La communication financière de Bank of Africa — l’émetteur coté à Casablanca, à ne pas confondre avec ses filiales pays cotées à Abidjan — au titre du deuxième trimestre 2026 présente un produit net bancaire consolidé de 10,5 milliards de dirhams, en progression de 1,5%, et des crédits à la clientèle en hausse de 4,3% depuis la clôture.
Le même document indique que le produit net bancaire social — celui de la banque au Maroc — recule de 2,6%. Deux périmètres, deux directions. Le communiqué publie les deux chiffres sans jamais les rapprocher. Or ce rapprochement livre deux enseignements que le document ne formule pas : le groupe est sur le point de réaliser plus de la moitié de ses revenus hors du Maroc, et le recul de 2,6% masque un deuxième trimestre en croissance. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Périmètre | S1 2025 | S1 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Consolidé (groupe) | 10 349 | 10 502 | +1,5% |
| Social (banque au Maroc) | 5 456 | 5 313 | −2,6% |
| Écart entre les deux | — | — | 4,1 points |
Le consolidé agrège l’ensemble du groupe ; le social ne retient que la banque au Maroc. La divergence entre les deux mesure donc, pour l’essentiel, l’apport des filiales.
Un groupe bancaire publie deux jeux de comptes. Les comptes sociaux décrivent la maison mère seule — ici l’activité bancaire au Maroc. Les comptes consolidés ajoutent les filiales, dont le réseau africain qui fait la particularité de cet émetteur.
La soustraction des deux périmètres donne un ordre de grandeur que le communiqué ne publie pas.
| S1 2025 | S1 2026 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Consolidé | 10 349 | 10 502 | +1,5% |
| moins le social | 5 456 | 5 313 | −2,6% |
| Hors banque au Maroc | 4 893 | 5 189 | +6,0% |
| Part dans le consolidé | 47,3% | 49,4% | +2,1 points |
La différence entre consolidé et social n’équivaut pas strictement aux filiales. Elle recouvre aussi les retraitements de consolidation : éliminations des opérations intragroupe, mises en équivalence, écarts de conversion des devises africaines.
Ces retraitements peuvent être significatifs pour un groupe présent dans une vingtaine de pays. Le chiffre de 5 189 millions est donc un ordre de grandeur de la contribution hors Maroc, non une donnée comptable.
Sous cette réserve, la tendance est nette et son sens ne fait pas de doute : le périmètre hors Maroc progresse quand le périmètre marocain recule, et son poids gagne plus de deux points en un an.
Le seuil approche : à 49,4%, il ne manque que six dixièmes de point pour que la majorité des revenus du groupe soit réalisée hors du marché domestique. Au rythme observé sur un an, ce basculement interviendrait dans les prochains arrêtés.
Ce n’est pas une surprise pour qui suit cet émetteur — sa stratégie africaine est ancienne et revendiquée. Mais le franchissement d’une majorité change la nature de la valeur : elle devient un groupe bancaire panafricain coté à Casablanca plutôt qu’une banque marocaine avec des filiales. La sensibilité aux cycles africains et au risque de change en devient dominante.
Voici l’observation la plus favorable à l’émetteur, et il ne la met pas en avant.
Le communiqué publie le trimestre et le cumul semestriel, pour les deux périmètres. La soustraction donne donc quatre chiffres de premier trimestre qui ne figurent nulle part.
| Période | 2025 | 2026 | Variation | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Consolidé — T1 (reconstitué) | 4 968 | 4 860 | −2,2% | non publié |
| Consolidé — T2 | 5 381 | 5 642 | +4,9% | publié |
| Social — T1 (reconstitué) | 2 592 | 2 335 | −9,9% | non publié |
| Social — T2 | 2 864 | 2 978 | +4,0% | publié |
Le périmètre marocain a reculé de 9,9% au premier trimestre avant de progresser de 4,0% au second. Soit un retournement de 13,9 points. Le consolidé suit le même mouvement, plus atténué : 7,0 points.
Le −2,6% semestriel du périmètre marocain est donc la moyenne d’un premier trimestre nettement dégradé et d’un second en croissance. Le problème appartient au passé, du moins au regard de ces trois derniers mois.
Nous avons passé l’été à signaler des chiffres semestriels qui flattaient la réalité récente — un bon premier trimestre masquant un second en repli.
Ici, c’est l’inverse. Le chiffre mis en avant est plus pénalisant que la période récente ne le justifie. Un lecteur qui retient le « −2,6% » conclura à un recul en cours, alors que le trimestre le plus récent progresse de 4%.
L’émetteur ne tire pas parti de cette lecture, alors qu’elle lui serait favorable et que ses propres chiffres la permettent. Nous la signalons pour cette raison.
Une précaution s’impose néanmoins. Ce retournement peut refléter une amélioration réelle de l’activité comme un simple effet de base : si le premier trimestre 2025 avait été exceptionnellement élevé et le deuxième faible, les variations de 2026 s’expliqueraient mécaniquement. Le communiqué ne fournit aucun élément permettant de trancher.
| Décembre 2025 | Juin 2026 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Crédits consolidés | 233 406 | 243 497 | +4,3% |
| Crédits sociaux | 149 302 | 157 733 | +5,6% |
| Dépôts consolidés | 275 323 | 286 512 | +4,1% |
| Dépôts sociaux | 169 543 | 178 094 | +5,0% |
Les encours sont donnés hors mises en pension pour les dépôts et hors opérations de rachat pour les crédits, ce qui écarte les opérations de refinancement de marché et donne une image plus fidèle de l’activité clientèle.
Le constat est net et le communiqué ne le formule pas : le périmètre marocain progresse plus vite que le groupe sur les volumes — +5,6% de crédits contre 4,3%, +5,0% de dépôts contre 4,1% — alors même que son produit net bancaire recule sur le semestre.
Autrement dit, la banque au Maroc prête davantage et collecte davantage, tout en encaissant moins. C’est la signature d’une compression de marge.
Rapporté aux encours de crédits, le produit net bancaire semestriel du périmètre marocain passe d’environ 3,65% à 3,37%. Sur le consolidé, de 4,43% à 4,31%.
Ce ratio est une approximation grossière : il rapporte un flux semestriel à un encours de clôture plutôt que moyen, et le produit net bancaire ne se limite pas à la marge d’intérêt — il inclut les commissions et les résultats de marché. Il ne mesure donc pas un taux.
Il indique néanmoins une direction, et elle est cohérente avec la trajectoire de taux que nous suivons : Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25%, et un environnement de taux bas comprime mécaniquement la marge d’intermédiation des banques.
Un élément de bilan mérite d’être relevé : les dépôts progressent moins vite que les crédits sur les deux périmètres. Le rapport des crédits aux dépôts passe ainsi de 88,1% à 88,6% au Maroc et de 84,8% à 85,0% en consolidé. La hausse est minime, mais elle indique que la croissance des crédits est légèrement plus rapide que celle de sa ressource naturelle.
Ce communiqué tient sur une page. Sa colonne de gauche énumère six distinctions et récompenses obtenues par le groupe — meilleure banque régionale, gouvernance, reporting extra-financier, transformation digitale. Sa colonne de droite contient six graphiques chiffrés.
Ces distinctions ne sont pas sans intérêt — certaines émanent d’institutions financières internationales et signalent une reconnaissance professionnelle. Mais elles occupent, en volume de texte, l’essentiel du document, quand l’analyse des chiffres se limite à quatre phrases descriptives.
Aucune donnée de rentabilité. Ni résultat net, ni résultat brut d’exploitation, ni résultat net part du groupe. Pour une banque, c’est la limite habituelle d’une communication trimestrielle — mais elle pèse ici, puisque la question de la compression de marge reste entière.
Aucun coût du risque. C’est le poste qui, dans une banque, transforme un produit net bancaire en résultat. Son absence empêche toute lecture de la qualité du portefeuille, alors même que les crédits progressent de 4,3%.
Aucune ventilation géographique du produit net bancaire, ce qui nous a contraints à l’approximation par soustraction.
Aucun coefficient d’exploitation, indicateur central de l’efficacité bancaire.
Le document précise enfin que ses chiffres trimestriels ne sont pas audités, et définit le deuxième trimestre comme la période d’avril à juin — précision utile qui évite toute ambiguïté sur le découpage.
Premièrement, la confirmation du redressement du périmètre marocain au troisième trimestre — le rebond de 4% est-il durable ou un effet de base ? Deuxièmement, le franchissement de la barre des 50% par le périmètre hors Maroc, qui changerait la nature de la valeur. Troisièmement, le coût du risque aux comptes semestriels, absent de cette publication. Quatrièmement, l’évolution de la marge d’intermédiation dans un environnement de taux directeur stable à 2,25%.
Un mot pour finir. Ce communiqué publie honnêtement ses deux périmètres, y compris celui qui recule — ce qui n’allait pas de soi. Il précise son découpage trimestriel et le caractère non audité de ses données. Notre apport se limite à deux soustractions que ces chiffres permettent : celle qui révèle le poids du hors-Maroc, et celle qui montre que le trimestre le plus récent est meilleur que le semestre affiché.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il porte sur Bank of Africa, l’émetteur coté à la Bourse de Casablanca, et non sur ses filiales pays cotées sur d’autres places. Il repose sur la communication officielle de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. L’émetteur précise que ses chiffres trimestriels ne sont pas audités. Le premier trimestre 2026 est reconstitué par différence entre les données trimestrielles et semestrielles publiées, sur chacun des deux périmètres. Le produit net bancaire hors banque au Maroc est obtenu par soustraction du social au consolidé : il recouvre également les retraitements de consolidation et ne constitue qu’un ordre de grandeur de la contribution des filiales, non une donnée comptable. Le rapport du produit net bancaire aux encours de crédits est une approximation grossière : il confronte un flux semestriel à un encours de clôture et non moyen, et le produit net bancaire ne se limite pas à la marge d’intérêt — il inclut commissions et résultats de marché. Il ne mesure aucun taux. L’interprétation du retournement trimestriel comme amélioration d’activité n’est pas établie et pourrait relever d’un effet de base. Le communiqué ne comporte ni donnée de rentabilité, ni coût du risque, ni coefficient d’exploitation : aucune conclusion sur le résultat, la qualité du portefeuille ou l’efficacité opérationnelle ne peut en être tirée. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.