L’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) a visé le 8 juillet 2026 deux prospectus d’augmentation de capital du Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH Bank). Ensemble, les deux opérations portent sur environ un milliard de dirhams et 3 035 714 actions nouvelles, avec une même fenêtre de souscription, du 15 au 22 juillet inclus.
Mais le montant n’est pas le fait marquant. La véritable nouveauté tient au format : la tranche principale, de 750 millions de dirhams, est ouverte au public avec suppression du droit préférentiel de souscription — alors que les deux recapitalisations précédentes de la banque, en 2024 puis en 2025, étaient réservées à ses actionnaires existants et aux détenteurs de DPS. Autrement dit, CIH sort de son tour de table pour aller chercher de l’épargne nouvelle. Décryptage des deux offres, de leur mécanique et de ce qu’elles changent pour l’actionnaire.
Les deux prospectus, visés le même jour, s’appuient sur un document de référence commun relatif à l’exercice 2025 et au premier trimestre 2026, enregistré par l’AMMC le 8 juillet sous la référence EN/EM/011/2026. Les deux opérations ont été autorisées par l’assemblée générale extraordinaire du 22 mai 2026, le conseil d’administration du 2 juin en ayant arrêté les modalités et les prix.
| Caractéristique | Offre au public (sans DPS) | Offre réservée aux salariés |
|---|---|---|
| Visa AMMC (8 juillet 2026) | VI/EM/022/2026 | VI/EM/023/2026 |
| Actions nouvelles (max) | 2 142 857 | 892 857 |
| Prix de souscription | 350 MAD | 280 MAD |
| Dont prime d’émission | 250 MAD (nominal 100) | 180 MAD (nominal 100) |
| Montant maximal | 749 999 950 MAD | 249 999 960 MAD |
| Période de souscription | 15/07 → 22/07/2026 inclus | 15/07 → 22/07/2026 inclus |
| Date de jouissance | 1er janvier 2026 | 1er janvier 2026 |
À l’arrivée, le capital social de la banque passerait de 3 560 562 400 dirhams à 3 864 133 800 dirhams, soit 303,6 millions de dirhams de nominal supplémentaire — le reste du milliard levé (environ 696 millions) constituant de la prime d’émission, comptabilisée elle aussi en fonds propres. Sur la base d’une valeur nominale de 100 dirhams par action, le nombre de titres passerait de 35 605 624 à 38 641 338.
Les 3 035 714 actions nouvelles (2 142 857 au public + 892 857 aux salariés) représenteraient, si les deux offres sont intégralement souscrites, 7,9% du capital après opération — dont environ 5,5 points pour la tranche publique et 2,3 points pour la tranche salariés. Un actionnaire qui ne souscrirait pas verrait donc sa quote-part du capital réduite dans cette proportion. Le détail des modalités d’allocation figure dans les notes d’opération.
Le droit préférentiel de souscription (DPS) est le mécanisme qui protège l’actionnaire existant lors d’une augmentation de capital : il lui donne la priorité pour souscrire les actions nouvelles, proportionnellement à ce qu’il détient déjà. S’il ne souhaite pas remettre au pot, il peut vendre ses DPS en bourse — le produit de la cession compensant, en théorie, la dilution qu’il subit. Le DPS a donc une valeur, et cette valeur se négocie.
En le supprimant, CIH fait un choix assumé : les actions nouvelles sont offertes à tous, sans priorité ni compensation pour les actionnaires en place. Ces derniers peuvent évidemment souscrire, mais au même titre que n’importe quel investisseur. La contrepartie de ce format, pour la banque, est qu’il permet d’élargir la base actionnariale et d’attirer de l’épargne nouvelle plutôt que de solliciter, une troisième année consécutive, les mêmes poches.
En 2024, CIH avait levé 350 millions de dirhams (977 499 actions à 358 DH). En juillet 2025, elle avait franchi un cap avec une opération de 1 470 786 078 dirhams (4 108 341 actions à 358 DH, parité de 3 actions nouvelles pour 23 DPS), qui avait rencontré une forte adhésion : plus de 16 millions d’actions demandées, soit une sursouscription d’environ 3,9 fois et 5 756 millions de dirhams mobilisés. Ces deux opérations étaient réservées aux actionnaires et aux détenteurs de DPS, avec une décote de l’ordre de 13% sur le cours de l’époque.
Second élément de rupture : le prix. Les 350 dirhams retenus pour l’offre publique sont pratiquement alignés sur le cours de bourse qui a servi de référence — le cours de clôture du 1er juin 2026, veille du conseil d’administration qui a fixé les modalités, ressortait à 349,90 dirhams, soit un écart de l’ordre de 0,03%. Là où les opérations de 2024 et 2025 offraient une décote à deux chiffres aux actionnaires, celle-ci se fait donc, pour le public, au prix du marché. La décote de 20% est en revanche bien présente — mais elle est réservée aux salariés, dont le prix de 280 dirhams s’établit exactement 20% sous ce même prix de référence de 350 dirhams.
Les objectifs affichés dans la note d’opération sont explicites et tiennent en trois lignes : renforcer les fonds propres réglementaires de la banque, et par conséquent son ratio de solvabilité et son ratio de fonds propres de base ; puis soutenir la feuille de route stratégique du groupe, qui s’inscrit dans un plan à horizon 2030.
La mécanique est au cœur du métier bancaire. Une banque ne prête pas seulement l’argent de ses déposants : la réglementation prudentielle lui impose d’adosser ses crédits à un socle de fonds propres, calibré en fonction du risque porté. Chaque dirham de capital supplémentaire ouvre donc la capacité de distribuer plusieurs dirhams de crédit nouveau. Pour un établissement en phase d’expansion, l’augmentation de capital n’est pas un signal de faiblesse : c’est le carburant de la croissance — ce que la banque appelle sa feuille de route.
Les dernières projections de Bank Al-Maghrib (Conseil du 23 juin 2026) tablent sur une progression du crédit bancaire de 6,8%, dans un environnement de taux directeur maintenu à 2,25%. Par ailleurs, le rapport annuel de la banque centrale sur l’implantation bancaire désignait CIH Bank comme le principal ouvreur d’agences en 2025, à contre-courant d’un secteur qui a fermé 180 points de vente. Un profil de banque qui investit — et qui a donc besoin de fonds propres pour accompagner sa production.
La seconde opération, plus petite mais loin d’être anecdotique, ouvre le capital au personnel de CIH et de ses filiales : 892 857 actions au maximum, à 280 dirhams, soit une décote de 20% par rapport au prix de référence de 350 dirhams. Sont concernés les collaborateurs titulaires au 1er juin 2026 et toujours en poste à la veille de l’ouverture de la période de souscription. Les formules de souscription proposées (et les éventuelles conditions attachées, notamment de conservation des titres) sont détaillées dans la note d’opération dédiée.
Au-delà du renforcement des fonds propres, la banque assigne à ce volet une finalité sociale explicite, qu’elle rattache à sa stratégie RSE : encourager l’actionnariat salarié, associer les équipes aux projets de développement du groupe, renforcer le sentiment d’appartenance et valoriser la fidélité des collaborateurs. Un mécanisme classique d’alignement d’intérêts entre les salariés et les actionnaires — et, accessoirement, une base d’actionnaires stables supplémentaire.
La fenêtre est courte : huit jours, du 15 au 22 juillet inclus, pour les deux offres. Les actions nouvelles porteront jouissance au 1er janvier 2026 — elles donneront donc droit à l’intégralité du dividende qui sera versé au titre de l’exercice 2026. Leur cotation est prévue pour le 4 août 2026.
Le prix a été fixé le 2 juin, pas aujourd’hui. Les 350 dirhams ont été arrêtés sur la base du cours du 1er juin (349,90 DH). Six semaines séparent cette fixation de l’ouverture de la souscription — et, entre-temps, le titre a détaché son dividende 2025 de 14 dirhams, le 1er juillet, ce qui ajuste mécaniquement le cours à la baisse. Avant de souscrire, il est indispensable de rapprocher le prix de souscription du cours coté du jour : un prix « au marché » en juin ne l’est pas nécessairement en juillet.
Une dilution non compensée. En l’absence de DPS, l’actionnaire qui ne souscrit pas ne dispose d’aucun droit négociable pour amortir la dilution d’environ 7,9% du capital.
Le risque actions demeure. Comme le rappellent les notes d’opération, tout investissement en instruments financiers comporte un risque de perte, y compris totale, du capital investi — le cours évoluant au gré de l’offre et de la demande.
L’opération CIH ne se présente pas dans un marché vide. Trois appels à l’épargne se chevauchent sur la même quinzaine, pour un total de l’ordre de 2,8 milliards de dirhams — une concentration inhabituelle pour la place casablancaise.
| Opération | Montant (max) | Souscription | Format |
|---|---|---|---|
| Crédit du Maroc | 699 MDH | 26/06 → 16/07 | Augmentation de capital avec DPS |
| T2S Group Holding | ~1,10 Md DH | 13/07 → 17/07 | Introduction en bourse (223 DH) |
| CIH Bank · public | 750 MDH | 15/07 → 22/07 | Augmentation de capital sans DPS |
| CIH Bank · salariés | 250 MDH | 15/07 → 22/07 | Réservée au personnel (280 DH) |
Pour l’investisseur, cette simultanéité est une donnée en soi : elle impose des arbitrages — les mêmes liquidités ne peuvent être engagées deux fois, et les périodes de blocage des fonds se recouvrent. Elle est aussi le signe d’une place qui, après un premier semestre en repli, reste capable de mobiliser des capitaux : une introduction en bourse dans la santé et deux augmentations de capital bancaires en quelques jours, ce n’est pas le calendrier d’un marché atone.
Reste la question que seule la souscription tranchera : en supprimant le DPS et en offrant les titres au prix du marché, CIH fait le pari que la demande existe en dehors de son actionnariat historique. Le précédent de 2025 — une sursouscription de près de 4 fois — s’était construit sur une base captive et une décote à deux chiffres. Le test de juillet 2026 est d’une autre nature.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation de souscription, d’achat ou de vente. Les données citées proviennent des prospectus visés par l’AMMC et des communiqués de l’émetteur ; le visa de l’AMMC n’implique ni approbation de l’opportunité de l’opération ni authentification des informations. Les prix, cours et calendriers mentionnés sont ceux publiés à la date des visas et peuvent avoir évolué depuis. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital. Chaque investisseur est invité à lire l’intégralité des prospectus, notamment la section « Facteurs de risques », et à consulter un professionnel agréé avant toute décision.