I. Le panorama T1 2026 : une banque qui exécute son plan, mais dont la performance financière est portée par un facteur non récurrent
I.1 Les chiffres clés en un coup d’œil
Crédit du Maroc poursuit sa trajectoire de croissance commerciale et consolide sa performance financière.
— Communiqué financier Crédit du Maroc, résultats au 31 mars 2026I.2 Le titre de l’analyse : un chiffre d’une qualité inégale
La première lecture du communiqué renvoie un message très positif : un RNPG en hausse de +37,2%, des fondamentaux commerciaux solides, un ratio de solvabilité en amélioration. Mais l’analyse précise des comptes consolidés IFRS révèle que la qualité de cette croissance est contrastée. Le moteur principal n’est pas l’activité commerciale courante (qui contribue modérément), mais un swing exceptionnel du coût du risque qui passe d’une dotation nette de 62 MDH au T1 2025 à une reprise nette de 69 MDH au T1 2026. Cette évolution — saine par nature (gestion anticipative, dispositif de recouvrement performant) — n’est pas par construction récurrente, et il est essentiel de la décomposer pour comprendre la trajectoire structurelle de la banque.
II. La performance commerciale : croissance des crédits (+6,7%) et bond des ressources à vue (+14,8%)
II.1 Des encours crédits qui accélèrent
Les encours de crédits consolidés atteignent 60 519 MDH à fin mars 2026, contre 56 715 MDH un an plus tôt, soit une progression de +6,7% YoY. Cette dynamique révèle des dispersions intéressantes selon les segments :
| Encours crédits par segment (MDH) | T1 2026 | YoY | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Financements aux entreprises | 37 015 | +8,2% | Moteur principal |
| dont crédit-bail | n.d. | +37,9% | Forte accélération |
| dont crédits équipement | n.d. | +16,9% | Cycle d’investissement |
| dont crédits promotion immobilière | n.d. | +16,1% | Reprise sectorielle |
| Crédits aux ménages | 22 415 | +4,1% | Dynamique commerciale |
| dont crédits à l’habitat | 17 885 | +2,6% | Croissance modérée |
| dont crédits à la consommation | 4 531 | +10,5% | Accélération |
| TOTAL ENCOURS CRÉDITS | 60 519 | +6,7% | Plein régime commercial |
Deux lectures méritent attention. Premièrement, le crédit-bail s’envole de +37,9%, signal de l’impact de la filiale Crédit du Maroc Leasing & Factoring sur la diversification du portefeuille. Deuxièmement, les crédits à l’équipement (+16,9%) et à la promotion immobilière (+16,1%) traduisent un cycle d’investissement entreprises qui s’active — cohérent avec les anticipations du secteur sur la Coupe du monde 2030 et les chantiers d’infrastructures.
II.2 Une collecte qui s’améliore structurellement
Côté passif, les ressources de la clientèle consolidées s’élèvent à 62 633 MDH à fin mars 2026 (+9,8% YoY), tirées principalement par la bonne tenue des ressources à vue.
| Ressources clientele (MDH) | T1 2026 | T1 2025 | YoY |
|---|---|---|---|
| Ressources à vue | 46 203 | 40 231 | +14,8% |
| Ressources d’épargne | 10 184 | 10 102 | +0,8% |
| Ressources à terme | 5 029 | n.d. | n.d. |
| TOTAL RESSOURCES CLIENTÈLE | 62 633 | 57 067 | +9,8% |
II.3 Comparaison sectorielle : CDM dans le peloton de tête de la croissance commerciale
Cette dynamique commerciale (crédits +6,7%, ressources +9,8%) place Crédit du Maroc dans le peloton de tête du secteur bancaire marocain. À titre de comparaison sectorielle, CFG Bank avait publié le 7 mai 2026 un T1 2026 avec des encours crédits +20% à 19 170 MDH et des dépôts +10% à 20 030 MDH (mais sur une base plus petite). En toile de fond, Fitch Ratings projetait en mai 2026 une amélioration continue des profils de crédit des banques marocaines sur 2026-2027, avec des dépôts +8,6% en 2025 et un cycle d’investissement Coupe du monde 2030 (financé à ~70% par les banques domestiques). CDM se positionne sur cette trajectoire avec un profil supérieur à la moyenne sectorielle sur la collecte.
III. Le compte de résultat décomposé : un PNB qui ne dit pas tout
III.1 Le PNB en surface : +4,2% propre, mais une dispersion forte
Le produit net bancaire consolidé s’élève à 928 MDH au T1 2026 (+4,2% YoY). Une progression modérée en apparence, qui masque toutefois une dispersion forte entre les composantes :
| Décomposition du PNB consolidé (MDH) | T1 2026 | T1 2025 | YoY | Poids T1 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Marge nette d’intérêt | 739 | 655 | +12,7% | 79,6% |
| Marge sur commissions | 143 | 133 | +7,0% | 15,4% |
| Résultat opérations de marché | 72 | 127 | -43,4% | 7,7% |
| Autres produits/charges nets | -26 | -25 | n.s. | -2,8% |
| PNB CONSOLIDÉ | 928 | 890 | +4,2% | 100% |
III.2 La marge nette d’intérêt (MNI) : le vrai indicateur de santé commerciale
La MNI bondit de +12,7% à 739 MDH, contre 655 MDH au T1 2025. Cette croissance à deux chiffres est la donnée la plus structurante du communiqué sur le plan commercial : elle reflète :
- L’intensification de l’activité crédits (+6,7%) qui génère mécaniquement davantage d’intérêts reçus.
- L’optimisation du coût de la ressource, portée par la forte progression des dépôts à vue (+14,8%) — ressources peu rémunérées.
- La contribution positive de Crédit du Maroc Leasing & Factoring, filiale dont l’activité crédit-bail explose de +37,9%.
III.3 Les commissions : une diversification qui paie
La marge sur commissions atteint 143 MDH (+7,0% YoY), portée par le développement des filiales spécialisées (Crédit du Maroc Patrimoine, Crédit du Maroc Assurances) et la bonne performance des métiers spécialisés, en particulier le commerce international et le cash management. Une croissance qualitative qui démocratise la dépendance à la marge d’intérêt et réduit la sensibilité aux variations de taux directeurs.
III.4 Les marchés : -43,4%, mais cohérent avec la tendance sectorielle
Le résultat des opérations de marché recule de -43,4% à 72 MDH (vs 127 MDH au T1 2025), impacté par l’activité obligataire dans un contexte géopolitique international défavorable. Cette baisse a été partiellement compensée par le développement commercial soutenu sur l’activité de change. Le phénomène est strictement sectoriel : il a été observé chez CFG Bank au même trimestre (PNB marchés -53% à 37 MDH) et résulte de la volatilité des courbes de taux liée au conflit du Moyen-Orient et à la fermeture de fait du détroit d’Ormuz depuis fin février 2026.
III.5 L’effet ciseau : charges +1,7% vs PNB +4,2%
Les charges générales d’exploitation s’élèvent à 419 MDH (+1,7% YoY), traduisant une discipline de coûts réelle. Cette modération des coûts, combinée à la croissance du PNB, génère un effet ciseau positif qui propulse le résultat brut d’exploitation à 509 MDH (+6,4% YoY).
Le coefficient d’exploitation s’améliore de 113 points de base à 45,1% — une excellente performance qui rapproche CDM des standards des banques européennes les plus efficientes (généralement entre 40% et 50%). Pour rappel, plus le coefficient est bas, plus la banque transforme efficacement son PNB en résultat.
IV. Le pivot du coût du risque : le vrai moteur du RNPG, et le sujet sensible
IV.1 L’ampleur du swing : -62 MDH → +69 MDH, soit +131 MDH d’impact YoY
L’information la plus structurante du communiqué tient en deux chiffres : le coût du risque consolidé passe d’une dotation nette de 62 MDH au T1 2025 à une reprise nette de 69 MDH au T1 2026. Soit un swing positif de +131 MDH d’impact sur le compte de résultat YoY.
Pour mettre cette donnée en perspective : ce swing à lui seul représente 67% du RNPG T1 2026 (272 MDH) et 177% de la variation du RNPG YoY (+74 MDH). C’est dire combien le facteur est central dans l’explication de la performance.
Le coût du risque consolidé ressort en reprise nette de 69 MDH.
— Communiqué financier Crédit du Maroc, résultats au 31 mars 2026IV.2 La décomposition de la variation du RNPG YoY (+74 MDH)
Pour rendre l’analyse parfaitement transparente, voici la décomposition précise des moteurs du RNPG :
IV.3 La qualité du portefeuille de crédits : stable
Le swing du coût du risque ne traduit pas une amélioration spectaculaire de la qualité du portefeuille, mais plutôt un effet de calendrier comptable IFRS 9 et un dispositif de recouvrement performant. Les indicateurs structurels du risque confirment cette lecture :
| Indicateurs de qualité du portefeuille | T1 2026 | Référence |
|---|---|---|
| Créances en souffrance | 4 548 MDH | Niveau absolu |
| Taux de créances douteuses et litigieuses | 7,1% | Stable |
| Taux de couverture des créances en souffrance | 85,1% | Niveau prudent |
Le taux de créances douteuses stable à 7,1% est l’information clé : il signale qu’il n’y a pas de détérioration du portefeuille, mais aussi pas d’amélioration spectaculaire. Le taux de couverture à 85,1% est confortable.
V. Lecture sectorielle : CDM dans le paysage bancaire marocain T1 2026
V.1 Comparaison directe : CDM vs CFG Bank (T1 2026)
Deux publications bancaires récentes à la BVC permettent une lecture comparative sur le même trimestre :
| Indicateurs T1 2026 | Crédit du Maroc | CFG Bank |
|---|---|---|
| Encours crédits (MDH) | 60 519 (+6,7%) | 19 170 (+20%) |
| Dépôts clientèle (MDH) | 62 633 (+9,8%) | 20 030 (+10%) |
| PNB consolidé (MDH) | 928 (+4,2%) | 311 (+3%) |
| Marge nette d’intérêt YoY | +12,7% | +33% |
| Résultat marchés YoY | -43,4% | -53% |
| RBE YoY | +6,4% | +4% |
| RNPG YoY | +37,2% | n.c. |
| Coefficient d’exploitation | 45,1% | n.c. |
V.2 Le cycle d’investissement Coupe du monde 2030 : un horizon structurant
Au-delà du trimestre, le contexte sectoriel est porteur. Fitch Ratings projetait en mai 2026 une amélioration continue des profils de crédit des banques marocaines sur 2026-2027, avec un cycle d’investissement Coupe du monde 2030 financé à ~70% par les banques domestiques. CDM, avec sa croissance des crédits aux entreprises de +8,2% et son crédit-bail en hausse de +37,9%, est bien positionné pour capter une partie de ce flux d’investissement infrastructurel.
VI. Lecture pour l’investisseur CDM : trois signaux et trois vigilances
VI.1 Les trois signaux positifs structurels
La marge nette d’intérêt en hausse de +12,7% est l’indicateur le plus solide du communiqué. Elle reflète un repricing effectif du livre de crédits et l’optimisation de la collecte à vue. C’est un signal récurrent, qui devrait perdurer sur les trimestres à venir.
Le coefficient d’exploitation s’améliore de 113 bps à 45,1%. Cette discipline de coûts (charges +1,7% vs PNB +4,2%) est un acquis structurel qui bénéficie aussi de la transformation technologique en cours (50 MDH investis au T1).
Le ratio de solvabilité passe à 14,50% (+50 bps YoY), bien au-dessus du minimum réglementaire de 12%. CDM dispose ainsi d’une marge de manœuvre pour financer la croissance des encours sans émission de capital additionnel.
VI.2 Les trois points de vigilance
La reprise nette de 69 MDH ne se reproduira pas automatiquement. Les trimestres à venir devraient revenir à une dotation normalisée sur le coût du risque, ce qui mécanisera un RNPG en croissance plus modérée qu’au T1.
Le résultat marchés -43,4% traduit la sensibilité récurrente de la banque à la volatilité des courbes de taux. Tant que le contexte géopolitique reste tendu (guerre Iran-USA, Ormuz), cette composante pourrait continuer à peser.
Le taux de créances douteuses stable à 7,1% est correct mais reste légèrement élevé dans le contexte d’une accélération des crédits aux entreprises (+8,2%) et à la promotion immobilière (+16,1%). Une surveillance s’impose sur ces segments traditionnellement plus volatils.
VI.3 Synthèse : un trimestre solide en surface, dont la lecture qualitative reste plus mesurée
Crédit du Maroc publie un T1 2026 qui valide l’exécution du plan stratégique post-rachat par Holmarcom. La croissance des encours (+6,7%), la dynamique des dépôts à vue (+14,8%), la progression de la MNI (+12,7%) et l’amélioration du coefficient d’exploitation (45,1%) dessinent une trajectoire de banque commerciale solide. Le RNPG affiché (+37,2%) constitue toutefois une photographie embellie par le swing exceptionnel du coût du risque (+131 MDH d’impact YoY). En neutralisant cet effet, la dynamique structurelle ressort plutôt autour de +9% YoY — ce qui reste un trimestre solide, mais sans être exceptionnel.
Pour l’investisseur, la lecture utile est la suivante : l’activité commerciale est réellement en accélération et constitue un acquis durable, mais le rythme du RNPG sur les trimestres à venir devrait se normaliser en l’absence de nouveaux mouvements exceptionnels sur le coût du risque. Le cycle d’investissement Coupe du monde 2030 et l’amélioration sectorielle anticipée par Fitch restent les principaux moteurs à horizon 2026-2027.
À Retenir · Crédit du Maroc T1 2026
- Gouvernance : Conseil de Surveillance du 14 mai 2026, présidé par M. Mohamed Hassan BENSALAH.
- RNPG : 272 MDH (+37,2% YoY).
- BPA : 24,98 DH (vs 18,21 DH au T1 2025).
- PNB consolidé : 928 MDH (+4,2%).
- Marge nette d’intérêt : 739 MDH (+12,7%) — le vrai moteur structurel.
- Marge commissions : 143 MDH (+7,0%).
- Résultat opérations de marché : 72 MDH (-43,4%) — contexte géopolitique.
- RBE : 509 MDH (+6,4%).
- Coefficient d’exploitation : 45,1% (-113 bps YoY).
- Coût du risque : reprise nette 69 MDH vs dotation -62 MDH au T1 2025 (swing +131 MDH).
- Créances douteuses : 4 548 MDH, taux stable 7,1%, taux de couverture 85,1%.
- Encours crédits : 60 519 MDH (+6,7%), entreprises 37 015 MDH (+8,2%), ménages 22 415 MDH (+4,1%).
- Ressources clientèle : 62 633 MDH (+9,8%), à vue 46 203 MDH (+14,8%).
- Ratio de solvabilité : 14,50% (+50 bps, vs min. réglementaire 12%).
- Investissements T1 : 50 MDH (transformation technologique).
- Lecture sectorielle : convergence T1 2026 avec CFG Bank (même schéma : croissance commerciale + repli marchés).
- Filiales actives : CDM Leasing & Factoring, CDM Patrimoine, CDM Assurances.
- Profil bourse CDM : capital 1 088 121 400 DH, 10 881 214 actions, siège 201 boulevard d’Anfa Casablanca, groupe Holmarcom.