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Banques · Indicateurs trimestriels · 2 septembre 2026

Bank of Africa publie deux chiffres qui vont en sens contraire — et son plus mauvais, le recul de 2,6% au Maroc, masque un retournement que le communiqué ne met pas en avant

Indicateurs au 30 juin 2026 PNB consolidé : 10 502 MDH (+1,5%) PNB social : 5 313 MDH (−2,6%) T1 social reconstitué : −9,9% T2 social : +4,0% Hors Maroc : 49,4% du PNB

La communication financière de Bank of Africa — l’émetteur coté à Casablanca, à ne pas confondre avec ses filiales pays cotées à Abidjan — au titre du deuxième trimestre 2026 présente un produit net bancaire consolidé de 10,5 milliards de dirhams, en progression de 1,5%, et des crédits à la clientèle en hausse de 4,3% depuis la clôture.

Le même document indique que le produit net bancaire social — celui de la banque au Maroc — recule de 2,6%. Deux périmètres, deux directions. Le communiqué publie les deux chiffres sans jamais les rapprocher. Or ce rapprochement livre deux enseignements que le document ne formule pas : le groupe est sur le point de réaliser plus de la moitié de ses revenus hors du Maroc, et le recul de 2,6% masque un deuxième trimestre en croissance. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Les deux périmètresQuatre points d’écart sur le même semestre

PNB consolidé S1
10 502
+1,5% · MDH
PNB social S1
5 313
−2,6% · MDH
Hors banque au Maroc
5 189
+6,0% · MDH
Part du hors-Maroc
49,4%
contre 47,3%
Tableau 1 — Produit net bancaire semestriel, en millions de dirhams
PérimètreS1 2025S1 2026Variation
Consolidé (groupe)10 34910 502+1,5%
Social (banque au Maroc)5 4565 313−2,6%
Écart entre les deux——4,1 points

Le consolidé agrège l’ensemble du groupe ; le social ne retient que la banque au Maroc. La divergence entre les deux mesure donc, pour l’essentiel, l’apport des filiales.

Un groupe bancaire publie deux jeux de comptes. Les comptes sociaux décrivent la maison mère seule — ici l’activité bancaire au Maroc. Les comptes consolidés ajoutent les filiales, dont le réseau africain qui fait la particularité de cet émetteur.

Quand le consolidé progresse et que le social recule, l’information n’est ni dans l’un ni dans l’autre : elle est dans l’écart. Il dit où la croissance se produit.
Lecture MarocBoursier Research

II · Le calculLe hors-Maroc approche la moitié des revenus

La soustraction des deux périmètres donne un ordre de grandeur que le communiqué ne publie pas.

Tableau 2 — Produit net bancaire hors banque au Maroc, par différence
 S1 2025S1 2026Variation
Consolidé10 34910 502+1,5%
moins le social5 4565 313−2,6%
Hors banque au Maroc4 8935 189+6,0%
Part dans le consolidé47,3%49,4%+2,1 points

Ce que ce calcul mesure exactement, et ce qu’il ne mesure pas

La différence entre consolidé et social n’équivaut pas strictement aux filiales. Elle recouvre aussi les retraitements de consolidation : éliminations des opérations intragroupe, mises en équivalence, écarts de conversion des devises africaines.

Ces retraitements peuvent être significatifs pour un groupe présent dans une vingtaine de pays. Le chiffre de 5 189 millions est donc un ordre de grandeur de la contribution hors Maroc, non une donnée comptable.

Sous cette réserve, la tendance est nette et son sens ne fait pas de doute : le périmètre hors Maroc progresse quand le périmètre marocain recule, et son poids gagne plus de deux points en un an.

Le seuil approche : à 49,4%, il ne manque que six dixièmes de point pour que la majorité des revenus du groupe soit réalisée hors du marché domestique. Au rythme observé sur un an, ce basculement interviendrait dans les prochains arrêtés.

Ce n’est pas une surprise pour qui suit cet émetteur — sa stratégie africaine est ancienne et revendiquée. Mais le franchissement d’une majorité change la nature de la valeur : elle devient un groupe bancaire panafricain coté à Casablanca plutôt qu’une banque marocaine avec des filiales. La sensibilité aux cycles africains et au risque de change en devient dominante.

III · La reconstitutionLe recul vient du premier trimestre, pas du second

Voici l’observation la plus favorable à l’émetteur, et il ne la met pas en avant.

Le communiqué publie le trimestre et le cumul semestriel, pour les deux périmètres. La soustraction donne donc quatre chiffres de premier trimestre qui ne figurent nulle part.

Tableau 3 — Produit net bancaire par trimestre, en millions de dirhams
Période20252026VariationStatut
Consolidé — T1 (reconstitué)4 9684 860−2,2%non publié
Consolidé — T25 3815 642+4,9%publié
Social — T1 (reconstitué)2 5922 335−9,9%non publié
Social — T22 8642 978+4,0%publié

Le périmètre marocain a reculé de 9,9% au premier trimestre avant de progresser de 4,0% au second. Soit un retournement de 13,9 points. Le consolidé suit le même mouvement, plus atténué : 7,0 points.

Le −2,6% semestriel du périmètre marocain est donc la moyenne d’un premier trimestre nettement dégradé et d’un second en croissance. Le problème appartient au passé, du moins au regard de ces trois derniers mois.

Une configuration inhabituelle

Nous avons passé l’été à signaler des chiffres semestriels qui flattaient la réalité récente — un bon premier trimestre masquant un second en repli.

Ici, c’est l’inverse. Le chiffre mis en avant est plus pénalisant que la période récente ne le justifie. Un lecteur qui retient le « −2,6% » conclura à un recul en cours, alors que le trimestre le plus récent progresse de 4%.

L’émetteur ne tire pas parti de cette lecture, alors qu’elle lui serait favorable et que ses propres chiffres la permettent. Nous la signalons pour cette raison.

Une précaution s’impose néanmoins. Ce retournement peut refléter une amélioration réelle de l’activité comme un simple effet de base : si le premier trimestre 2025 avait été exceptionnellement élevé et le deuxième faible, les variations de 2026 s’expliqueraient mécaniquement. Le communiqué ne fournit aucun élément permettant de trancher.

IV · Le paradoxePlus de volumes, moins de revenus

Tableau 4 — Encours au 30 juin 2026, en millions de dirhams
 Décembre 2025Juin 2026Variation
Crédits consolidés233 406243 497+4,3%
Crédits sociaux149 302157 733+5,6%
Dépôts consolidés275 323286 512+4,1%
Dépôts sociaux169 543178 094+5,0%

Les encours sont donnés hors mises en pension pour les dépôts et hors opérations de rachat pour les crédits, ce qui écarte les opérations de refinancement de marché et donne une image plus fidèle de l’activité clientèle.

Le constat est net et le communiqué ne le formule pas : le périmètre marocain progresse plus vite que le groupe sur les volumes — +5,6% de crédits contre 4,3%, +5,0% de dépôts contre 4,1% — alors même que son produit net bancaire recule sur le semestre.

Autrement dit, la banque au Maroc prête davantage et collecte davantage, tout en encaissant moins. C’est la signature d’une compression de marge.

Ce que ce rapprochement suggère, sans le démontrer

Rapporté aux encours de crédits, le produit net bancaire semestriel du périmètre marocain passe d’environ 3,65% à 3,37%. Sur le consolidé, de 4,43% à 4,31%.

Ce ratio est une approximation grossière : il rapporte un flux semestriel à un encours de clôture plutôt que moyen, et le produit net bancaire ne se limite pas à la marge d’intérêt — il inclut les commissions et les résultats de marché. Il ne mesure donc pas un taux.

Il indique néanmoins une direction, et elle est cohérente avec la trajectoire de taux que nous suivons : Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25%, et un environnement de taux bas comprime mécaniquement la marge d’intermédiation des banques.

Un élément de bilan mérite d’être relevé : les dépôts progressent moins vite que les crédits sur les deux périmètres. Le rapport des crédits aux dépôts passe ainsi de 88,1% à 88,6% au Maroc et de 84,8% à 85,0% en consolidé. La hausse est minime, mais elle indique que la croissance des crédits est légèrement plus rapide que celle de sa ressource naturelle.

V · Ce qui manqueUn document où les distinctions occupent plus de place que les chiffres

Ce communiqué tient sur une page. Sa colonne de gauche énumère six distinctions et récompenses obtenues par le groupe — meilleure banque régionale, gouvernance, reporting extra-financier, transformation digitale. Sa colonne de droite contient six graphiques chiffrés.

Ces distinctions ne sont pas sans intérêt — certaines émanent d’institutions financières internationales et signalent une reconnaissance professionnelle. Mais elles occupent, en volume de texte, l’essentiel du document, quand l’analyse des chiffres se limite à quatre phrases descriptives.

Ce que le document ne dit pas

Aucune donnée de rentabilité. Ni résultat net, ni résultat brut d’exploitation, ni résultat net part du groupe. Pour une banque, c’est la limite habituelle d’une communication trimestrielle — mais elle pèse ici, puisque la question de la compression de marge reste entière.

Aucun coût du risque. C’est le poste qui, dans une banque, transforme un produit net bancaire en résultat. Son absence empêche toute lecture de la qualité du portefeuille, alors même que les crédits progressent de 4,3%.

Aucune ventilation géographique du produit net bancaire, ce qui nous a contraints à l’approximation par soustraction.

Aucun coefficient d’exploitation, indicateur central de l’efficacité bancaire.

Le document précise enfin que ses chiffres trimestriels ne sont pas audités, et définit le deuxième trimestre comme la période d’avril à juin — précision utile qui évite toute ambiguïté sur le découpage.

Quatre points à suivre

Premièrement, la confirmation du redressement du périmètre marocain au troisième trimestre — le rebond de 4% est-il durable ou un effet de base ? Deuxièmement, le franchissement de la barre des 50% par le périmètre hors Maroc, qui changerait la nature de la valeur. Troisièmement, le coût du risque aux comptes semestriels, absent de cette publication. Quatrièmement, l’évolution de la marge d’intermédiation dans un environnement de taux directeur stable à 2,25%.

Un mot pour finir. Ce communiqué publie honnêtement ses deux périmètres, y compris celui qui recule — ce qui n’allait pas de soi. Il précise son découpage trimestriel et le caractère non audité de ses données. Notre apport se limite à deux soustractions que ces chiffres permettent : celle qui révèle le poids du hors-Maroc, et celle qui montre que le trimestre le plus récent est meilleur que le semestre affiché.

À retenir

  • Ce qu’annonce le communiqué : produit net bancaire consolidé de 10 502 MDH au premier semestre (+1,5%), crédits à la clientèle de 243 Mds (+4,3% depuis la clôture) et dépôts de 286 Mds (+4,1%).
  • Deux périmètres, deux directions : le PNB social — la banque au Maroc — recule de 2,6% à 5 313 MDH quand le consolidé progresse. Soit 4,1 points d’écart. Le communiqué publie les deux chiffres sans jamais les rapprocher.
  • Le calcul que ce rapprochement permet : par différence, le périmètre hors banque au Maroc passe de 4 893 à 5 189 MDH, soit +6,0%. Son poids dans le consolidé monte de 47,3% à 49,4% — +2,1 points en un an.
  • Le seuil approche : il manque six dixièmes de point pour que la majorité des revenus soit réalisée hors du marché domestique. Ce basculement changerait la nature de la valeur — un groupe panafricain coté à Casablanca plutôt qu’une banque marocaine avec des filiales.
  • Une réserve sur ce calcul : consolidé moins social n’équivaut pas strictement aux filiales — la différence recouvre aussi les retraitements de consolidation (éliminations intragroupe, mises en équivalence, écarts de conversion). C’est un ordre de grandeur, pas une donnée comptable.
  • L’observation la plus favorable, et l’émetteur ne la met pas en avant : le périmètre marocain a reculé de 9,9% au premier trimestre puis progressé de 4,0% au second. Retournement de 13,9 points. Le consolidé suit, plus atténué : −2,2% puis +4,9%, soit 7,0 points.
  • Configuration inhabituelle : nous avons passé l’été à signaler des chiffres semestriels qui flattaient la période récente. Ici, le chiffre mis en avant est plus pénalisant que la réalité des trois derniers mois.
  • Précaution : ce retournement peut refléter une amélioration réelle comme un simple effet de base si les trimestres 2025 étaient eux-mêmes contrastés. Le communiqué ne permet pas de trancher.
  • Le paradoxe des volumes : le périmètre marocain progresse plus vite que le groupe sur les encours — +5,6% de crédits contre 4,3%, +5,0% de dépôts contre 4,1% — alors que son PNB recule. La banque prête et collecte davantage tout en encaissant moins : signature d’une compression de marge.
  • Rapporté aux crédits, le PNB semestriel marocain passe d’environ 3,65% à 3,37%. Approximation grossière — encours de clôture et non moyens, et le PNB inclut commissions et marché. Elle indique une direction, cohérente avec un taux directeur maintenu à 2,25%.
  • Ce que le document ne dit pas : aucune donnée de rentabilité, aucun coût du risque — le poste qui transforme un PNB en résultat, alors que les crédits progressent de 4,3% — aucune ventilation géographique et aucun coefficient d’exploitation. Les chiffres sont non audités.
  • Une remarque de forme : sur ce document d’une page, les six distinctions obtenues par le groupe occupent l’essentiel du texte, quand l’analyse des chiffres tient en quatre phrases descriptives.

Sources

  • Bank of Africa · communication financière relative au deuxième trimestre 2026 : produit net bancaire consolidé et social pour le trimestre et le premier semestre, crédits à la clientèle hors opérations de rachat et dépôts de la clientèle hors mises en pension aux 31 décembre 2025 et 30 juin 2026 sur les deux périmètres, distinctions et récompenses obtenues, et mentions relatives au caractère non audité des chiffres trimestriels et à la définition du deuxième trimestre.
  • Calculs MarocBoursier Research (reconstitution du premier trimestre par différence sur les deux périmètres, déduction du produit net bancaire hors banque au Maroc et de son poids dans le consolidé, écarts de croissance entre périmètres et entre trimestres, variations d’encours, rapport des crédits aux dépôts et rapport du produit net bancaire aux encours de crédits) à partir des données publiées.
  • Analyses antérieures de MarocBoursier Research sur le secteur bancaire coté à la Bourse de Casablanca et sur la trajectoire de taux de Bank Al-Maghrib.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il porte sur Bank of Africa, l’émetteur coté à la Bourse de Casablanca, et non sur ses filiales pays cotées sur d’autres places. Il repose sur la communication officielle de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. L’émetteur précise que ses chiffres trimestriels ne sont pas audités. Le premier trimestre 2026 est reconstitué par différence entre les données trimestrielles et semestrielles publiées, sur chacun des deux périmètres. Le produit net bancaire hors banque au Maroc est obtenu par soustraction du social au consolidé : il recouvre également les retraitements de consolidation et ne constitue qu’un ordre de grandeur de la contribution des filiales, non une donnée comptable. Le rapport du produit net bancaire aux encours de crédits est une approximation grossière : il confronte un flux semestriel à un encours de clôture et non moyen, et le produit net bancaire ne se limite pas à la marge d’intérêt — il inclut commissions et résultats de marché. Il ne mesure aucun taux. L’interprétation du retournement trimestriel comme amélioration d’activité n’est pas établie et pourrait relever d’un effet de base. Le communiqué ne comporte ni donnée de rentabilité, ni coût du risque, ni coefficient d’exploitation : aucune conclusion sur le résultat, la qualité du portefeuille ou l’efficacité opérationnelle ne peut en être tirée. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.