après le pic

1 · L’inflation ralentit nettement

Selon le Haut-Commissariat au Plan, l’indice des prix à la consommation a progressé de +1,2% sur un an en mai 2026, en net ralentissement par rapport aux +1,7% d’avril. Sur un mois, l’IPC a même reculé de 0,9%, tiré par la baisse des prix alimentaires (−2,1%). Surtout, l’inflation sous-jacente — qui exclut les produits à prix volatils et à tarifs publics — ressort en baisse de 0,1% sur un an, traduisant l’absence de pressions inflationnistes de fond. Un point clé : les prix des carburants, après leur envolée (+21,8% en avril), ont reflué de 3,6% sur le seul mois de mai.

2 · Le pétrole s’effondre avec la réouverture d’Ormuz

Le second signal est encore plus spectaculaire. Le baril de Brent est retombé autour de 73 dollars le 26 juin — son plus bas niveau depuis fin février — effaçant la quasi-totalité de la prime de guerre. Sur le mois, le recul atteint ~21% ; sur la seule semaine, environ 10%, la plus forte baisse hebdomadaire depuis un mois. La cause est géopolitique : la perspective d’un accord de paix entre Washington et Téhéran a permis une réouverture progressive du détroit d’Ormuz, par où transite une part majeure du brut mondial. Les exportations du Golfe seraient remontées à environ 75% de leurs niveaux d’avant-guerre, l’Arabie saoudite ayant repris ses chargements. La trajectoire reste fragile — les tensions persistent autour du respect du cessez-le-feu — mais la direction du prix est sans ambiguïté baissière, au point que plusieurs grandes banques d’investissement ont révisé leurs prévisions à la baisse.

Pourquoi ces deux signaux comptent autant

Le pétrole et les carburants étaient le canal n°1 du risque inflationniste pour le Maroc, importateur net d’énergie. Leur reflux simultané agit sur deux fronts : il allège mécaniquement l’inflation à venir (les carburants pèsent lourd dans le panier de l’IPC) et il réduit la facture énergétique de la balance des paiements. Le scénario qui inquiétait la banque centrale — une inflation importée durable — perd ainsi en probabilité.

III · Vers une pause prolongée · et un nouvel agenda pour les marchés

La conjonction de ces éléments renforce la lecture d’un statu quo monétaire durable. Avec une inflation contenue, une croissance solide et un risque importé qui se desserre, Bank Al-Maghrib dispose de peu de raisons de modifier son taux à court terme — ni à la hausse (l’inflation ne l’exige pas), ni à la baisse (la croissance ne le réclame pas et la prudence internationale invite à la patience). Le scénario d’une pause prolongée, potentiellement jusqu’à la fin de 2026, gagne ainsi en crédibilité. Il convient toutefois de rappeler que la banque centrale demeure strictement dépendante des données : tout choc — résurgence du conflit, rebond du brut, dérapage budgétaire — pourrait rebattre les cartes.

Dès lors, l’attention des marchés se déplace du « combien » (le niveau du taux, désormais stable) vers trois autres variables :

L’inflation, surveillée mois après mois

Avec une trajectoire désormais bien orientée, chaque publication mensuelle du HCP servira à confirmer (ou non) la désinflation. Tant que la sous-jacente reste atone, l’hypothèse d’un taux stable tient ; une réaccélération changerait la donne.

Le pétrole, variable géopolitique

À ~73 $, le Brent est devenu un facteur de soulagement plutôt qu’une menace. Mais sa trajectoire dépend entièrement de la solidité de l’accord au Moyen-Orient : la moindre re-fermeture d’Ormuz rallumerait la prime de risque. C’est le principal aléa externe pour le scénario de pause.

Le Trésor, dans un environnement favorable

Un loyer de l’argent bas et stable, conjugué à une facture énergétique allégée par le reflux du brut, offre au Trésor des conditions de financement plus confortables et soulage la pression sur les équilibres budgétaires. La détente du pétrole pourrait, à elle seule, améliorer les projections de facture énergétique pour l’année.

IV · Lecture pour la Bourse de Casablanca

Pour le marché actions marocain, cette configuration est globalement lisible et plutôt favorable, à plusieurs titres.

Un cadre porteur pour les bancaires. Un taux directeur stable à un niveau bas, conjugué à un crédit bancaire qui accélère (+6,8% projeté), compose un environnement favorable à l’activité des grandes valeurs financières de la cote — Attijariwafa Bank, BCP, Bank of Africa, CIH Bank, BMCI et Crédit du Maroc. La visibilité sur le coût de financement est, en soi, un atout pour ce compartiment qui pondère lourdement les indices.

Un soulagement pour les importateurs d’énergie. Le reflux du pétrole allège la facture des entreprises énergivores et, plus largement, soutient le pouvoir d’achat via des prix à la pompe orientés à la baisse — un facteur de fond positif pour la consommation et donc pour les valeurs qui y sont exposées.

Un environnement obligataire détendu. La stabilité du taux directeur ancre les taux courts et limite la pression sur les rendements obligataires — un contexte qui, traditionnellement, soutient l’attractivité relative des actions à dividende face aux placements de taux.

La vigilance à conserver

Ce scénario favorable repose sur une hypothèse centrale : la désescalade au Moyen-Orient se confirme et le pétrole reste contenu. Le principal risque pour les marchés n’est donc plus tant monétaire que géopolitique. Un retournement sur Ormuz réactiverait, par ricochet, le risque inflationniste importé — et, avec lui, l’incertitude sur la trajectoire des taux.

À retenir

  • Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25% le 23 juin, en approche « réunion par réunion ».
  • Deux signaux confortent un statu quo durable : l’inflation ralentit (+1,2% sur un an en mai, sous-jacente à −0,1%) et le Brent s’effondre à ~73 $ (−21% sur le mois).
  • Le reflux du pétrole, lié à la réouverture du détroit d’Ormuz, désamorce le principal risque d’inflation importée que surveillait la banque centrale.
  • Le scénario d’une pause monétaire prolongée (potentiellement jusqu’à fin 2026) gagne en crédibilité — sous réserve que la banque centrale reste dépendante des données.
  • Les marchés se tournent vers trois variables : l’inflation (mois après mois), le pétrole (aléa géopolitique) et le Trésor (financement facilité).
  • Lecture BVC : cadre porteur pour les bancaires (crédit +6,8%), soulagement pour les énergivores, environnement obligataire détendu — la principale vigilance étant désormais géopolitique.

Sources

  • Bank Al-Maghrib · communiqué du Conseil du 23 juin 2026 et projections macroéconomiques.
  • Haut-Commissariat au Plan · note d’information relative à l’IPC du mois de mai 2026.
  • Données de marché sur le Brent (Trading Economics, EIA) · cours au 26 juin 2026.
  • Reprises de marché sur la réouverture du détroit d’Ormuz et les révisions de prévisions pétrolières.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. Les scénarios de trajectoire de taux décrits relèvent d’une lecture analytique des données disponibles à la date de publication et ne préjugent pas des décisions futures de Bank Al-Maghrib, qui demeure souveraine et dépendante des données. Les données de marché (notamment le prix du pétrole) sont volatiles et susceptibles d’évoluer rapidement. Les performances et tendances passées ne préjugent pas des évolutions futures. Tout investisseur est invité à conduire ses propres analyses ou à consulter un professionnel agréé.