Le conseil d’administration de la Société des Boissons du Maroc a arrêté le 24 septembre les comptes du premier semestre. Le chiffre d’affaires consolidé progresse de 4,3%, à 1 232,5 millions de dirhams, le résultat d’exploitation de 16,2%, à 159,4 millions, et le résultat net part du groupe recule de 8,6%, à 79,9 millions.
Le semestre est meilleur que ne le laisse penser ce dernier chiffre. Les ventes additionnent un premier trimestre en baisse de 9,2% et un deuxième en hausse de 9,8%, l’exploitation progresse près de quatre fois plus vite qu’elles, et le bénéfice ne recule que face à une base 2025 gonflée par des éléments non récurrents : sans eux, il gagne 10,2 millions, selon l’émetteur. Le point qui demande attention est ailleurs : en excédent financier de 401 millions à fin mars, le groupe affiche au 30 juin un endettement net de 27 millions.
Ces comptes paraissent au moment où la consommation d’alcool des jeunes adultes préoccupe toute l’industrie. Les mesures publiées en 2026 décrivent une génération Z qui boit nettement moins aux États-Unis, mais pas partout, et qui change surtout ce qu’elle boit. C’est à cette aune que nous relisons la stratégie de SBM. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Période | 2024 | 2025 | 2026 | Variation 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Premier trimestre | 361 | 351 | 319 | −9,2% |
| Deuxième trimestre | 756 | 833 | 915 | +9,8% |
| Premier semestre, indicateurs trimestriels | 1 117 | 1 184 | 1 234 | +4,2% |
| Premier semestre, comptes arrêtés | 1 181,3 | 1 232,5 | +4,3% | |
| Poids du deuxième trimestre dans le semestre | 68% | 70% | 74% | +4 pts |
Indicateurs trimestriels publiés par l’émetteur ; premier trimestre 2024 obtenu par différence. Les comparatifs 2025 des communiqués de 2026 (833 et 1 184) dépassent de 3 millions ceux publiés en août 2025 (830 et 1 181) ; sur la base d’origine, le deuxième trimestre progresserait de 10,2%.
Le premier trimestre a reculé de 9,2%, en raison selon l’émetteur d’un effet calendaire défavorable lié au positionnement de Chaâbane et de Ramadan. Le deuxième a progressé de 9,8%, porté par deux marques locales de bière, Flag Spéciale Gold et Casablanca, par le démarrage de la saison estivale et par les activations commerciales autour de la Coupe du Monde 2026. Les comptes sociaux suivent le même profil : +8,1% au deuxième trimestre, +3,8% sur le semestre.
Sur trois ans, la série montre plus qu’un effet de calendrier. Le premier trimestre recule pour la deuxième année consécutive, de 361 à 319 millions, soit 12% de moins en deux ans. Le deuxième progresse pour la deuxième année d’environ 10% et gagne 21% en deux ans. Il pèse désormais les trois quarts du semestre.
L’explication calendaire mérite une précision. Chaâbane et Ramadan sont tombés entièrement au premier trimestre en 2025 comme en 2026, avec une dizaine de jours d’avance cette année, et le trimestre comptait aussi la fin de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc jusqu’au 18 janvier. Le communiqué ne chiffrant pas l’effet, la part du calendrier et celle de la demande restent impossibles à séparer.
Les investissements reculent d’un tiers, à 33 millions, consacrés surtout au renouvellement des emballages consignés et au matériel de réfrigération.
| Étage | S1 2025 | S1 2026 | Écart | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires consolidé | 1 181,3 | 1 232,5 | +51,2 | +4,3% |
| Résultat d’exploitation | 137,2 | 159,4 | +22,2 | +16,2% |
| Marge d’exploitation | 11,6% | 12,9% | +1,3 pt | |
| Distance entre exploitation et RNPG | 49,9 | 79,5 | +29,6 | |
| Résultat net part du groupe | 87,3 | 79,9 | −7,4 | −8,6% |
| RNPG hors éléments non récurrents, selon l’émetteur | +10,2 |
Chiffres et variations publiés par l’émetteur ; marges et distance entre exploitation et résultat net : calculs MarocBoursier Research. Cette distance regroupe résultat financier, non courant, impôt, écarts d’acquisition, mises en équivalence et minoritaires, que le communiqué ne détaille pas.
Les 51,2 millions de chiffre d’affaires supplémentaire ont produit 22,2 millions de résultat d’exploitation : une marge de 43% sur les ventes additionnelles, contre 11,6% sur l’ensemble du semestre 2025. La marge d’exploitation gagne 1,3 point, à 12,9%, ce que l’émetteur attribue au deuxième trimestre et à ses actions d’optimisation industrielle, de productivité et de maîtrise des coûts.
Deux précisions. Le chiffre d’affaires de SBM inclut les droits de consommation reversés à l’État, comptabilisés en impôts et taxes : environ 44% du chiffre d’affaires consolidé en 2025. Rapportée aux ventes nettes de ces droits, base sur laquelle publient les brasseurs internationaux, la marge serait presque deux fois plus élevée. Et un semestre ne s’annualise pas : en 2025, le premier a porté 38% du chiffre d’affaires annuel mais seulement 26% du résultat d’exploitation, 137,2 millions sur 523,7.
Le résultat net part du groupe recule de 7,4 millions. Le communiqué l’explique par une base de comparaison élevée : le premier semestre 2025 avait bénéficié d’éléments non récurrents liés à l’assainissement des comptes de tiers, clients et fournisseurs. Hors ces éléments, il progresse de 10,2 millions.
Pour passer d’un recul de 7,4 millions à une hausse de 10,2, les éléments non récurrents doivent peser 17,6 millions de plus en 2025 qu’en 2026. Le rapport semestriel 2025 avait estimé l’effet de l’assainissement à 29,7 millions, sans préciser s’il s’entendait avant ou après impôt ; le communiqué de 2026 ne donne aucun montant, et les deux chiffres ne se rapprochent pas sans hypothèse.
Une seconde vérification porte sur ce qui se passe sous l’exploitation. Imposés à 35%, taux applicable en 2026 aux entreprises dont le bénéfice atteint 100 millions, les 22,2 millions d’exploitation supplémentaire laisseraient environ 14,4 millions de résultat net, contre 10,2 annoncés hors non récurrent. L’écart, de l’ordre de 4 millions, se loge dans le résultat financier, la première quote-part d’Africa Retail Market ou la part des minoritaires ; le communiqué ne permet pas de le ventiler.
Au 31 mars, SBM affichait un excédent financier consolidé de 401 millions. Au 30 juin, ses indicateurs font état d’un endettement financier net de 27 millions, contre un excédent de 253 millions un an plus tôt. L’émetteur relie ce mouvement aux dividendes versés et aux engagements contractuels liés à l’entrée au capital d’Africa Retail Market.
Le dividende en explique l’essentiel. L’assemblée générale du 13 mai a voté 127 dirhams par action, dont 20 dirhams exceptionnels, mis en paiement à partir du 18 juin : 359,4 millions sur 2 829 653 actions, soit près de 105% du résultat net part du groupe de l’exercice 2025, 343,4 millions.
Le prix payé pour Africa Retail Market n’est pas publié, et il ne se déduit pas de la variation de trésorerie, qui mêle dividende, 27 millions d’investissements, besoin en fonds de roulement saisonnier et flux de l’exploitation. Les excédents publiés avec les indicateurs trimestriels ne coïncident d’ailleurs pas toujours avec la trésorerie nette des bilans ; l’ordre de grandeur du mouvement, lui, ne fait pas de doute.
SBM détient 33,33% de ce distributeur, exclusif au Maroc pour les produits vendus sous les enseignes Hyper U, Super U et U Express. Le Conseil de la concurrence a publié le 5 mars 2026 la notification de l’opération, présentée comme une acquisition de contrôle conjoint dans la distribution moderne à dominante alimentaire.
La participation est mise en équivalence : les ventes du distributeur n’entrent pas dans le chiffre d’affaires de SBM, et seule une quote-part de son résultat apparaîtra sous l’exploitation. Ni le prix, ni ses comptes, ni le détail des engagements ne sont publiés. L’émetteur y voit une nouvelle étape dans la diversification de ses activités.
La génération Z désigne les jeunes nés à partir de la fin des années 1990 ; les plus âgés ont aujourd’hui 28 ou 29 ans. L’idée d’une génération sobre s’est installée dans le débat public, mais les trois mesures publiées cette année ne racontent pas la même histoire.
| Source | Population | Indicateur | Résultat |
|---|---|---|---|
| Gallup, juillet 2026 | États-Unis, 18 à 34 ans | Part de ceux qui boivent de l’alcool | 50%, contre 58% en 2023 |
| IWSR, juillet 2026 | Quinze marchés, génération Z en âge légal | A bu au cours des six derniers mois | 74%, contre 66% trois ans plus tôt |
| UCL, mars 2026 | Royaume-Uni, génération née entre 2000 et 2002, à 23 ans | Six verres ou plus en une occasion, au moins une fois par mois | 29%, contre 25% pour la génération née en 1989 et 1990, interrogée à 25 ans |
Populations et questions différentes : la tranche de Gallup inclut les Américains de 18 à 20 ans, sous l’âge légal de 21 ans ; l’IWSR ne retient que les consommateurs en âge légal.
Aux États-Unis, la baisse est nette : 54% des adultes déclarent boire de l’alcool, le plus bas niveau mesuré par Gallup depuis 1939, pour la deuxième année consécutive, et 50% seulement chez les 18 à 34 ans. Un adulte sur deux juge désormais nocifs un ou deux verres par jour. Détail qui intéresse un brasseur : chez les jeunes adultes, les spiritueux font maintenant jeu égal avec la bière comme boisson préférée, alors que la bière dominait nettement il y a dix ans.
Sur les quinze grands marchés que suit l’IWSR, l’image s’inverse : 74% de la génération Z en âge légal a bu au cours des six derniers mois, contre 66% trois ans plus tôt, et ce sont les 61 ans et plus qui modèrent le plus, à 71%. Au Royaume-Uni, la génération née entre 2000 et 2002, suivie par l’University College London sur près de 10 000 jeunes, est loin de l’abstinence : à 23 ans, 68% ont bu au moins une fois dans l’année six verres ou plus en une occasion.
La lecture la plus fidèle n’est donc pas celle d’une génération qui renonce à l’alcool, mais d’un recul de sa place dans certains pays, d’abord les États-Unis, et d’un déplacement des choix que les résultats des brasseurs rendent visible.
| Indicateur | Heineken, premier semestre 2026 | AB InBev, deuxième trimestre 2026 |
|---|---|---|
| Volumes | +1,6% au total, +0,4% en consolidé | +0,9%, dont bière +1,1% |
| Chiffre d’affaires, en organique | +2,7% | +5,6%, dont +4,2% par hectolitre |
| Sans alcool | +12%, faible et sans alcool, en volume | +27%, bière sans alcool, en revenus |
| Hors bière | +8% | +44%, en revenus |
Chiffres publiés par les deux groupes, dont le chiffre d’affaires s’entend net des droits d’accise ; semestre pour Heineken, trimestre pour AB InBev.
Les volumes des deux premiers brasseurs mondiaux progressent à peine, de 0,4% à 1,6% selon le périmètre. Leur chiffre d’affaires va plus vite, porté par le prix et le mix : +4,2% par hectolitre chez AB InBev. Et leurs segments les plus dynamiques répondent à la modération : la bière sans alcool, dont les revenus bondissent de 27% chez AB InBev, et les boissons alcoolisées hors bière, cidres, prémix et cocktails prêts à boire, en hausse de 8% chez Heineken et de 44% chez AB InBev. L’industrie ne compense pas la modération par les volumes, mais par la valeur et par de nouvelles formes, y compris sans alcool.
Le portefeuille de SBM a bougé dans la même direction, et l’émetteur le revendique. Depuis 2025, le groupe a ouvert une catégorie d’alcomix avec la gamme Booster, des cocktails prêts à boire au gin et à la vodka que son rapport de gestion présente comme pensés pour les jeunes consommateurs, y compris ceux qui ne boivent pas de bière. Il y voit une réponse à l’émergence de « nouveaux modes de consommation qui émanent d’une clientèle jeune et urbaine ». Il est aussi revenu aux boissons gazeuses avec la limonade La Cigogne, relancée en octobre 2024 après plus de 25 ans d’absence, dont de nouveaux parfums arrivent au second semestre. Et il brasse sous licence depuis mai 2025 des bières Carlsberg destinées au segment premium.
La croissance du semestre vient pourtant encore du cœur du métier : le communiqué cite d’abord la progression des volumes de bière, portée par Flag Spéciale Gold et Casablanca. Il ne mentionne aucune bière sans alcool, l’un des segments les plus dynamiques chez les deux leaders mondiaux, et ne chiffre ni ses volumes ni le poids des nouvelles catégories. Impossible, dès lors, de savoir quelle part des 4,3% vient du volume, du prix ou du mix, la question que la tendance mondiale rend centrale.
Transposer mécaniquement cette tendance au Maroc serait hasardeux. Il n’existe pas de mesure publique comparable de la consommation des jeunes adultes marocains, et les moteurs que cite SBM, saison estivale, tourisme, consommation hors domicile et grands événements sportifs, ne sont pas ceux qu’étudient les enquêtes sur la génération Z. Les données disponibles ne montrent pas de retournement local ; elles ne permettent pas non plus de faire la part du tourisme et de la demande intérieure.
Les volumes et le chiffre d’affaires par hectolitre, pour séparer volume, prix et mix.
Le montant des éléments non récurrents de chaque semestre, pour rapprocher les 17,6 millions implicites des 29,7 millions estimés en 2025.
Le prix d’entrée dans Africa Retail Market, ses comptes et le détail des engagements contractuels.
Le résultat net consolidé et la part des minoritaires, négative de 2,4 millions au premier semestre 2025.
La mesure de l’effet calendaire sur le premier trimestre.
Premièrement, le troisième trimestre, qui profite de la fin de la Coupe du Monde en juillet et du cœur de la saison : en 2025, le second semestre a porté près des trois quarts du résultat d’exploitation annuel. Deuxièmement, la position financière à fin décembre, pour voir si l’excédent revient une fois la saison encaissée. Troisièmement, la première contribution d’Africa Retail Market, et l’arrivée éventuelle d’une offre sans alcool.
Un mot pour finir. Le semestre de SBM est meilleur que son bénéfice : l’exploitation gagne 16%, le résultat hors non récurrent 10,2 millions, et le deuxième trimestre confirme pour la deuxième année une croissance proche de 10%. Les signaux à surveiller sont un premier trimestre qui recule deux ans de suite et une trésorerie passée en endettement net après un dividende supérieur au bénéfice. Quant à la génération Z, les chiffres de 2026 décrivent moins une génération qui arrête de boire qu’une génération qui boit autrement ; SBM en a pris acte dans son rapport 2025 en lançant des cocktails pour une clientèle jeune et urbaine, sans que ses communiqués citent encore de bière sans alcool.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur les communiqués et rapports officiels de l’émetteur, sur des sources primaires pour les données internationales et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les données trimestrielles proviennent d’indicateurs publiés avant l’arrêté des comptes. L’écart d’éléments non récurrents est déduit des variations publiées ; son montant par semestre n’est pas publié. Le passage théorique au résultat net applique un impôt de 35% et ne donne qu’un ordre de grandeur. Le poids des impôts et taxes est celui de l’exercice 2025. Les enquêtes sur les jeunes adultes portent sur des populations différentes et ne concernent pas le Maroc. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.