Le Groupe LabelVie annonce un chiffre d’affaires consolidé de 10 193 millions de dirhams au premier semestre 2026 — la première fois que le groupe franchit le cap des dix milliards sur six mois. Les ventes de l’activité Grande Distribution progressent de 19% au deuxième trimestre, et le réseau compte 72 ouvertures depuis janvier.
Ce communiqué a une particularité qui le distingue de la quasi-totalité des publications que nous avons examinées cet été. Il ne se contente pas d’annoncer une croissance : il la décompose, en publiant à côté du +19% une seconde ligne, +6,6% à périmètre constant. Autrement dit, il indique lui-même ce que ses magasins existants ont produit et ce que les ouvertures ont apporté. C’est la donnée la plus utile qu’un distributeur puisse fournir, et presque personne ne la donne. Sans recommandation ni objectif de cours.
Un distributeur peut faire croître ses ventes de deux façons : en vendant davantage dans les magasins qu’il exploite déjà, ou en ouvrant de nouveaux magasins. Les deux comptent, mais elles ne disent pas la même chose. La première mesure la performance commerciale ; la seconde mesure la capacité à investir.
| T2 2025 | T2 2026 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Total | 3 870 | 4 607 | +19,0% |
| À périmètre constant | 3 700 | 3 945 | +6,6% |
| Écart imputable aux ouvertures | — | 12,4 points | |
Sur les dix-neuf points de croissance, six virgule six viennent des magasins existants et douze virgule quatre des magasins ouverts. Les deux tiers de la progression tiennent donc à l’expansion du réseau, un tiers à la performance des points de vente déjà en place.
Le groupe va plus loin encore et ventile lui-même les moteurs : 57% de la croissance proviennent de la montée en puissance des 141 magasins ouverts en 2025, 39% de la croissance à périmètre comparable, et 4% du déploiement de 2026. Les trois composantes totalisent bien 100%.
Le même exercice sur le semestre donne +17,4% au total et +5,4% à périmètre constant. La comparaison des deux périodes révèle un point favorable que le communiqué mentionne sans le souligner : la croissance comparable accélère, de 5,4% sur le semestre à 6,6% au deuxième trimestre. Le premier trimestre, reconstitué par différence, ressortait à environ 4,1%.
C’est un signal à part entière : la performance des magasins existants s’améliore d’un trimestre à l’autre. Le groupe l’attribue à la hausse continue de la fréquentation de ses enseignes.
Le tableau comporte une subtilité qui peut égarer, et qui explique un écart apparent dans les pourcentages annoncés.
| Ligne | T2 2025 | T2 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 4 569 | 5 375 | +17,6% |
| Chiffre d’affaires Grande Distribution | 4 457 | 5 218 | +17,1% |
| Ventes Grande Distribution | 3 870 | 4 607 | +19,0% |
| Ventes GD à périmètre constant | 3 700 | 3 945 | +6,6% |
« Chiffre d’affaires Grande Distribution » et « Ventes Grande Distribution » sont deux lignes distinctes, séparées de 611 millions au deuxième trimestre 2026. Le communiqué ne précise pas ce que recouvre cet écart — il indique seulement que ces indicateurs s’entendent hors immobilier et hors ventes de carburants.
Cette distinction a une conséquence pratique. Lorsque le groupe indique que la croissance comparable « représente 39% de la progression des ventes », ce pourcentage se vérifie en rapportant 6,6% à 17,1% — le taux de croissance du chiffre d’affaires Grande Distribution. Rapporté au +19,0% des ventes, on obtiendrait 35%.
Les deux calculs sont défendables et l’écart est mineur. Nous le signalons parce qu’un lecteur qui refait le calcul sur la mauvaise ligne obtiendra un résultat différent de celui annoncé, et pourra croire à une incohérence là où il n’y en a pas.
| Format | T2 2025 | T2 2026 | Variation | Poids 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Atacadao | 1 482 | 1 732 | +16,8% | 37,6% |
| Carrefour Market | 1 240 | 1 355 | +9,3% | 29,4% |
| Hypermarchés | 920 | 1 163 | +26,5% | 25,2% |
| Carrefour Express | 148 | 182 | +22,8% | 4,0% |
| Supeco | 80 | 175 | +120,0% | 3,8% |
| Total | 3 870 | 4 607 | +19,0% | 100% |
La somme des cinq formats correspond exactement aux ventes Grande Distribution publiées — aucun écart, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type de ventilation.
Le rapprochement de ce tableau avec les ouvertures annoncées livre l’observation la plus intéressante sur le réseau. Sur les 72 ouvertures réalisées depuis janvier, 59 sont des Supeco — soit 82% du programme. Or ce format ne représente encore que 3,8% des ventes du groupe.
Il décrit un format en phase de lancement. Supeco affiche la plus forte progression de tous les formats — +120%, soit un doublement des ventes — mais à partir d’une base très faible, et son poids reste marginal.
Deux lectures cohabitent. La favorable : le groupe construit méthodiquement un nouveau format à forte croissance, dont la contribution deviendra significative à mesure que les magasins monteront en régime. La prudente : 59 ouvertures mobilisent du capital et des équipes pour un apport encore modeste, et il faudra plusieurs exercices pour juger de la rentabilité du format.
Le communiqué ne fournit ni surface, ni chiffre d’affaires moyen, ni marge par format — aucune des données qui permettraient de trancher.
Un mot sur la ventilation elle-même. Le texte annonce 42 ouvertures au deuxième trimestre puis détaille « 59 Supeco, 5 Carrefour Market, 7 Carrefour Express et 1 Atacadao ». Ces quatre nombres totalisent 72 et non 42 : la ventilation porte donc sur les ouvertures depuis le début de l’année, non sur le seul trimestre. La formulation peut induire en erreur à la lecture rapide.
Le réseau atteint ainsi 483 points de vente pour 381 662 m² de surface, en progression de 19 303 m² sur l’exercice précédent. La surface moyenne par point de vente ressort à environ 790 m² — un chiffre qui reflète la stratégie multiformat, entre hypermarchés et magasins de proximité.
C’est le calcul que le communiqué ne fait pas, et il retourne la lecture.
| Période | 2025 | 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| T1 (reconstitué) | 331 | 71 | −78,5% |
| T2 | 420 | 666 | +58,6% |
| S1 | 751 | 737 | −1,8% |
Le premier trimestre 2026 a investi 71 millions contre 331 un an plus tôt — un montant divisé par près de cinq. Le deuxième concentre 90% de l’investissement du semestre.
Le −1,8% semestriel ne décrit donc aucune réduction de l’effort : il résulte d’un décalage de calendrier entre les deux exercices. En 2025, l’investissement était réparti entre les deux trimestres ; en 2026, il se concentre sur le second.
Le groupe explique cette enveloppe de 666 millions au deuxième trimestre par trois postes : le programme d’ouvertures de l’exercice, le renforcement des capacités logistiques, et la préparation des ouvertures prévues en 2027. Ce dernier point mérite d’être relevé : une partie des dépenses de 2026 prépare des magasins qui n’ouvriront pas avant l’an prochain, et ne produira donc aucune vente cette année.
L’endettement net s’établit à 4 650 millions à fin juin 2026, contre 4 606 millions à fin décembre 2025 — une progression de 44 millions, soit 1,0%.
Le groupe a investi 737 millions sur le semestre et son endettement n’a augmenté que de 44 millions. La différence — environ 693 millions, soit 94% de l’investissement — a donc été couverte autrement que par de la dette nouvelle.
Pour un distributeur, c’est la signature d’un modèle qui génère de la trésorerie : encaissements comptant, règlement des fournisseurs à terme, donc un besoin en fonds de roulement structurellement favorable. L’expansion du réseau est, pour l’essentiel, autofinancée.
Une précaution : ce raisonnement suppose qu’aucune opération exceptionnelle — cession, augmentation de capital, variation importante du besoin en fonds de roulement — n’est venue alimenter la trésorerie sur la période. Le communiqué ne comportant pas de tableau de flux, cette hypothèse n’est pas vérifiable ici.
Aucune donnée de rentabilité publiée. Le communiqué mentionne toutefois un objectif : une marge d’excédent brut d’exploitation proche de 9,3% sur l’exercice, en ligne avec la trajectoire du plan stratégique. C’est une cible, pas un réalisé.
Aucune donnée par format au-delà des ventes. Ni surface, ni rentabilité, ni chiffre d’affaires par mètre carré — ce qui empêche d’apprécier la performance relative des cinq enseignes.
Aucune précision sur l’écart entre « chiffre d’affaires Grande Distribution » et « ventes Grande Distribution », qui atteint pourtant 611 millions au trimestre.
Le communiqué rappelle enfin le projet de rapprochement annoncé le 4 mai 2026 avec Retail Holding S.A., visant à regrouper les activités des deux groupes au sein d’une entité unique cotée. Le processus est indiqué comme se poursuivant, sans calendrier ni modalités dans ce document — qui renvoie aux communiqués dédiés.
Premièrement, la croissance à périmètre constant au troisième trimestre : elle accélère depuis le début de l’année (4,1% puis 6,6%), et c’est l’indicateur le moins flatteur mais le plus révélateur. Deuxièmement, la montée en régime de Supeco, 82% des ouvertures pour 3,8% des ventes. Troisièmement, la tenue de l’endettement face à un investissement concentré sur le second semestre. Quatrièmement, l’avancement du projet de rapprochement, qui modifierait le périmètre.
Un mot pour finir. Ce communiqué appartient à la catégorie, rare cette saison, où l’émetteur fournit lui-même la donnée qui permet de relativiser sa propre performance. Afficher +19% et préciser dans la même ligne que 6,6% viennent des magasins existants, c’est donner au lecteur les moyens de juger. Nos deux apports se limitent à une précision de lecture sur deux lignes voisines, et au découpage trimestriel de l’investissement.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur le communiqué officiel de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Le premier trimestre 2026 est reconstitué par différence entre les données trimestrielles et semestrielles publiées. La part de l’expansion autofinancée est un rapprochement entre l’investissement et la variation d’endettement : il suppose qu’aucune opération exceptionnelle n’est intervenue sur la période, hypothèse non vérifiable en l’absence de tableau de flux de trésorerie. La précision relative aux deux lignes de revenus porte sur une difficulté de lecture : aucune inexactitude des données publiées n’est alléguée, et les pourcentages annoncés par l’émetteur se vérifient sur la ligne qu’il retient. Les objectifs de croissance et de marge mentionnés sont des cibles communiquées par l’émetteur, non des résultats. Les indicateurs trimestriels ne comportent aucune donnée de rentabilité réalisée : aucune conclusion sur les marges ou le résultat ne peut en être tirée. Le projet de rapprochement mentionné est un processus en cours dont l’issue et le calendrier ne sont pas établis. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.