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Politique monétaire · Réserve fédérale américaine · 16 septembre 2026

La Fed relève ses taux pour la première fois depuis trois ans — et retire de son communiqué la phrase qui attribuait l’inflation aux chocs énergétiques

Communiqué officiel du 16 septembre 2026 +25 pb à 3,75%–4,00% Vote : 12–0 16 membres sur 18 voient encore une hausse Projection 2027 relevée de 0,5 point

Le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine a relevé ce mercredi sa fourchette d’objectif d’un quart de point, à 3,75%–4,00%. C’est sa première hausse depuis 2023, et elle a été adoptée par douze voix contre zéro — alors qu’en juillet, trois membres avaient voté contre le maintien parce qu’ils voulaient déjà resserrer.

Cet article est construit sur les documents officiels publiés à 14 heures à Washington : le communiqué du Comité et le résumé des projections économiques. Leur lecture comparée avec ceux de juillet et de juin révèle trois choses que le chiffre de la hausse ne dit pas. Une phrase a été retirée du texte, et c’était celle qui imputait l’inflation aux chocs d’offre énergétiques. Une formule inhabituelle a été ajoutée. Et les projections de taux ont été relevées d’un demi-point pour 2027. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Le texteTrois mutations entre juillet et septembre

Nouvelle fourchette
3,75–4,00%
+25 points de base
Vote du Comité
12–0
contre 9–3 en juillet
Projection fin 2026
4,1%
contre 3,8% en juin
Projection fin 2027
4,1%
contre 3,6% en juin

Un communiqué de banque centrale se lit par différence avec le précédent. Chaque mot y est pesé, et ce qui disparaît compte autant que ce qui apparaît.

Tableau 1 — Ce que disaient les deux communiqués
 Juillet 2026Septembre 2026
Décisionmaintien à 3,50–3,75%hausse à 3,75–4,00%
Votetrois voix contreunanimité
Origine de l’incertitudele « conflit au Moyen-Orient »des « développements géopolitiques »
Explication de l’inflation« reflétant en partie des chocs d’offre… y compris l’énergie »phrase supprimée
Engagement—« Le Comité délivrera la stabilité des prix »
Demande intérieure—« s’est montrée résiliente »

Traductions de l’anglais. Les deux textes sont publics et consultables sur le site de l’institution.

La suppression

C’est le changement le plus lourd, et il tient en une phrase disparue. En juillet, le Comité écrivait que l’inflation restait élevée « reflétant en partie des chocs d’offre qui ont poussé les prix dans certains secteurs, y compris l’énergie ». En septembre, il écrit seulement : « L’inflation reste élevée. »

Attribuer l’inflation à un choc d’offre, c’est dire qu’elle vient de l’extérieur et qu’une banque centrale n’y peut pas grand-chose. Retirer cette phrase, c’est cesser de s’abriter derrière elle.
Lecture MarocBoursier Research

La nuance paraît théorique ; elle ne l’est pas. Un renchérissement dû à une guerre est un choc d’offre : la politique monétaire ne fait pas baisser le prix du baril, elle ne peut que détruire de la demande pour compenser. Tant que le Comité désignait l’énergie, il justifiait implicitement son attentisme. En retirant la mention, il assume que l’inflation est redevenue son affaire.

Deux autres modifications vont dans le même sens. Le « conflit au Moyen-Orient » devient de simples « développements géopolitiques » — formule plus neutre, moins exonératoire. Et la demande intérieure est décrite comme « résiliente », ce qui, dans le vocabulaire d’une banque centrale, signifie qu’elle peut supporter un resserrement.

L’ajout

Le communiqué se termine par une formule qu’on ne lit pas habituellement : « Le Comité délivrera la stabilité des prix. » Le langage consacré est plus prudent — on s’y dit « fermement engagé » à ramener l’inflation vers la cible. Ici, le verbe est au futur et sans réserve.

Ce type de formulation appartient à un registre précis : celui de la crédibilité. Une banque centrale l’emploie quand elle estime que le marché doute de sa détermination. La phrase précédente le confirme : la hausse du jour « soutiendra un retour plus rapide » à l’objectif de 2%. Plus rapide — donc le rythme précédent était jugé trop lent.

II · Les projectionsCe que les dix-huit membres voient devant eux

Le résumé des projections, publié en même temps, contient l’information la plus utile — et elle n’est pas dans la décision du jour.

Tableau 2 — Trajectoire médiane du taux directeur, en pourcentage
HorizonProjection de juinProjection de septembreRévision
Fin 20263,84,1+0,3 point
Fin 20273,64,1+0,5 point
Fin 20283,43,9+0,5 point
Fin 2029—3,6nouvel horizon
Long terme3,13,2+0,1 point

La ligne décisive est celle de 2027. En juin, le Comité voyait le taux redescendre à 3,6% d’ici la fin de l’année prochaine. Il le voit désormais au même niveau que fin 2026 — 4,1%. Autrement dit : aucune baisse pendant douze mois, là où trois mois plus tôt on en attendait deux.

Tableau 3 — Répartition des dix-huit membres, niveau visé pour fin 2026
Niveau du tauxMembresCe que cela suppose
4,375%4deux hausses supplémentaires
4,125%12une hausse supplémentaire
3,875%2le niveau atteint aujourd’hui suffit

Seize membres sur dix-huit — 89% du comité — voient au moins une hausse de plus d’ici décembre. Il reste deux réunions cette année : les 27-28 octobre et les 8-9 décembre.

Pour 2027, la dispersion raconte la même histoire : huit membres voient le taux à 4,375%, soit plus haut que la médiane de 2026, et six à 4,125%. Quatre seulement envisagent un niveau sensiblement inférieur.

Le reste des projections : une économie qui va bien

Tableau 4 — Révisions des autres variables, médianes
VariableJuinSeptembreSens
Croissance 20262,2%2,3%relevée
Croissance 20272,3%2,4%relevée
Chômage 20264,3%4,1%abaissé de 0,2 pt
Chômage 20274,3%4,1%abaissé de 0,2 pt
Inflation 20263,6%3,7%relevée
Inflation sous-jacente 20263,3%3,4%relevée

Croissance plus forte, chômage plus bas, inflation plus haute : c’est la configuration qui autorise un resserrement. Une banque centrale hésite à monter ses taux quand l’emploi vacille. Elle n’hésite plus quand il tient.

III · Le basculementLe comité a cessé de craindre pour l’emploi

C’est l’élément qui explique le passage de trois dissidents à l’unanimité, et il figure dans une annexe que peu de gens ouvrent.

Chaque participant indique si les risques entourant ses propres prévisions lui paraissent orientés à la hausse, à la baisse, ou équilibrés. La comparaison entre juin et septembre est frappante.

Tableau 5 — Membres jugeant les risques orientés à la hausse, sur dix-huit
Risque portant sur…JuinSeptembre
Le chômage70
L’inflation1717

En septembre, dix-sept membres sur dix-huit jugent les risques sur le chômage équilibrés. Sur l’inflation, ils sont dix-sept à les voir orientés à la hausse — chiffre inchangé depuis juin.

En juin, sept membres redoutaient une dégradation de l’emploi. En septembre, plus aucun. La crainte qui retenait le Comité a disparu ; celle qui le pousse à agir n’a pas bougé d’un pouce.

C’est cela, et non le niveau de l’inflation, qui a produit l’unanimité. Les trois membres qui votaient contre en juillet n’ont pas convaincu leurs collègues par des arguments nouveaux : ce sont les données d’emploi qui ont levé l’objection.

Ce que le comité continue de redouter

Sur l’inflation, dix-sept membres sur dix-huit jugent l’incertitude plus élevée que la normale des vingt dernières années, et dix-sept voient les risques orientés à la hausse. Ces deux chiffres sont identiques à ceux de juin.

L’indice de diffusion des risques d’inflation s’établit à 0,94 sur une échelle allant de −1 à +1 — un niveau qui n’avait été atteint qu’en 2021 et 2022, au plus fort de l’épisode inflationniste précédent.

Autrement dit : le Comité a monté ses taux, il compte remonter encore, et il considère que le risque reste du côté d’une inflation plus forte que prévu.

IV · Lecture MarocUn écart de taux qui se creuse et ne se refermera pas vite

Tableau 6 — L’écart avec le taux directeur marocain
 NiveauÉcart
Bank Al-Maghrib, taux directeur2,25%référence
Réserve fédérale, après la hausse3,75–4,00%1,50 à 1,75 point
Projection Fed, fin 20264,1%~1,85 point
Projection Fed, fin 20274,1%~1,85 point
Projection Fed, fin 20283,9%~1,65 point

Les écarts projetés supposent un taux directeur marocain inchangé. Ils ne constituent aucune prévision sur les décisions de la banque centrale marocaine.

Trois conséquences méritent d’être suivies, sans qu’aucune soit mécanique.

Sur le change. Un écart de taux qui se creuse en faveur du dollar exerce une pression sur les monnaies qui ne suivent pas. Le dirham évoluant dans une bande de fluctuation indexée sur un panier, l’effet n’est pas direct — mais il pèse sur les flux.

Sur la dette souveraine. Nous écrivions ce matin même que le Maroc entre dans un nouvel indice obligataire international dont le rendement moyen est de 10,4%, quand son dix ans se traite autour de 3,26%. La Fed projetant un taux directeur à 4,1% fin 2026, un placement court en dollars rapporterait davantage qu’une obligation marocaine à dix ans — sans risque de change pour un investisseur en dollars. Cela ne rend pas l’inclusion dans l’indice moins réelle ; cela rappelle que la visibilité n’est pas le flux.

Sur les émetteurs endettés en devises. Un coût du dollar plus élevé et durable renchérit les refinancements. Les sociétés de la cote concernées sont peu nombreuses, mais l’État, lui, a émis 2,25 milliards d’euros en mai.

Ce que ces documents ne disent pas

Aucune indication de calendrier. Le communiqué ne contient pas de phrase d’orientation sur les prochaines réunions : les projections sont des avis individuels, non un engagement collectif.

Aucune mention du bilan. Le texte se borne à indiquer que la politique de réserves abondantes se poursuit.

Aucune hypothèse de prix du pétrole n’est publiée, alors que les projections d’inflation en dépendent entièrement.

Trois points à suivre

Premièrement, la réunion des 27-28 octobre : seize membres sur dix-huit voient encore au moins une hausse d’ici décembre. Deuxièmement, le compte rendu de cette réunion, publié le 7 octobre, qui dira comment l’unanimité s’est construite. Troisièmement, le prochain conseil de Bank Al-Maghrib, et sa lecture de l’écart.

Un mot pour finir. Nous écrivions le 11 septembre qu’un baril à cent dollars alimente l’inflation, que l’inflation pousse les taux, et que les trois mouvements étaient liés. Le troisième vient de se produire. Mais le communiqué officiel, lui, ne fait plus le lien — et c’est précisément ce qui rend cette décision plus sérieuse qu’un simple quart de point.

À retenir

  • La décision : hausse d’un quart de point à 3,75%–4,00%, première depuis 2023, adoptée par douze voix contre zéro — alors qu’en juillet, trois membres avaient voté contre le maintien parce qu’ils voulaient déjà resserrer.
  • La phrase supprimée, et c’est le fait le plus lourd : en juillet, le texte imputait l’inflation à des chocs d’offre, y compris l’énergie. En septembre, il écrit seulement « L’inflation reste élevée. » Attribuer l’inflation à un choc d’offre, c’est dire qu’une banque centrale n’y peut pas grand-chose. Retirer la phrase, c’est cesser de s’abriter derrière elle.
  • Deux autres modifications vont dans le même sens : le « conflit au Moyen-Orient » devient de simples « développements géopolitiques », et la demande intérieure est qualifiée de « résiliente » — ce qui, en langage de banque centrale, signifie qu’elle peut supporter un resserrement.
  • L’ajout : « Le Comité délivrera la stabilité des prix. » Le langage consacré dit « fermement engagé ». Ce futur sans réserve appartient au registre de la crédibilité. Et la hausse doit soutenir un retour « plus rapide » à la cible — donc le rythme précédent était jugé trop lent.
  • Les projections de taux ont été relevées : fin 2026 de 3,8% à 4,1%, fin 2027 de 3,6% à 4,1% (+0,5 point), fin 2028 de 3,4% à 3,9%. Le Comité ne voit plus aucune baisse entre fin 2026 et fin 2027, là où il en attendait deux en juin.
  • Le vote des dix-huit sur fin 2026 : douze voient 4,125% (une hausse de plus), quatre voient 4,375% (deux de plus), deux jugent le niveau actuel suffisant. Soit seize sur dix-huit pour au moins une hausse supplémentaire, avec deux réunions restantes — octobre et décembre.
  • Les autres projections dessinent une économie solide : croissance relevée (2,3% en 2026), chômage abaissé de 0,2 point à 4,1%, inflation relevée à 3,7%. C’est la configuration qui autorise un resserrement — on hésite à monter les taux quand l’emploi vacille, pas quand il tient.
  • Le basculement qui explique l’unanimité : en juin, sept membres jugeaient les risques sur le chômage orientés à la hausse. En septembre, aucun. Sur l’inflation, ils restent dix-sept sur dix-huit — chiffre inchangé. La crainte qui retenait le Comité a disparu ; celle qui le pousse n’a pas bougé.
  • L’indice de diffusion des risques d’inflation atteint 0,94 sur une échelle de −1 à +1 — niveau qui n’avait été vu qu’en 2021 et 2022.
  • Pour le Maroc : l’écart avec le taux directeur de Bank Al-Maghrib (2,25%) atteint 1,50 à 1,75 point, et passerait à ~1,85 si les projections se réalisent — jusqu’à fin 2027.
  • Conséquence pour la dette souveraine : nous relevions ce matin que le dix ans marocain se traite à 3,26%. Avec un taux directeur américain projeté à 4,1%, un placement court en dollars rapporterait davantage qu’une obligation marocaine à dix ans, sans risque de change pour un investisseur en dollars.
  • Ce que ces documents ne disent pas : aucune indication de calendrier — les projections sont des avis individuels, non un engagement ; aucune mention détaillée du bilan ; et aucune hypothèse de prix du pétrole, alors que les projections d’inflation en dépendent entièrement.

Sources

  • Board of Governors of the Federal Reserve System · communiqué du Comité fédéral de l’open market publié le 16 septembre 2026 à 14 heures, heure de l’Est : décision de relèvement de la fourchette d’objectif, résultat du vote, appréciation de l’activité économique, de la demande intérieure, de la productivité, de l’investissement, de l’emploi et de l’inflation, et engagement relatif à la stabilité des prix.
  • Board of Governors of the Federal Reserve System · communiqué du même Comité publié le 29 juillet 2026, utilisé pour la comparaison des textes : décision de maintien, résultat du vote et noms des membres ayant voté contre, mention du conflit au Moyen-Orient et attribution partielle de l’inflation à des chocs d’offre incluant l’énergie.
  • Board of Governors of the Federal Reserve System · résumé des projections économiques publié le 16 septembre 2026 : médianes, tendances centrales et fourchettes des projections de croissance, de chômage, d’inflation totale et sous-jacente et de taux directeur pour 2026 à 2029 et à long terme, comparaison avec les projections de juin, répartition individuelle des dix-huit participants par niveau de taux, et appréciations d’incertitude et de risques assorties de leurs indices de diffusion historiques.
  • Board of Governors of the Federal Reserve System · calendrier des réunions du Comité pour 2026 et 2027.
  • Données de marché · taux directeur de Bank Al-Maghrib et rendement des bons du Trésor marocains à dix ans.
  • Analyses antérieures de MarocBoursier Research sur l’évolution du prix du baril depuis juillet 2026 et sur l’entrée du Maroc dans un nouvel indice obligataire international.
  • Calculs MarocBoursier Research (écarts de révision entre les projections de juin et de septembre, agrégation des répartitions individuelles de taux, écarts avec le taux directeur marocain aux différents horizons projetés) à partir des documents officiels.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. Il repose sur les documents officiels publiés par la banque centrale américaine — communiqués du Comité et résumé des projections économiques — et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les citations du communiqué sont des traductions de l’anglais ; le texte original fait foi. Les projections sont les avis individuels des participants sur la politique qu’ils jugent appropriée, non un engagement du Comité ni une prévision de ce qu’il décidera : l’institution rappelle elle-même que l’incertitude entourant ces trajectoires est considérable, l’erreur historique moyenne sur les taux courts atteignant ±1,7 point à un an et ±2,3 points à deux ans. L’interprétation des modifications de texte entre juillet et septembre est une lecture de MarocBoursier Research et n’engage pas l’institution, qui ne commente pas ses choix de rédaction. Les écarts de taux projetés avec le Maroc supposent un taux directeur marocain inchangé et ne constituent aucune prévision sur les décisions de Bank Al-Maghrib. Les développements sur les effets de change et de refinancement décrivent des mécanismes généraux. Aucun objectif de cours ni de taux n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.