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Conjoncture · Confiance des ménages · 20 juillet 2026

L’indice de confiance des ménages s’établit à 60,1 points au deuxième trimestre 2026 : comment il se calcule vraiment, ce que dix-huit ans d’historique révèlent — et pourquoi le détail des sept composantes raconte une tout autre histoire que le chiffre global

20 juillet 2026 ICM : 60,1 points −4,3 pts sur le trimestre +5,5 pts sur un an Neutralité : 100

Le Haut-Commissariat au Plan a publié les résultats de son enquête permanente de conjoncture auprès des ménages pour le deuxième trimestre 2026. L’indice de confiance des ménages (ICM) s’établit à 60,1 points, contre 64,4 points au trimestre précédent et 54,6 points un an plus tôt. Le chiffre baisse donc sur trois mois, tout en restant nettement supérieur à son niveau d’il y a un an.

C’est cette ambiguïté qui rend l’indicateur difficile à lire, et qui explique que le même chiffre puisse donner lieu à des titres opposés. Pour en tirer quelque chose d’utile, il faut faire trois choses que peu de commentaires font : comprendre la méthode de calcul — car elle contient un repère décisif dont personne ne parle —, replacer le chiffre dans dix-huit ans d’historique, et surtout ouvrir le détail des sept composantes. Ce dernier exercice livre le résultat le plus instructif de toute la publication : ce qui s’est dégradé ce trimestre, ce n’est pas la situation présente des ménages, ce sont leurs anticipations.

I · Le chiffre du trimestre : un recul dans une remontée

ICM · T2 2026
60,1
sur une échelle de 0 à 200
Variation trimestrielle
−4,3
contre 64,4 au T1 2026
Variation annuelle
+5,5
contre 54,6 au T2 2025
Seuil de neutralité
100
jamais atteint depuis 2008

Les deux lectures sont exactes, et elles ne se contredisent pas. Sur un an, la confiance des ménages s’est nettement redressée : +5,5 points. Sur trois mois, elle reflue : −4,3 points. La remontée engagée depuis le printemps 2025 marque donc une pause, sans être remise en cause — l’indice reste bien au-dessus de ses niveaux de 2023-2024.

Le détail des réponses donne la mesure du climat. Interrogés sur l’évolution de leur niveau de vie au cours des douze derniers mois, 78,3% des ménages déclarent une dégradation, 16,5% un maintien et 5,2% une amélioration. Sur leur situation financière, 58,7% estiment que leurs revenus couvrent leurs dépenses, 38,7% déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne, et 2,6% seulement parviennent à épargner. Enfin, 65,3% jugent le moment inopportun pour acheter des biens durables, contre 14,7% d’un avis contraire.

Deux soldes hors indice, encore plus parlants

L’enquête mesure aussi des dimensions qui n’entrent pas dans le calcul de l’ICM, et dont les niveaux sont saisissants. Sur l’évolution passée des prix des produits alimentaires, le solde d’opinion atteint −97,0 points (contre −92,7 au trimestre précédent) : la perception d’un renchérissement est quasi unanime. Sur la capacité à épargner dans les douze prochains mois, le solde ressort à −80,9 points, en détérioration également. Deux indicateurs qui rappellent que la question du pouvoir d’achat alimentaire reste, de loin, la première préoccupation exprimée.

II · Comment se calcule l’ICM — et pourquoi le repère de 100 change la lecture

La méthode est explicitement décrite par le HCP, et elle est plus simple qu’on ne l’imagine. Tout part de questions qualitatives à trois modalités — amélioration, stagnation, détérioration — portant sur une période de douze mois. Pour chaque question, on calcule un solde d’opinion : la différence entre le pourcentage de réponses « amélioration » et celui de réponses « détérioration ». Les réponses « stagnation » ne comptent pas.

L’ICM agrège ensuite sept de ces soldes — quatre relatifs à la situation générale, trois à la situation propre du ménage :

Les sept composantes de l’indice

  • Évolution passée du niveau de vie
  • Perspective d’évolution du niveau de vie
  • Perspective d’évolution du nombre de chômeurs
  • Opportunité d’achat de biens durables
  • Situation financière actuelle du ménage
  • Évolution passée de la situation financière
  • Évolution future de la situation financière

La formule finale tient en une ligne : l’ICM est la moyenne arithmétique simple des sept soldes, augmentée de 100. L’indice varie donc de 0 à 200. Vérifions-le sur le trimestre écoulé : les sept soldes s’établissent à −73,1 ; −41,7 ; −38,8 ; −50,6 ; −36,1 ; −38,9 et +0,1. Leur somme donne −279,1, soit une moyenne de −39,9. Ajoutez 100, et vous obtenez exactement 60,1. L’indice publié se reconstruit au dixième près.

Élément de méthodePrécision
Nature des questionsQualitatives, 3 modalités, horizon 12 mois
Solde d’opinion% « amélioration » − % « détérioration »
Nombre de composantes7 (4 situation générale + 3 situation du ménage)
PondérationAucune — moyenne arithmétique simple
FormuleICM = 100 + moyenne des 7 soldes
Bornes théoriques0 à 200 · neutralité à 100
SaisonnalitéTests de Fisher (2008-2018) : aucune variation saisonnière stable

Deux enseignements découlent directement de cette mécanique, et ils sont souvent perdus dans les commentaires.

Premier enseignement : la pondération étant simple, chaque composante pèse exactement un septième. La perception du chômage compte donc autant que la situation financière actuelle du foyer. Une seule composante qui bouge fortement peut à elle seule déplacer l’indice — on va le voir, c’est précisément ce qui s’est produit ce trimestre.

Second enseignement : puisque l’indice varie de 0 à 200, le point d’équilibre théorique se situe à 100 — là où les opinions positives compensent exactement les négatives. Or, sur les 74 trimestres publiés depuis le début de 2008, l’ICM marocain n’a jamais atteint ce seuil. Son sommet historique, 87,3 points, correspond encore à un solde moyen de −12,7.

Une précaution que le HCP formule lui-même

Le HCP ajoute un avertissement méthodologique qu’il faut respecter : le niveau des soldes n’est pas directement interprétable — c’est leur évolution qui est analysée. Autrement dit, il ne faut pas conclure d’un ICM à 60,1 que « les ménages marocains vont 40% moins bien que la normale ». Les enquêtes déclaratives comportent des biais culturels et déclaratifs propres à chaque pays, et une comparaison brute de niveau entre pays n’a guère de sens. Ce qui est riche d’information, en revanche, c’est la trajectoire : la même question, posée de la même façon, trimestre après trimestre, pendant dix-huit ans.

III · Dix-huit ans d’historique : trois régimes, un plancher, un plafond jamais franchi

C’est en déroulant la série complète, du premier trimestre 2008 à aujourd’hui, que l’indicateur prend tout son sens. Trois régimes distincts se dégagent nettement.

PériodeNiveau de l’ICMCaractérisation
2008–2019Moyenne 78,5 · sommet 87,3Plateau haut, oscillations modérées
2020–2021De 75,7 à 60,6, puis rebond à 68,3Choc sanitaire, reprise partielle
202261,2 → 46,6 en quatre trimestresEffondrement : −14,6 points en un an
2023 – début 20259 trimestres entre 44,3 et 46,6Plancher — amplitude de 2,3 points seulement
Mi-2025 – 2026De 46,6 à 64,4, puis 60,1Redressement, avec une pause au T2

Le sommet historique est atteint aux premier et deuxième trimestres 2018, à 87,3 points. Le plancher absolu l’est au quatrième trimestre 2023, à 44,3 points. Entre les deux, une amplitude de 43 points — considérable pour un indicateur de ce type.

Le plus frappant reste l’épisode 2023-2024. Pendant neuf trimestres consécutifs, l’indice est resté enfermé entre 44,3 et 46,6 points — une amplitude de 2,3 points sur plus de deux ans. Ce n’est pas une baisse, c’est une stagnation au plus bas, la signature d’un pessimisme installé plutôt que d’un choc ponctuel. Deux facteurs se conjuguaient alors : la poussée inflationniste post-2021, particulièrement sur l’alimentaire, et une séquence de sécheresses qui a pesé sur les revenus ruraux.

Depuis 2008, l’indice n’est jamais monté jusqu’à la neutralité théorique. La question pertinente n’est donc pas « les ménages sont-ils confiants ? » — la réponse est structurellement non — mais « dans quel sens et à quelle vitesse le pessimisme se déplace-t-il ? ».
Lecture MarocBoursier Research

Sur ce critère, le bilan de la remontée en cours est encourageant mais partiel. Depuis le plancher de 44,3, l’indice a regagné 15,8 points, ce qui représente environ 37% du terrain perdu entre le sommet de 2018 et le creux de 2023. Il reste donc 27,2 points en dessous de son sommet. Et la moyenne de la période 2022-2026 (50,1) demeure très éloignée de celle des années 2008-2019 (78,5). Le redressement est réel ; le retour à la normale antérieure ne l’est pas encore.

IV · Le détail des sept composantes : ce qui a réellement bougé

Voici l’exercice le plus instructif, et celui qui manque presque toujours dans les commentaires : décomposer la variation de l’indice. Puisque l’ICM est une moyenne simple, il suffit de comparer chaque solde à sa valeur précédente pour savoir qui a fait bouger le chiffre.

Le recul trimestriel vient des anticipations, pas du présent

ComposanteT1 2026T2 2026Variation
Perspective du niveau de vie−28,8−41,7−12,9
Évolution future de la situation financière+5,8+0,1−5,7
Perspective du chômage−34,7−38,8−4,1
Évolution passée du niveau de vie−69,3−73,1−3,8
Évolution passée de la situation financière−36,7−38,9−2,2
Situation financière actuelle−35,0−36,1−1,1
Opportunité d’achat de biens durables−51,0−50,6+0,4

Le constat saute aux yeux. La perspective d’évolution du niveau de vie plonge de 12,9 points en un trimestre — à elle seule, cette composante explique environ 1,8 point du recul de l’indice, soit près de la moitié. L’évolution future de la situation financière recule de 5,7 points et repasse tout juste au-dessus de zéro, après avoir été positive au trimestre précédent. À l’inverse, la situation financière actuelle ne bouge quasiment pas (−1,1), et l’opportunité d’achat s’améliore légèrement.

La conclusion à retenir de ce trimestre

Ce ne sont pas les conditions présentes des ménages qui se sont dégradées entre janvier et juin — elles sont à peu près stables —, mais leur vision de l’avenir. C’est un signal qualitativement différent : les composantes prospectives réagissent typiquement plus vite à l’actualité économique et géopolitique qu’à la réalité du budget familial, qui évolue plus lentement. Un climat d’incertitude pèse donc déjà sur les intentions, avant même d’avoir affecté les portefeuilles.

L’amélioration annuelle ne vient pas du pouvoir d’achat

La décomposition sur douze mois est encore plus révélatrice, et va à l’encontre de l’interprétation spontanée. Le gain de 5,5 points sur un an provient presque entièrement de deux composantes : la perspective du chômage, qui s’améliore de 18,7 points (de −57,5 à −38,8), et l’opportunité d’achat de biens durables, qui gagne 12,2 points. S’y ajoutent des progrès plus mesurés sur les trois composantes financières.

Mais, dans le même temps, les deux composantes portant sur le niveau de vie se sont détériorées : −3,9 points pour l’évolution passée, −6,5 points pour la perspective. Traduction : l’indice remonte grâce à l’emploi, pas grâce au pouvoir d’achat. Les ménages redoutent moins le chômage qu’il y a un an — ce qui est cohérent avec l’excellente saison agricole décrite par le HCP dans son Point de conjoncture —, mais ils jugent leur niveau de vie plus dégradé qu’alors.

Lecture pour l’économie et la Bourse de Casablanca

Le HCP prévoit une consommation des ménages en hausse de 4,9% au troisième trimestre. Cette projection macro-économique et la perception micro décrite ici ne se contredisent pas nécessairement : l’agrégat peut progresser grâce aux revenus agricoles et à l’emploi, pendant que la perception du niveau de vie reste dégradée par les prix. Pour la cote, trois soldes méritent d’être suivis dans la durée : l’opportunité d’achat de biens durables (−50,6, mais en amélioration de 12,2 points sur un an), qui éclaire la demande adressée à la distribution et à l’équipement du foyer ; la capacité à épargner (−80,9), qui touche à la collecte de l’épargne longue ; et la part des ménages qui s’endettent ou puisent dans leur épargne (38,7%), pertinente pour le crédit à la consommation. Ces indications décrivent un environnement de demande ; elles ne constituent en aucun cas un signal d’achat ou de vente sur une valeur.

Un dernier point, décisif pour la suite. L’enquête du deuxième trimestre a été conduite entre avril et juin. Elle ne capte donc pas encore la flambée pétrolière de juillet ni la reprise des hostilités au Moyen-Orient. Si l’on retient que les composantes prospectives sont les plus réactives — ce que ce trimestre vient précisément de démontrer —, alors la prochaine publication, attendue à l’automne, sera la première à mesurer l’effet du choc énergétique en cours sur le moral des ménages marocains. C’est ce chiffre-là qu’il faudra lire avec attention.

À retenir

  • L’indice de confiance des ménages (ICM) s’établit à 60,1 points au deuxième trimestre 2026, contre 64,4 au trimestre précédent (−4,3 pts) et 54,6 un an plus tôt (+5,5 pts).
  • Méthode : l’ICM est la moyenne arithmétique simple de sept soldes d’opinion, augmentée de 100. Chaque solde est la différence entre le pourcentage de réponses « amélioration » et de réponses « détérioration ». L’indice varie de 0 à 200, la neutralité se situant à 100.
  • Aucune pondération : chaque composante pèse un septième. Le HCP précise que le niveau des soldes n’est pas directement interprétable — c’est leur évolution qui fait sens.
  • Sur les 74 trimestres publiés depuis 2008, l’indice n’a jamais atteint 100. Sommet historique : 87,3 (T1 et T2 2018). Plancher : 44,3 (T4 2023). Amplitude : 43 points.
  • Trois régimes : plateau haut 2008-2019 (moyenne 78,5) ; effondrement 2022 (−14,6 points en un an) ; puis neuf trimestres de plancher entre 44,3 et 46,6, avant le redressement engagé mi-2025.
  • La remontée a effacé environ 37% du terrain perdu ; l’indice reste 27,2 points sous son sommet de 2018.
  • Le recul du trimestre vient des anticipations : la perspective du niveau de vie chute de 12,9 points et l’évolution future de la situation financière de 5,7 points, alors que la situation financière actuelle est quasi stable (−1,1) et que l’opportunité d’achat s’améliore légèrement.
  • L’amélioration annuelle ne vient pas du pouvoir d’achat : elle repose sur la perspective du chômage (+18,7 pts) et l’opportunité d’achat (+12,2 pts), tandis que les deux composantes « niveau de vie » se sont dégradées.
  • Hors indice, deux soldes extrêmes : prix alimentaires passés à −97,0 (quasi-unanimité) et capacité à épargner à −80,9. Par ailleurs, 38,7% des ménages déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne.
  • L’enquête ayant été menée entre avril et juin, elle ne capte pas encore le choc pétrolier de juillet : la prochaine publication sera la première à le mesurer.

Sources

  • Haut-Commissariat au Plan · note d’information « Résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages, deuxième trimestre de l’année 2026 » : valeur de l’ICM, détail des sept composantes et de leurs soldes, autres soldes trimestriels, rappel méthodologique et tableau historique.
  • Haut-Commissariat au Plan · série historique « Évolution de l’indice de confiance des ménages (ICM) », rubrique Indicateurs niveau de vie (données trimestrielles depuis 2008).
  • Haut-Commissariat au Plan · Point de conjoncture N°50 (juillet 2026) : projection de consommation des ménages, contexte agricole et inflation.
  • Bank Al-Maghrib · communiqué du Conseil du 23 juin 2026 (taux directeur, projections d’inflation).
  • Calculs de vérification effectués à partir des soldes publiés par le HCP (reconstitution de l’indice et décomposition des variations).

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente. Il repose sur une publication statistique officielle et sur des calculs de décomposition effectués à partir des soldes publiés. Les résultats d’enquêtes déclaratives mesurent des perceptions, non des grandeurs comptables ; le HCP rappelle lui-même que le niveau des soldes n’est pas directement interprétable et que c’est leur évolution qui doit être analysée. Aucune comparaison internationale de niveau n’est proposée ici, ces indices n’étant pas construits de manière identique d’un pays à l’autre. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital. Chaque investisseur est invité à se forger sa propre opinion et à consulter un professionnel agréé avant toute décision.