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Holding industrielle · Comptes semestriels · 20 septembre 2026

Delta Holding affiche un résultat net inchangé à 125 millions : quatre lignes sous l’exploitation compensent son recul, et un négoce qui double masque une production en baisse de 23%

Comptes au 30 juin 2026, examen limité RNPG : 125,4 MDH (stable) Exploitation : 177,2 MDH (−8,1%) Négoce : +94% Production de l’exercice : −23% Dividende de 175 MDH non versé au 30 juin

Le conseil d’administration de Delta Holding a arrêté le 17 septembre les comptes au 30 juin, soumis à l’examen limité des commissaires aux comptes. Le communiqué décrit un semestre de stabilité : chiffre d’affaires de 1 323 millions de dirhams, dans la continuité de 2025, et résultat net part du groupe maintenu à 125 millions.

Nous avions analysé le 18 août les indicateurs trimestriels de cet émetteur, en relevant que la stabilité du chiffre d’affaires recouvrait deux trimestres opposés. Les comptes complets montrent qu’elle recouvre aussi deux activités opposées. Et ils permettent un calcul que le communiqué ne fait pas : le résultat net ne tient pas grâce à l’exploitation, qui recule de 8,1%, mais grâce à quatre lignes situées sous elle, qui compensent ce recul à soixante mille dirhams près. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Le pontQuinze millions perdus, quinze millions retrouvés ailleurs

Résultat net part du groupe
125,4
stable · MDH
Résultat d’exploitation
177,2
−8,1% · MDH
Chiffre d’affaires
1 322,8
−0,8% · MDH
Marge d’exploitation
13,4%
contre 14,5% un an plus tôt
Tableau 1 : de l’exploitation au résultat net part du groupe, en millions de dirhams
ÉtageS1 2025S1 2026Écart
Chiffre d’affaires1 333,51 322,8−10,7
Résultat d’exploitation192,8177,2−15,6
Résultat financier−4,00,0+4,0
Résultat non courant−4,0−0,6+3,4
Impôt sur les résultats−45,3−39,3+6,1
Part des minoritaires−7,3−5,2+2,0
Résultat net part du groupe125,4125,4−0,1

La dotation aux amortissements des écarts d’acquisition, identique sur les deux périodes (6,7 MDH), n’intervient pas dans l’écart.

L’arithmétique est nette. L’exploitation perd 15,6 millions. Quatre lignes en rendent autant : le résultat financier revient à l’équilibre (+4,0), le non courant se réduit (+3,4), l’impôt baisse (+6,1) et la part revenant aux actionnaires minoritaires recule (+2,0). Le solde est de −0,1 million.

Un résultat net qui ne bouge pas d’un dixième de million n’est pas le signe d’une activité stable. C’est le produit d’un recul et de quatre compensations qui tombent juste.
Lecture MarocBoursier Research

Aucune de ces quatre lignes n’est suspecte. Le résultat financier s’améliore parce que les provisions financières de 2025 ne se répètent pas. L’impôt baisse parce que la base imposable recule, et le taux effectif passe de 24,5% à 22,2%. Les minoritaires reçoivent moins parce que les filiales dont le groupe ne détient pas la totalité ont moins gagné. Mais aucune ne relève de l’activité industrielle, et rien ne garantit qu’elles joueront dans le même sens au prochain semestre.

II · Le mélangeUn chiffre d’affaires stable qui change de nature

Le compte de résultat distingue deux types de ventes. Leur évolution est opposée.

Tableau 2 : composition du chiffre d’affaires consolidé, en millions de dirhams
NatureS1 2025S1 2026Variation
Ventes de marchandises en l’état176,3341,9+93,9%
Ventes de biens et services produits1 157,2980,9−15,2%
Chiffre d’affaires1 333,51 322,8−0,8%
Part des ventes de marchandises13,2%25,8%doublée

Les ventes de marchandises en l’état désignent des produits achetés et revendus sans transformation : c’est une activité de négoce. Les ventes de biens et services produits recouvrent ce que le groupe fabrique ou réalise lui-même, dans l’industrie, la construction métallique et les infrastructures. En un an, la part du négoce dans le chiffre d’affaires est passée de 13% à 26%.

Ce que le négoce a rapporté en doublant

Le compte de résultat publie aussi le coût des marchandises revendues. La différence entre les deux donne la marge brute du négoce.

En 2025 : 176,3 de ventes pour 129,2 d’achats, soit une marge de 47,1 millions, à un taux de 26,7%. En 2026 : 341,9 de ventes pour 294,4 d’achats, soit une marge de 47,5 millions, à un taux de 13,9%.

Le négoce a doublé en chiffre d’affaires, et sa marge brute n’a pas bougé. Le taux de marge a été divisé par deux. Les 166 millions de ventes supplémentaires n’ont rien apporté en marge : ils ont surtout servi à maintenir le chiffre d’affaires au niveau de 2025.

Le communiqué ne mentionne pas ce déplacement, ni sa raison. Il peut s’agir d’une opération ponctuelle, d’une réorientation commerciale ou d’une demande client particulière. Les documents ne permettent pas de trancher.

III · La productionUn quart de moins, mieux valorisé

Le chiffre d’affaires ne mesure pas ce qu’un industriel fabrique. La production de l’exercice le mesure mieux.

Un groupe qui réalise des ouvrages sur plusieurs mois ne vend pas au même rythme qu’il produit : une partie de sa production s’inscrit en stocks de produits en cours avant d’être facturée. La production de l’exercice additionne donc les ventes de biens produits, la variation de ces stocks et les immobilisations que le groupe réalise pour lui-même.

Tableau 3 : production de l’exercice, en millions de dirhams
ComposanteS1 2025S1 2026
Ventes de biens et services produits1 157,2980,9
Variation des stocks de produits134,110,0
Immobilisations produites pour soi-même1,66,9
Production de l’exercice1 292,9997,7
Variation −22,8%

En 2025, 134 millions de production avaient été stockés sans être encore facturés. En 2026, ce poste est quasi nul. Le total des produits d’exploitation recule ainsi de 9,3%, bien plus que le chiffre d’affaires.

La production industrielle du groupe recule donc de près d’un quart sur un an. C’est le chiffre le plus significatif de ces comptes, et il n’apparaît nulle part dans le communiqué.

Une nuance importante, et elle joue en faveur de l’émetteur. Les achats de matières consommées reculent plus vite encore, de 32%. La valeur ajoutée sur la production, c’est-à-dire la production diminuée des matières consommées, passe de 438 à 419 millions, et son taux progresse de 33,9% à 42,0%. Le groupe produit moins, mais il produit des ouvrages qui lui laissent davantage. C’est cohérent avec un carnet de commandes que l’émetteur dit sélectif.

Un point reste à surveiller. Les investissements du semestre s’élèvent à 40 millions, quand les dotations aux amortissements d’exploitation atteignent 54 millions. Les immobilisations corporelles nettes reculent de 621 à 589 millions depuis décembre. L’outil industriel se déprécie plus vite qu’il ne se renouvelle, ce qui est tenable sur un semestre et ne l’est pas indéfiniment.

IV · La holdingMoins de dividendes remontés, un dividende encore à verser

Les comptes sociaux de la société mère racontent ce qui circule entre le groupe et ses actionnaires.

Tableau 4 : comptes sociaux de la holding, en millions de dirhams
 S1 2025S1 2026Variation
Dividendes reçus des filiales285,9163,8−42,7%
Résultat net social311,7191,3−38,6%

Le recul du résultat social s’explique entièrement par les dividendes : les filiales ont fait remonter 122 millions de moins à la société mère. Le communiqué le dit clairement, et l’attribue à la politique de distribution des filiales sur la période. Pour une holding, c’est un mouvement de trésorerie interne au groupe, sans effet sur le résultat consolidé.

Un dividende décidé, inscrit, et pas encore versé

Au passif social, le poste comptes d’associés créditeurs passe de zéro à 175,2 millions entre décembre et juin.

Le rapprochement avec les capitaux propres en donne la nature. Le résultat social 2025 s’élevait à 340,9 millions, et le report à nouveau n’en a absorbé que 165,7. La différence, 175,2 millions, correspond au montant distribué au titre de 2025, soit environ 51% du résultat social. La concordance est exacte : il s’agit du dividende, décidé et inscrit au passif, mais non encore versé au 30 juin.

La conséquence porte sur la trésorerie. La holding disposait au 30 juin de 154 millions de disponibilités et de 100 millions de placements. Le versement du dividende les ramènera, à flux inchangés, autour de 79 millions. La photographie de fin juin est donc flatteuse d’autant.

Le même poste progresse de 188 millions au bilan consolidé. Nous relevions en août que la dette brute publiée par l’émetteur avait plus que doublé depuis décembre. Le dividende inscrit au passif est de nature à y contribuer largement, sans que la définition retenue par l’émetteur nous permette de reconstituer exactement ses chiffres.

V · Ce qui manqueEt ce qu’il faudra suivre

Aucune explication du doublement du négoce, ni de la division par deux de sa marge.

Aucune mention du recul de la production de l’exercice, qui est pourtant l’indicateur le plus significatif pour un industriel.

Aucune ventilation par pôle d’activité, alors que le groupe opère dans quatre métiers distincts : infrastructures, métallurgie, eau et environnement, parachimie. Le recul peut se concentrer sur l’un d’eux sans que rien ne le montre.

Aucun chiffrage de l’endettement dans les termes de la définition retenue, seulement des variations en pourcentage.

Trois points à suivre

Premièrement, la transformation du carnet de commandes. L’émetteur annonce 3 260 millions restant à exécuter, soit environ onze mois de chiffre d’affaires. Ce carnet devra se traduire en production, et la production vient de reculer de 23%. Deuxièmement, la tenue des lignes sous l’exploitation : le pont de ce semestre ne se reproduira pas mécaniquement. Troisièmement, le versement du dividende et son effet sur la trésorerie de la holding.

Un mot pour finir. L’émetteur publie ses comptes complets, sociaux et consolidés, avec leurs attestations, et c’est ce qui rend ces calculs possibles. Son communiqué parle de stabilité, et le résultat net lui donne raison au dixième de million près. Notre apport se limite à montrer de quoi cette stabilité est faite : une exploitation en recul, un négoce qui double sans rien rapporter de plus, une production plus rentable mais d’un quart plus faible, et quatre lignes qui ont compensé le tout.

À retenir

  • Ce qu’annonce le communiqué : un semestre de stabilité, avec un chiffre d’affaires de 1 323 MDH (−0,8%) et un résultat net part du groupe maintenu à 125,4 MDH. Comptes soumis à examen limité.
  • Le pont que les comptes permettent : l’exploitation recule de 8,1%, soit −15,6 MDH. Quatre lignes compensent exactement : résultat financier +4,0, non courant +3,4, impôt +6,1, minoritaires +2,0. Solde : −0,1 MDH.
  • Aucune de ces lignes n’est suspecte, mais aucune ne relève de l’activité industrielle, et rien ne garantit qu’elles joueront dans le même sens au prochain semestre. La marge d’exploitation passe de 14,5% à 13,4%.
  • Un chiffre d’affaires qui change de nature : les ventes de marchandises revendues en l’état bondissent de 94% (176 → 342 MDH) tandis que les ventes de biens produits reculent de 15%. La part du négoce passe de 13% à 26% du chiffre d’affaires.
  • Et le négoce n’a rien rapporté de plus : sa marge brute reste à ~47 MDH les deux années, son taux passant de 26,7% à 13,9%. Les 166 MDH de ventes supplémentaires ont surtout servi à maintenir le chiffre d’affaires.
  • La production de l’exercice recule de 22,8%, de 1 293 à 998 MDH. En 2025, 134 MDH de production avaient été stockés avant facturation ; en 2026, ce poste est quasi nul. C’est le chiffre le plus significatif de ces comptes, et il n’apparaît pas dans le communiqué.
  • Nuance en faveur de l’émetteur : les matières consommées reculent de 32%, et le taux de valeur ajoutée sur production progresse de 33,9% à 42,0%. Le groupe produit moins, mais des ouvrages qui lui laissent davantage.
  • Un outil qui vieillit ce semestre : 40 MDH d’investissements pour 54 MDH de dotations aux amortissements. Les immobilisations corporelles nettes reculent de 621 à 589 MDH.
  • La holding : les dividendes remontés des filiales reculent de 122 MDH (−42,7%), d’où un résultat social en baisse de 38,6%. Mouvement interne au groupe, sans effet sur le consolidé.
  • Un dividende inscrit et non versé : les comptes d’associés créditeurs passent de 0 à 175,2 MDH au passif social. La concordance avec le résultat 2025 non porté au report à nouveau est exacte : c’est le dividende au titre de 2025, environ 51% du résultat social, non encore versé au 30 juin.
  • Conséquence : la trésorerie de la holding, 254 MDH avec les placements, reviendra autour de 79 MDH après versement. La photographie de fin juin est flatteuse d’autant. Au consolidé, le même poste progresse de 188 MDH, ce qui est de nature à expliquer largement le doublement de la dette brute que nous relevions en août.
  • À suivre : la transformation du carnet de commandes de 3 260 MDH en production, alors que celle-ci vient de reculer de 23% ; la tenue des lignes sous l’exploitation ; le versement du dividende.

Sources

  • Delta Holding · communiqué relatif aux réalisations du premier semestre 2026 et états financiers consolidés et sociaux au 30 juin 2026 : bilan actif et passif, compte de produits et charges distinguant ventes de marchandises en l’état et ventes de biens et services produits, variation des stocks de produits, achats revendus et achats consommés, résultats financier et non courant, impôt, part des minoritaires, dotation aux amortissements des écarts d’acquisition, capitaux propres et report à nouveau, comptes d’associés, trésorerie, périmètre de consolidation et variation de périmètre, carnet de commandes, investissements, et attestations d’examen limité des commissaires aux comptes datées du 17 septembre 2026.
  • Calculs MarocBoursier Research (pont entre résultat d’exploitation et résultat net part du groupe, taux effectif d’imposition, marges d’exploitation, composition du chiffre d’affaires et marge brute sur marchandises, production de l’exercice et valeur ajoutée sur production, montant distribué déduit du résultat social et de la dotation au report à nouveau, trésorerie de la holding après versement) à partir des données publiées.
  • Analyse antérieure de MarocBoursier Research sur les indicateurs trimestriels du même émetteur, publiée le 18 août 2026.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur les états financiers officiels de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les comptes ont fait l’objet d’un examen limité, dont le niveau d’assurance est moins élevé qu’un audit. La production de l’exercice et la valeur ajoutée sur production sont des agrégats calculés à partir des postes du compte de résultat et non des données publiées par l’émetteur. L’identification du dividende inscrit au passif repose sur la concordance entre le poste de comptes d’associés et la fraction du résultat 2025 non portée au report à nouveau ; la trésorerie après versement est une estimation à flux inchangés et ne constitue aucune prévision. Le rapprochement avec la dette brute publiée en août est présenté comme une hypothèse, la définition retenue par l’émetteur ne permettant pas de reconstituer exactement ses chiffres. Les causes possibles du déplacement vers le négoce sont exposées comme telles et aucune n’est établie. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.