Troisième semaine de hausse consécutive, effacement intégral des pertes annuelles, retour au-dessus du seuil symbolique des 19.000 points et envolée des valeurs technologiques en clôture : la séance du vendredi 17 avril 2026 marque un tournant pour la place casablancaise. Décryptage d'un rebond alimenté par la réouverture du détroit d'Ormuz, la chute de plus de 11% du pétrole et l'enclenchement d'un cessez-le-feu de dix jours au Liban.
La Bourse de Casablanca a clôturé la semaine dans une dynamique particulièrement vigoureuse. Le MASI a bondi de +2,66% sur la seule séance du vendredi 17 avril 2026 pour s'établir à 19.238,41 points, après avoir testé un plus haut intraday à 19.345,19 points. L'indice a ainsi franchi avec autorité le seuil psychologique des 19.000 points, qui agissait comme résistance depuis le début de la phase corrective.
Sur l'ensemble de la semaine, le MASI signe une progression de +4,29%, sa troisième hausse hebdomadaire d'affilée. Plus important encore, l'indice phare de la cote casablancaise efface l'intégralité de ses pertes annuelles et affiche désormais une performance de +2,08% depuis le début de l'année 2026. Le MASI 20, indice des valeurs les plus liquides, suit le mouvement avec un gain quotidien de +3,21% à 1.422,80 points, soit une hausse hebdomadaire de +3,83%.
L'activité a été au rendez-vous, avec un volume global d'échanges sur le marché central qui a atteint 1,3 milliard de dirhams — un niveau qui confirme la conviction des opérateurs derrière ce mouvement haussier. La capitalisation boursière globale s'inscrit désormais à 1.093 milliards de dirhams.
Sur le front des valeurs, Attijariwafa Bank a capté le premier volume de la séance avec 144 millions de dirhams échangés, en progression de +1,71% à 715 dirhams. Dans son sillage, Marsa Maroc a drainé 130,5 millions de dirhams et avancé de +5,27% à 895 dirhams, tandis que SGTM a vu 108 millions de dirhams s'échanger sur le titre, en hausse de +6,44% à 826 dirhams.
Du côté des plus fortes hausses, Stokvis Nord Afrique a signé la meilleure performance de la séance avec un bond de +9,94% à 89,60 dirhams, talonnée par HPS qui s'est envolée de +9,61% à 650 dirhams dans un volume notable de 89 millions de dirhams.
Si la performance hebdomadaire impressionne, c'est en réalité la trajectoire depuis le point bas qu'il faut regarder pour mesurer l'ampleur du retournement. Le creux du cycle correctif a été enregistré durant la semaine du 2 mars 2026, lorsque le MASI a touché un plus bas autour des 16.387 points sous l'effet conjugué de l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, du blocage du détroit d'Ormuz et de l'envolée du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril.
Depuis ce point bas, le MASI a engrangé +2.907 points, soit une progression de +17,74% en six semaines. Une performance qui se rapproche techniquement d'un rebond en V, plutôt rare sur la place casablancaise, et qui replace l'indice au contact direct de sa zone de résistance majeure — la moyenne mobile exponentielle 50 semaines (EMA 50) à 18.116 points et la Bull Market Support Band hebdomadaire que l'indice avait perdue en début d'année. Aujourd'hui, le MASI évolue clairement au-dessus de ces deux indicateurs structurants, ce qui constitue un signal technique fort de retour en tendance haussière de moyen terme.
Ce rebond ne doit rien au hasard. Il est le produit direct d'une séquence géopolitique inédite depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février 2026 par les frappes israélo-américaines contre l'Iran. Vendredi 17 avril, plusieurs annonces majeures ont convergé pour faire basculer le sentiment de marché.
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araqchi annonce sur X que le passage de tous les navires commerciaux par le détroit d'Ormuz est « déclaré totalement ouvert » pour la durée restante du cessez-le-feu, en parallèle de la trêve qui se met en place au Liban entre Israël et le Hezbollah.
Les marchés pétroliers réagissent violemment : le Brent chute de 11,2% à 88,27 dollars le baril, tandis que le WTI américain perd 12% pour s'établir à 83,29 dollars. C'est la plus forte chute journalière du brut depuis le début du conflit.
Donald Trump confirme à l'AFP qu'il « ne reste pas de points de blocage » avec l'Iran et que les deux pays sont « très proches d'obtenir un accord ». Le président américain annonce par ailleurs un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban, entré en vigueur dans la nuit du 16 au 17 avril.
Trois pétroliers iraniens transportant cinq millions de barils sont signalés sortis du Golfe par Ormuz, premiers passages depuis le blocus américain. La société Kpler confirme l'information, validant concrètement la déclaration de Téhéran.
Pour la place casablancaise, ce dénouement représente un triple soulagement. D'abord, la détente sur le pétrole allège mécaniquement la facture énergétique du Maroc, importateur net d'hydrocarbures, et soutient les marges des secteurs sensibles aux coûts de l'énergie (cimentiers, transports, distribution, agroalimentaire). Ensuite, la baisse de la prime de risque géopolitique rouvre l'appétit pour les actifs émergents, dont le MASI fait partie. Enfin, la confirmation du cadre macroéconomique national — PIB 2026 attendu entre 4,4% et 5,6%, inflation maîtrisée à ~1,3%, prêt de 500 millions USD accordé par la Banque mondiale le 13 avril, taux directeur BAM en repli vers 2% — offre un socle solide pour le re-rating des actions marocaines.
La chute du Brent allège les coûts énergétiques pour les industriels marocains et soulage la balance commerciale. Le ministre marocain de l'Énergie a confirmé le 14 avril que l'approvisionnement énergétique est sécurisé pour les trois prochains mois.
La trêve au Liban reste fragile (10 jours seulement) ; le cessez-le-feu USA-Iran expire mardi prochain ; le blocus américain des ports iraniens demeure en vigueur ; le ministre israélien de la Défense a affirmé que l'opération militaire « n'est pas terminée ».
L'événement le plus marquant de la séance du 17 avril réside dans la performance exceptionnelle des valeurs technologiques cotées à Casablanca. Sur les neuf sociétés du secteur tech analysées dans notre étude sectorielle du 14 avril, sept ont clôturé en hausse, dont quatre avec des progressions à deux chiffres ou proches. Une rotation puissante qui valide la thèse d'un découplage entre fondamentaux solides et valorisations corrigées que nous défendions il y a trois jours.
2ème plus forte hausse de la séance, juste derrière Stokvis. Volume de 89 M MAD, signe d'un retour vigoureux des institutionnels sur le dossier. La valeur reprend +57 dirhams en une seule séance et se rapproche désormais de l'objectif BKGR (686-705 MAD).
Notre Top Pick sectoriel valide la thèse value/growth : +29 dirhams sur la séance, soit le rattrapage le plus dynamique du secteur tech. Le PER ~13x demeure le plus bas du compartiment IT marocain malgré la hausse.
L'intégrateur des méga-projets Maroc Digital 2030 progresse de +44 dirhams. La valeur bénéficie du climat plus serein qui replace les paris sur l'investissement public et privé en infrastructure IT au cœur des allocations.
Le leader marocain de la distribution IT confirme son statut de valeur défensive à fort rendement. L'expansion africaine (Côte d'Ivoire, Mauritanie) et la diversification photovoltaïque via Solarway continuent de séduire.
Notre conviction « PER 14x + trésorerie nette positive + pipeline doublé » continue de se matérialiser. Volume modéré, en cohérence avec un flottant restreint (24%), mais le mouvement est d'autant plus significatif.
La fintech star de l'IPO de décembre 2025 et le spécialiste du paiement-identification suivent le mouvement, sans excès. Cash Plus reste sur des multiples exigeants (PER ~31x), M2M demeure pénalisé par sa visibilité limitée et son flottant restreint.
Le rebond simultané des cinq valeurs majeures (HPS, S2M, Disway, Disty, Microdata) traduit autre chose qu'une rotation opportuniste. C'est un rappel à la valeur fondamentale : le secteur tech marocain affiche un CA cumulé de 6,3 milliards de dirhams en 2025, en croissance moyenne de +17%, avec un résultat net moyen en progression de +22% (hors dossiers en difficulté). Or, l'indice sectoriel IT évoluait jusqu'à présent en sous-performance par rapport au MASI (-3,84% YTD vs -2,89% pour le MASI au 14 avril).
Avec la séance du 17 avril, ce déficit relatif se comble en partie. Les six catalyseurs structurels que nous identifions — Maroc Digital 2030 (11 Mds MAD, 240.000 emplois), arrivée des hyperscalers cloud (Oracle a inauguré sa région Casablanca en avril 2026, marché data centers ×9 d'ici 2030), feuille de route Maroc IA 2030, accélération du paiement digital (13,7 millions de m-wallets actifs), Coupe du Monde 2030 (322 Mds MAD d'investissements) et déploiement 5G — restent intacts et pourraient désormais s'exprimer plus librement dans les valorisations.
Disty Technologies (+8,36%), HPS (+9,61%) et S2M (+3,42%) — nos trois convictions sectorielles publiées le 14 avril — ont toutes participé activement au rebond. La discipline d'investissement sur les fondamentaux paie : ces trois dossiers offrent encore un potentiel d'appréciation crédible à horizon 12-24 mois selon les consensus analystes (objectif HPS à 686-720 MAD).
Sur le plan graphique, l'analyse hebdomadaire du MASI livre plusieurs messages convergents. Premier point : le rejet net de la zone des 16.400 points début mars constitue un creux significatif, marqué par une mèche basse caractéristique d'un capitulating low. Deuxième point : la reconquête de la moyenne mobile exponentielle 50 semaines (EMA 50 close à 18.116 points), franchie cette semaine, restaure la tendance structurelle haussière qui prévalait depuis 2023.
Troisième point : la Bull Market Support Band (combinaison de la SMA 20 semaines à 18.369 et de l'EMA 21 semaines à 18.289) est elle aussi clairement franchie. Historiquement, sur le MASI, le rejet ou la reconquête de cette zone constitue un signal binaire fiable pour identifier les phases bull ou bear de moyen terme.
Sur les oscillateurs : le RSI 14 hebdomadaire affiche 58,70, encore loin de la zone de surachat (>70), avec un croisement haussier au-dessus de sa moyenne (44,66). Cette configuration suggère que le mouvement dispose encore de marge avant de saturer techniquement.
| Type | Niveau (pts) | Signification |
|---|---|---|
| Résistance majeure | 19.345 | Plus haut intraday du 17 avril — première barrière à effacer |
| Résistance suivante | 19.700 - 20.000 | Zone de plus haut historique (juillet 2025) |
| Pivot | 19.000 | Seuil psychologique reconquis — devient support |
| Support 1 | 18.369 | SMA 20 semaines (Bull Market Support Band haut) |
| Support 2 | 18.116 | EMA 50 semaines — invalidation de la tendance LT en cas de cassure |
| Support majeur | 16.400 | Creux de la semaine du 2 mars — défense ultime |
La configuration actuelle est structurellement favorable, mais nécessite un calibrage précis. À l'actif du scénario haussier : la sortie des pertes annuelles, la pente positive du MASI 20, le retour au-dessus de la BMSB, l'amélioration du momentum sectoriel tech, l'apaisement géopolitique, la baisse des taux longs et le taux directeur BAM attendu vers 2%, l'investment grade BBB- maintenu pour le Maroc, et la solidité des fondamentaux des sociétés cotées sur les résultats 2025 publiés.
Au passif du scénario : la fragilité du cessez-le-feu (10 jours, expirable), le maintien du blocus américain des ports iraniens, la position israélienne qui n'exclut pas une reprise des opérations, et un risque résiduel de réembrasement qui ramènerait le pétrole sur les 100$+. Sur le plan technique, le RSI hebdomadaire devra continuer son ascension pour valider l'élargissement du mouvement, et la zone des 19.700-20.000 points constituera un test décisif pour confirmer ou non la sortie de la phase corrective.
La séance du vendredi 17 avril 2026 restera comme un point d'inflexion. Le MASI a démontré sa résilience structurelle en transformant le choc géopolitique du printemps en opportunité de re-rating. Le rebond de +17,74% depuis le creux du 2 mars n'est pas une simple bouffée d'air technique : il est validé par l'amélioration concrète du contexte géopolitique, la baisse du pétrole, la solidité des fondamentaux corporate, et le retour de l'appétit institutionnel sur les valeurs phares.
Pour l'investisseur marocain, la fenêtre actuelle privilégie une approche sélective : continuer à privilégier les valeurs offrant un couple croissance/valorisation attractif (notre Top 3 reste Disty Technologies, S2M, HPS), conserver une exposition défensive via des dossiers à fort rendement (Disway, Microdata, Maroc Telecom) et rester vigilant sur le suivi géopolitique. Le pari de fond — celui d'un marché marocain porté par Maroc Digital 2030, l'arrivée des hyperscalers, la 5G, le paiement digital et les investissements liés à la Coupe du Monde 2030 — reste intact, voire renforcé par la séquence en cours.
Une chose est certaine : le MASI a refermé le chapitre de la guerre. Reste à savoir s'il ouvrira durablement le chapitre du re-rating sectoriel ou si une consolidation s'imposera avant un nouveau leg haussier. Nous penchons pour la première hypothèse, sous réserve de la consolidation effective de la trêve au Moyen-Orient.