MASI ... ...
MASI 20 ... ...
Accueil Bourse de Casablanca · Banques
Banques · Résultats semestriels · 28 juillet 2026

Attijariwafa bank : le produit net bancaire progresse de 4,0% au premier semestre 2026, le résultat net part du groupe de 1,1% — anatomie d’une cascade où la croissance se dissipe, et ce que la chute du coût du risque masque réellement

S1 2026 · au 30 juin PNB : 18,4 Mds DH (+4,0%) RNPG : 5,9 Mds DH (+1,1%) Coût du risque : 0,50% vs 0,62% Bilan : 825,3 Mds DH (+11,9%) RoATE : 22,9%

Le conseil d’administration d’Attijariwafa bank s’est réuni le 27 juillet 2026 pour arrêter les comptes au 30 juin. Les volumes sont excellents : l’épargne collectée progresse de 13,8%, les crédits distribués de 11,2%, le total de bilan de 11,9% à 825,3 milliards de dirhams. Le produit net bancaire suit, en hausse de 4,0%. Mais tout en bas du compte de résultat, le résultat net part du groupe ne progresse que de 1,1%.

Entre le haut et le bas de ce compte de résultat, 2,9 points de croissance se sont évaporés. Cet article suit cette cascade ligne par ligne pour identifier où ils partent — il y a exactement deux fuites, et elles n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Il examine ensuite le coût du risque, moteur du semestre, et pose la question que sa performance rend inévitable. Il termine par ce que la série longue révèle sur la rentabilité du capital, et par la bascule stratégique vers GOAL 2030. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Les chiffres publiésUn semestre de volumes, pas un semestre de résultat

Total bilan consolidé
825,3
+11,9% · Mds DH
Produit net bancaire
18,4
+4,0% · Mds DH
Résultat brut d’exploitation
11,6
+1,5% · Mds DH
Résultat net part du groupe
5,9
+1,1% · Mds DH

Commençons par ce qui n’est pas discutable, et qui est solide. Sur le semestre, l’épargne totale collectée passe de 486,8 à 553,8 milliards de dirhams (+13,8%) et les crédits totaux distribués de 417,4 à 464,3 milliards (+11,2%). Au Maroc, les crédits à l’équipement atteignent 142 milliards, en hausse de 36%, les crédits aux entreprises progressent de 14% à 227 milliards, et les dépôts de 12% à 382 milliards. La banque revendique une production nette de 28 milliards de crédits à l’économie sur le seul premier semestre.

Le groupe met également en avant une bascule digitale avancée : la part de la banque digitale dans les transactions passe de 74,2% à 94,9% (+20,7 points sur la période comparée), et le nombre de connexions aux plateformes atteint 181,5 millions contre 71,5 millions en 2019. C’est dans ce cadre qu’a été lancée Simple, présentée comme la première néobanque marocaine.

Voilà pour l’activité. Le problème n’est pas là : il apparaît quand on descend le compte de résultat.

II · La cascadeOù se dissipent les 2,9 points de croissance

Un compte de résultat bancaire se lit comme un escalier : chaque marche retire quelque chose à la précédente. En alignant les taux de croissance publiés, on voit exactement où la performance se perd — et où elle se reconstitue.

Tableau 1 — La cascade du compte de résultat, S1 2026
LigneMontantCroissanceÉcart avec la ligne précédente
Produit net bancaire18,4 Mds DH+4,0%
Résultat brut d’exploitation11,6 Mds DH+1,5%−2,5 pts
Résultat d’exploitation10,4 Mds DH+3,3%+1,8 pt
Résultat net consolidé7,1 Mds DH+2,3%−1,0 pt
Résultat net part du groupe5,9 Mds DH+1,1%−1,2 pt

Lecture : le produit net bancaire croît de 4,0%, le résultat net part du groupe de 1,1%. La déperdition nette atteint 2,9 points sur l’ensemble de la cascade. La seule marche qui ajoute de la performance est le passage du résultat brut au résultat d’exploitation, grâce au coût du risque.

Fuite n°1 : les charges d’exploitation (−2,5 points)

C’est la plus coûteuse. Entre le produit net bancaire (+4,0%) et le résultat brut d’exploitation (+1,5%), 2,5 points disparaissent en charges. La banque le documente elle-même : le coefficient d’exploitation s’établit à 36,8%, en hausse de 1,5 point sur un an. Autrement dit, les charges ont progressé plus vite que les revenus.

Deux nuances s’imposent, et l’émetteur les apporte. D’abord, cette hausse est qualifiée de ponctuelle, liée au déploiement de projets structurants — transformation digitale, intelligence artificielle, lancement de la néobanque. Ensuite, le niveau reste excellent en absolu : à 36,8%, le coefficient demeure inférieur de 10 points à celui de juin 2019, et se situe parmi les meilleurs de la place. Sur base sociale, il s’améliore même de 0,8 point, à 26%.

Fuite n°2 : les intérêts minoritaires (−1,2 point)

Celle-ci est plus discrète et n’est commentée nulle part. Le résultat net consolidé progresse de 2,3%, mais le résultat net part du groupe de 1,1% seulement. L’écart signifie une chose simple : la part du résultat revenant aux actionnaires minoritaires des filiales a progressé plus vite que celle revenant à la maison mère.

Pourquoi cette seconde fuite est structurelle, et non accidentelle

Le périmètre de consolidation l’explique. Le groupe détient un grand nombre de filiales africaines où il est majoritaire sans être seul : 83,08% de la Compagnie Bancaire de l’Afrique de l’Ouest, 57,21% d’Attijaribank Tunisie, 58,71% de l’Union Gabonaise de Banque, 51,00% de la Société Commerciale de Banque Cameroun, 62,37% de la Banque Internationale pour l’Afrique au Togo, 66,30% de La Banque Internationale pour le Mali. Le pôle assurance et OPCVM dédiés est consolidé à 39,64% d’intérêt.

Conséquence mécanique : lorsque la croissance vient davantage des filiales partiellement détenues que de la banque au Maroc, une fraction plus importante du résultat échappe à l’actionnaire d’Attijariwafa bank. Ce n’est ni une anomalie ni un signal de dégradation : c’est le prix du modèle panafricain, et il se paie chaque fois que l’Afrique tire la croissance.

III · Le coût du risqueLe moteur du semestre — et la question qu’il pose

Une seule marche de l’escalier ajoute de la performance au lieu d’en retirer : le passage du résultat brut d’exploitation (+1,5%) au résultat d’exploitation (+3,3%). Ce gain de 1,8 point a une cause unique, et elle est spectaculaire.

Tableau 2 — Le coût du risque, consolidé et social
 S1 2025S1 2026Variation
Consolidé — montant1,2 Md DH−11,2%
Consolidé — en % des encours bruts0,62%0,50%−0,12 pt
Social — montant298 MDH−52,8%
Social — en % des encours bruts0,4%0,2%−0,2 pt

Sur base sociale, le coût du risque est divisé par plus de deux en un an. Le résultat net social progresse en conséquence de 8,7%, à 5,6 milliards de dirhams contre 5,2 milliards — une croissance huit fois supérieure à celle du résultat net part du groupe consolidé.

C’est une bonne nouvelle, et il faut la prendre pour telle : elle traduit une amélioration de la qualité du portefeuille de crédits et une politique de recouvrement efficace. Mais elle appelle une lecture prudente, pour une raison arithmétique.

Le coût du risque a libéré de l’ordre de 150 millions de dirhams sur le semestre. Le résultat net part du groupe, lui, n’a progressé que d’environ 65 millions. Autrement dit : même avec ce vent favorable, le résultat a à peine bougé — ce qui signifie qu’il aurait reculé sans lui.
Lecture MarocBoursier Research

C’est le point le plus important de cette publication, et il n’apparaît dans aucun titre. Le coût du risque a joué le rôle d’amortisseur, compensant la hausse des charges d’exploitation. Or un coût du risque ne baisse pas indéfiniment : à 0,50% des encours en consolidé et 0,2% en social, on approche de niveaux planchers. La question du second semestre est donc de savoir si le coefficient d’exploitation revient à sa trajectoire, comme l’émetteur le laisse entendre en qualifiant sa hausse de ponctuelle — car l’amortisseur, lui, a déjà donné l’essentiel de ce qu’il pouvait donner.

IV · Le bilan et le capitalUne base qui croît dix fois plus vite que le résultat

Le troisième enseignement ne se lit pas dans le compte de résultat mais dans le rapport entre celui-ci et le bilan.

Tableau 3 — Croissance des volumes contre croissance du résultat, S1 2026
AgrégatNiveauCroissance
Épargne totale collectée553,8 Mds DH+13,8%
Total bilan consolidé825,3 Mds DH+11,9%
Crédits totaux distribués464,3 Mds DH+11,2%
Fonds propres consolidés81,1 Mds DH+8,4%
Résultat net part du groupe5,9 Mds DH+1,1%

Le contraste est frappant : le bilan croît près de onze fois plus vite que le résultat, les fonds propres huit fois plus vite. Cela a une conséquence directe et inévitable sur la rentabilité du capital : quand le dénominateur progresse de 8,4% et le numérateur de 1,1%, le ratio baisse mécaniquement.

La série trimestrielle le confirme sur un périmètre homogène. D’un premier trimestre à l’autre, les fonds propres progressent de 9,9% (de 76,2 à 83,7 milliards) quand le résultat net part du groupe progresse de 3,6% (de 2,822 à 2,924 milliards). Le rendement des fonds propres calculé sur cette base recule de 22,70% à 17,05%, soit 5,65 points.

Attention à ne pas confondre deux ratios qui portent presque le même nom

L’émetteur publie un RoATE de 22,9% au premier semestre 2026, en progression. Notre série affiche un rendement des fonds propres de 17,05%. Les deux chiffres sont exacts : ils ne mesurent simplement pas la même chose.

Le RoATE rapporte le résultat net part du groupe aux fonds propres tangibles — c’est-à-dire déduction faite du goodwill et des immobilisations incorporelles. Le rendement des fonds propres classique retient les fonds propres totaux. L’écart de près de 6 points entre les deux mesures est donc, très exactement, le poids du goodwill accumulé par les acquisitions africaines du groupe.

Aucune des deux mesures n’est plus honnête que l’autre. Le RoATE dit la rentabilité de l’outil d’exploitation ; le rendement des fonds propres dit celle du capital réellement investi, prix des acquisitions compris. Un investisseur a intérêt à connaître les deux — et à ne jamais comparer le RoATE d’une banque au rendement des fonds propres d’une autre.

Un dernier élément de la série mérite d’être relevé : le bénéfice distribué par action passe de 16,50 dirhams (2024) à 19,00 (2025) puis 22,00 dirhams en 2026, soit +15,8% sur le dernier exercice — quand le résultat net part du groupe semestriel progresse de 1,1%. La distribution totale atteint 4,73 milliards de dirhams, soit un taux de distribution de 61,9% du résultat social de 7,65 milliards. La politique de retour à l’actionnaire est donc nettement plus dynamique que le résultat du semestre — ce qui est soutenable sur un exercice, et redevient une question si l’écart persiste.

V · La bascule stratégiqueDe @mbition 2025 à GOAL 2030

Ce semestre marque une transition qui explique sans doute une partie de ce qui précède. Le groupe a clôturé son plan stratégique @mbition 2025 et lancé GOAL 2030, articulé autour de quatre axes : l’accélération de la transformation digitale et de l’intelligence artificielle, la consolidation du leadership panafricain, le développement d’une banque ouverte, et le renforcement de l’intégration du groupe.

Le lien avec les comptes est direct : ces chantiers coûtent avant de rapporter. La hausse de 1,5 point du coefficient d’exploitation et le lancement de la néobanque Simple relèvent de cette logique d’investissement. C’est aussi ce qui rend la lecture de ce semestre délicate : on ne peut pas encore distinguer ce qui relève d’un investissement temporaire de ce qui relèverait d’une dérive durable des charges. Seuls les prochains arrêtés trancheront.

Un mot pour finir sur la solidité, car elle n’est pas en cause. Les capitaux propres consolidés s’établissent à 81,1 milliards de dirhams, les ratios de solvabilité sont décrits comme en amélioration notable, le rendement de l’actif ressort à 1,74%, et les commissaires aux comptes — EY et Forvis Mazars — ont délivré leurs attestations d’examen limité sans réserve le 27 juillet 2026. Ce que ce semestre pose n’est pas une question de solidité : c’est une question de conversion de la croissance en résultat.

À retenir

  • Les volumes sont excellents : épargne collectée +13,8% à 553,8 Mds DH, crédits distribués +11,2% à 464,3 Mds, total bilan +11,9% à 825,3 Mds. Au Maroc, crédits à l’équipement +36% à 142 Mds et dépôts +12% à 382 Mds.
  • Mais le résultat ne suit pas : le produit net bancaire progresse de 4,0% (18,4 Mds DH) et le résultat net part du groupe de 1,1% seulement (5,9 Mds). 2,9 points de croissance se dissipent dans la cascade du compte de résultat.
  • Fuite n°1, les charges (−2,5 pts) : le coefficient d’exploitation monte de 1,5 point à 36,8%. L’émetteur qualifie cette hausse de ponctuelle (transformation digitale, IA, néobanque) et le niveau reste excellent — 10 points sous celui de juin 2019, et en amélioration de 0,8 point sur base sociale.
  • Fuite n°2, les minoritaires (−1,2 pt) : le résultat net consolidé croît de 2,3%, le RNPG de 1,1%. C’est le prix structurel du modèle panafricain — nombre de filiales sont détenues entre 51% et 83% — et il se paie chaque fois que l’Afrique tire la croissance.
  • Le coût du risque est le moteur du semestre : 0,50% des encours contre 0,62% en consolidé (montant −11,2%), et 0,2% contre 0,4% en social (montant −52,8% à 298 MDH). Le résultat net social progresse de 8,7%, huit fois plus vite que le RNPG consolidé.
  • Ce que cet amortisseur masque : le coût du risque a libéré de l’ordre de 150 MDH quand le RNPG n’a progressé que d’environ 65 MDH. Même avec ce vent favorable, le résultat a à peine bougé — et à 0,2% des encours en social, la marge de baisse supplémentaire est limitée.
  • La dilution du capital : le bilan croît près de onze fois plus vite que le résultat, les fonds propres huit fois plus vite (+8,4% contre +1,1%). Sur la série trimestrielle, le rendement des fonds propres recule de 22,70% à 17,05%.
  • Deux ratios à ne pas confondre : le RoATE publié de 22,9% retient les fonds propres tangibles ; le rendement des fonds propres classique retient les fonds propres totaux. L’écart de près de 6 points mesure exactement le poids du goodwill des acquisitions africaines.
  • Distribution : le bénéfice distribué par action passe de 19,00 à 22,00 DH (+15,8%), pour 4,73 Mds DH distribués, soit 61,9% du résultat social. Le retour à l’actionnaire progresse donc bien plus vite que le résultat du semestre.
  • Bascule stratégique : clôture d’@mbition 2025, lancement de GOAL 2030 (digital et IA, leadership panafricain, banque ouverte, intégration du groupe). Ces chantiers coûtent avant de rapporter — d’où l’impossibilité, à ce stade, de distinguer l’investissement temporaire de la dérive durable des charges.
  • La solidité n’est pas en cause : fonds propres consolidés de 81,1 Mds DH, rendement de l’actif de 1,74%, ratios de solvabilité en amélioration, attestations d’examen limité d’EY et Forvis Mazars délivrées le 27 juillet 2026. La question de ce semestre est celle de la conversion de la croissance en résultat.

Sources

  • Attijariwafa bank · communiqué de résultats au 30 juin 2026, publié à l’issue du conseil d’administration du 27 juillet 2026 : indicateurs consolidés et sociaux, épargne collectée, crédits distribués, coefficient d’exploitation, coût du risque, rendement de l’actif et RoATE, indicateurs de banque digitale, clôture du plan @mbition 2025 et lancement de GOAL 2030.
  • Attijariwafa bank · publication des comptes consolidés IFRS et des comptes sociaux au 30 juin 2026 : normes et principes comptables, périmètre de consolidation et pourcentages de contrôle et d’intérêt, répartition du capital social, affectation des résultats, réseau, effectifs et comptes de la clientèle.
  • Attestations d’examen limité des commissaires aux comptes — Ernst & Young et Forvis Mazars — sur la situation intermédiaire des comptes consolidés et des comptes sociaux au 30 juin 2026, délivrées à Casablanca le 27 juillet 2026.
  • Série fondamentale trimestrielle Attijariwafa bank (produit net bancaire cumulé, résultat net part du groupe, capitaux propres, total de bilan, coût du risque, rendement des fonds propres et de l’actif), du premier trimestre 2025 au premier trimestre 2026.
  • Calculs MarocBoursier Research (cascade des taux de croissance et écarts entre lignes, estimation du gain lié au coût du risque, rapports entre croissance du bilan et du résultat, écart entre RoATE et rendement des fonds propres, taux de distribution) à partir des données publiées.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur les communications financières officielles de l’émetteur (communiqué et comptes au 30 juin 2026), sur les attestations des commissaires aux comptes, et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les écarts entre lignes du compte de résultat et l’estimation du gain lié au coût du risque sont des reconstitutions arithmétiques à partir des taux de croissance et montants publiés ; elles ne se substituent pas à une ventilation officielle, que la publication semestrielle ne fournit pas. Le rendement des fonds propres cité (17,05%) et le RoATE publié par l’émetteur (22,9%) reposent sur des dénominateurs différents et ne sont pas interchangeables. Aucun objectif de cours n’est formulé. Toute personne concernée est invitée à consulter les documents officiels de la société et à se rapprocher de son teneur de compte ou d’un conseil habilité. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.