Trente-quatre ans après sa création et onze ans après le lancement de son activité de banque commerciale (2015), CFG Bank publie un premier trimestre 2026 qui condense en un même ensemble deux dynamiques contradictoires : une banque commerciale qui accélère fortement dans la captation de crédits et de dépôts, et une activité de marchés financiers qui décroche violemment sous l’effet d’un contexte géopolitique défavorable.
Cette analyse propose une lecture en six temps : (i) le contexte du trimestre, (ii) les indicateurs commerciaux solides, (iii) le compte de résultat à deux vitesses, (iv) la rentabilité opérationnelle, (v) le dispositif multicanal et le plan d’expansion, et enfin (vi) la guidance et la révision à la hausse de la cible 2029.
I. Faits marquants du trimestre
I.1 Accélération de la stratégie de développement
Le premier trimestre 2026 voit CFG Bank poursuivre sa dynamique de croissance dans ses segments de clients prioritaires : (i) les particuliers sensibles à la qualité de service et (ii) les moyennes et grandes entreprises. La banque, focalisée principalement sur la production de crédits immobiliers et de crédits d’investissement aux moyennes et grandes entreprises, a inauguré en avril 2026 une nouvelle agence à Casablanca sur le boulevard Zerktouni, portant ainsi le réseau à 19 agences. Six autres agences sont actuellement en travaux pour des ouvertures programmées entre fin 2026 et 2028.
I.2 Un environnement de marché défavorable
Le contraste vient du contexte exogène. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont impacté les économies et marchés financiers mondiaux durant tout le trimestre. Les marchés marocains n’ont pas échappé à cette crise, avec deux mouvements simultanés : baisse des cours et des volumes en bourse d’une part, et hausse des taux obligataires d’autre part. Cette double pression a mécaniquement pénalisé les métiers d’intermédiation boursière, de trading obligataire et de corporate finance qui constituent le cœur historique de l’activité de banque d’affaires de CFG Bank.
Le 1er trimestre 2026 a été marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui ont impacté les économies et marchés financiers mondiaux.
— Communication financière T1 2026 CFG BankII. Activité commerciale · les chiffres de la montée en cadence
II.1 Les encours de crédits bondissent de +20%
| Activité commerciale (MDH) | Mars 2025 | Mars 2026 | Variation 12 mois |
|---|---|---|---|
| Encours crédits clientèle (hors pensions) | 16 040 | 19 170 | +19,5% (≈ +20%) |
| Production nette de crédits sur 12 mois | 3 130 MDH (≈ 3,1 Mds DH) | · | |
| Encours dépôts clientèle (y compris CDs) | 18 193 | 20 030 | +10,1% (≈ +10%) |
| Collecte nette de dépôts sur 12 mois | 1 837 MDH (≈ 1,8 Mds DH) | · | |
| Part des dépôts non rémunérés | ~50% du total des dépôts | stable | |
| Encours de dette subordonnée | 1 400 MDH (après 2 émissions 2025) | renforcement | |
L’encours de crédits clientèle bondit de 3 130 MDH en 12 mois à 19 170 MDH, soit une croissance de l’ordre de +20% en glissement annuel. Cette progression est tirée essentiellement par les segments « Entreprises » et « Banque Privée », conformément au positionnement stratégique de CFG Bank sur le crédit immobilier haut de gamme et le crédit d’investissement aux moyennes et grandes entreprises.
Ce rythme est largement supérieur à la moyenne du secteur bancaire marocain, qui évolue traditionnellement entre +4% et +7% sur ce poste. Il traduit la montée en cadence d’un modèle encore en phase d’expansion, parti d’une base relativement modeste qui mécanique des taux de croissance élevés tant que l’effet de pénétration n’a pas atteint son palier.
II.2 Les dépôts suivent à +10% mais s’essoufflent relativement
L’encours de dépôts atteint 20 030 MDH au 31 mars 2026, en hausse de +10% sur un an, soit une collecte nette de 1,8 milliard de DH. Deux observations méritent d’être soulignées :
(1) Effet ciseaux de financement. La croissance des crédits (+20%) est nettement plus rapide que celle des dépôts (+10%). Cet écart de 10 points de croissance entre l’actif productif et la ressource clientèle se traduit par un besoin de financement complémentaire que la banque a couvert via les deux émissions de dette subordonnée réalisées en 2025 pour un total de 1 milliard de DH, portant l’encours total de la dette subordonnée à 1,4 milliard de DH. Ces émissions servent également à renforcer les fonds propres réglementaires Tier 2 dans un contexte d’expansion soutenue.
(2) Résilience qualitative du passif. Les dépôts non rémunérés se maintiennent à près de 50% de l’ensemble des dépôts, malgré la croissance rapide de la collecte globale. Cette stabilité est un atout structurel majeur : elle signale que la banque ne croit pas seulement par captation agressive sur le segment épargne rémunérée (qui pousserait artificiellement les volumes au prix d’une marge détériorée), mais qu’elle attire des dépôts « transactionnels » (comptes courants particuliers et entreprises) qui sont à la fois moins coûteux et plus stables.
III. Compte de résultat · le PNB à deux vitesses
| Décomposition du PNB consolidé (MDH) | T1 2025 | T1 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Marge d’intérêt | 116 | 155 | +33,6% (≈ +33%) |
| Commissions (bancaires, change, asset mngt) | 108 | 118 | +9,3% (≈ +9%) |
| PNB à CARACTÈRE RÉCURRENT | 224 | 273 | +21,9% (≈ +22%) |
| Part dans le PNB total | ~74% | ~88% | +14 pts |
| PNB marchés financiers (brokerage, trading, CF) | 78 | 37 | -52,6% (≈ -53%) |
| PNB CONSOLIDÉ | 303 | 311 | +2,6% (≈ +3%) |
III.1 Le PNB récurrent bondit de +22% à 273 MDH
L’histoire du trimestre se lit dans la structure interne du PNB. Le PNB à caractère récurrent — somme de la marge d’intérêt et des commissions — atteint 273 MDH au T1 2026, en hausse de +22% sur un an. Plus important encore, sa part dans le PNB consolidé passe de 74% à 88%, soit une amélioration structurelle de la qualité du PNB.
(a) La marge d’intérêt bondit de +33% à 155 MDH, essentiellement portée par la hausse des encours. C’est le moteur principal du trimestre : la conjugaison de l’expansion du réseau, de la montée en gamme du segment Entreprises et de la stabilité de la part des dépôts non rémunérés génère un effet volume cumulatif décisif.
(b) Les commissions progressent de +9% à 118 MDH, traduisant une dynamique solide des métiers de gestion d’actifs (asset management mobilier et immobilier), des commissions bancaires récurrentes et du change. Cette croissance est plus modérée que celle de la marge d’intérêt mais demeure positive et régulière.
III.2 Le PNB marchés financiers chute de -53% à 37 MDH
L’envers du décor : le PNB à caractère moins prévisible — qui regroupe l’intermédiation boursière, le trading obligataire et actions, et le corporate finance — chute de plus de moitié à 37 MDH (-53%), contre 78 MDH au T1 2025.
III.3 Lecture du PNB consolidé : +3% en croissance comptable, +22% en croissance qualitative
Au final, le PNB consolidé T1 2026 ressort à 311 MDH (+3%). Cette croissance facialement modeste cache toutefois une amélioration qualitative significative de la structure. Si l’on neutralise l’effet de la volatilité des marchés en se concentrant uniquement sur le PNB récurrent, la dynamique sous-jacente est de +22% — rythme largement supérieur à celui des grandes banques marocaines comparées.
La question est donc moins de savoir si la banque croît (elle croît fortement sur l’activité commerciale) que d’évaluer la durée du choc marchés et la capacité de la composante récurrente à compenser mécaniquement la volatilité sur les trimestres à venir.
IV. Résultat brut d’exploitation et coefficient d’exploitation
| Rentabilité opérationnelle (MDH) | T1 2025 | T1 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| PNB consolidé | 303 | 311 | +2,6% |
| Charges générales (calculé impl.) | ~132 | ~133 | ~stable |
| RÉSULTAT BRUT D’EXPLOITATION | ~171 | 178 | +4,1% |
| Coefficient d’exploitation impl. | ~43,6% | ~42,8% | -80 bp |
Le Résultat Brut d’Exploitation atteint 178 MDH au T1 2026, en hausse de 4%. La croissance du RBE (+4%) est légèrement supérieure à celle du PNB (+3%), ce qui implique une légère amélioration du coefficient d’exploitation. Autrement dit : la banque parvient à absorber les charges liées à l’ouverture de la nouvelle agence et à la montée en cadence du réseau sans détérioration significative de l’efficience opérationnelle.
Ce résultat est d’autant plus remarquable que le modèle multicanal (canaux digitaux + agences premium + centre de relation clients ouvert jusqu’à 21h, 7 jours sur 7) implique mécaniquement des coûts fixes élevés. La capacité à conserver le coefficient sous la barre des 43% en phase d’expansion soutenue est un signal positif sur la scalabilité du modèle.
V. Dispositif multicanal et plan d’expansion
Note 4,7 sur 5 sur l’App Store (Apple), positionnement parmi les meilleures applications bancaires marocaines en expérience utilisateur. Permet la gestion complète des comptes en autonomie : virements, suivi, opérations courantes.
L’adoption forte du canal digital permet de limiter le coût d’acquisition et de service par client, condition nécessaire pour soutenir la rentabilité en phase de croissance rapide.
Banquiers accessibles jusqu’à 21h, 7 jours sur 7, ce qui constitue un élément de différenciation fort par rapport au standard du marché bancaire marocain (généralement fermé le soir et les week-ends).
Ce canal complète le dispositif multicanal en offrant une relation humaine asynchrone aux clients qui ne souhaitent ni se rendre en agence ni utiliser le digital.
19 agences ouvertes jusqu’à 19h après l’ouverture de l’agence Casablanca-Zerktouni en avril 2026. 6 nouvelles agences en travaux, programmées entre fin 2026 et 2028.
Le modèle est volontairement « agences peu nombreuses mais haut de gamme », focalisées sur les moments de vie importants (crédits immobiliers, conseil patrimonial, opérations entreprises).
105 GAB déployés avec capacité de dépôt de chèques et d’espèces, ce qui permet de fluidifier les opérations physiques sans alourdir le réseau d’agences.
La densité de 105 GAB pour 19 agences (ratio ~5,5x) est supérieure à la moyenne sectorielle, reflétant la stratégie d’automatisation des opérations courantes.
Le dispositif multicanal décrit ci-dessus est l’infrastructure opérationnelle qui sous-tend la croissance commerciale observée. La conjugaison d’une banque digitale-first avec un nombre limité d’agences premium positionne CFG Bank comme un acteur différent du standard sectoriel marocain — et explique en partie pourquoi la banque parvient à capter une part disproportionnée des segments « particuliers exigeants » et « entreprises moyennes/grandes ».
VI. Guidance 2026 et révision à la hausse 2029
VI.1 Les ambitions 2026
| Guidance 2026/2025 | Cible annoncée |
|---|---|
| PNB consolidé | > +5% |
| PNB récurrent (marge intérêt + commissions) | > +25% |
| RNPG (Résultat Net Part du Groupe) | > +15% |
La direction annonce viser pour l’année 2026 (i) une croissance du PNB récurrent supérieure à +25%, conformément à la dynamique observée au T1, (ii) une croissance du PNB global supérieure à +5%, pénalisée par l’effet de base défavorable du PNB marchés 2025 (qui était exceptionnellement élevé), et (iii) une croissance du RNPG supérieure à +15%.
Cette guidance traduit une stratégie de métronomie : assumer une normalisation de la composante marchés en 2026 tout en consolidant la base récurrente qui constituera le PNB structurel des années à venir. Le profil de croissance du RNPG (+15%) reste largement supérieur à la moyenne du secteur bancaire marocain.
VI.2 Le signal majeur : RNPG 2029 relevé à 600 MDH
Le point le plus structurant du communiqué n’est toutefois pas la guidance 2026, mais la révision à la hausse de la cible de RNPG à horizon 2029.
| Cible RNPG à horizon 2029 | Valeur |
|---|---|
| Cible initiale (annoncée antérieurement) | ~500 MDH |
| NOUVELLE cible (ann. mai 2026) | ~600 MDH |
| Révision à la hausse | +100 MDH (+20%) |
Cette révision de +20% de la cible de résultat à trois ans est un signal de confiance fort de la direction sur la trajectoire structurelle de l’activité. Elle traduit l’avance prise par la banque commerciale sur sa feuille de route initiale et la capacité démontrée à absorber la montée en cadence sans détérioration de la rentabilité.
Les performances réalisées en 2025 et la croissance de l’activité récurrente prévue en 2026 nous permettent de revoir à la hausse nos perspectives à moyen terme avec un RNPG autour de 600 MDH à horizon 2029.
— Communication financière T1 2026 CFG BankVII. Lecture pour l’investisseur marocain
Encours crédits +20% sur 12 mois, marge d’intérêt +33%, PNB récurrent +22% — la dynamique fondamentale de la banque commerciale est intacte et probablement durable compte tenu du plan d’ouverture de 6 agences supplémentaires d’ici 2028.
Ce moteur structurel de la croissance future est indépendant du cycle des marchés financiers et constitue donc le pilier le plus important de l’histoire d’investissement.
Le PNB marchés reste structurellement volatile : -53% au T1 2026, mais effet de base défavorable. Cette ligne d’activité restera erratique tant que les tensions géopolitiques persistent et tant que la BVC n’a pas retrouvé ses volumes d’avant-crise.
Pour l’investisseur, la lecture trimestrielle doit donc se faire en séparant le PNB récurrent (prévisible) du PNB marchés (cyclique) plutôt qu’en se focalisant sur le PNB consolidé agrégé.
Maintien des dépôts non rémunérés à ~50% du total, dans un contexte de croissance forte. Cette stabilité conditionne la trajectoire de la marge d’intérêt et donc du PNB récurrent.
Le complément via dette subordonnée (1 Md DH levé en 2025) renforce simultanément les fonds propres réglementaires Tier 2 et le financement de l’expansion.
RNPG 2029 cible 600 MDH (vs 500 initialement). Une hausse de 20% sur la cible à trois ans constitue un signal de confiance important, rare dans le secteur bancaire marocain où la prudence des annonces est la norme.
Cette révision implique un TCAM RNPG 2025-2029 estimable autour de +15% à +18% selon le RNPG 2025 retenu, ce qui place CFG Bank parmi les valeurs bancaires les plus dynamiques de la BVC.
L’exercice de valorisation devient intéressant dans ce contexte : la valorisation actuelle de CFG Bank intègre-t-elle déjà cette nouvelle cible, ou subsiste-t-il un écart entre le consensus marché et la nouvelle guidance ? Cette question est d’autant plus pertinente que CFG Bank a récemment fait l’objet d’une réévaluation positive dans les comptes de Mutandis (cf. communiqué T1 2026 de Mutandis publié le 4 mai 2026), ce qui suggère que les actionnaires sophistiqués ont déjà commencé à ajuster leur valeur intrinsèque à la hausse.
À Retenir · CFG Bank T1 2026
- Encours crédits : 19 170 MDH (+20% YoY), production nette 3,1 Mds DH.
- Encours dépôts : 20 030 MDH (+10% YoY), collecte nette 1,8 Mds DH.
- Dépôts non rémunérés : stables à ~50% du total — atout structurel majeur.
- PNB récurrent : 273 MDH (+22%) ; 88% du PNB total (vs 74% T1 2025).
- Marge d’intérêt : 155 MDH (+33%), tirée par la hausse des encours.
- Commissions : 118 MDH (+9%), bancaires + asset management.
- PNB marchés financiers : 37 MDH (-53%), impact tensions Moyen-Orient.
- PNB consolidé : 311 MDH (+3%) — lecture à deux vitesses (récurrent vs marchés).
- RBE : 178 MDH (+4%), coefficient d’exploitation maintenu sous 43%.
- Réseau : 19 agences (après ouverture Zerktouni avril 2026), 105 GAB.
- Plan expansion : 6 agences additionnelles en travaux pour 2026-2028.
- Dette subordonnée : 1,4 Md DH d’encours après 2 émissions 2025 (1 Md DH).
- Guidance 2026 : PNB > +5%, PNB récurrent > +25%, RNPG > +15%.
- Cible RNPG 2029 RELEVÉE : 600 MDH (vs 500 MDH initialement, +20%).
- App mobile : 4,7/5 sur Apple Store ; centre relation clients 7j/7 jusqu’à 21h.