Le conseil d’administration de Holcim Maroc, anciennement LafargeHolcim Maroc, a arrêté le 28 septembre les comptes du premier semestre. Le chiffre d’affaires consolidé est stable, à 4 152 millions de dirhams (−0,2%), le résultat d’exploitation courant recule de 5,2%, à 1 655 millions, et le résultat net de 8,1%, à 843 millions. Derrière la stabilité du semestre, deux trimestres opposés : −13,4% au premier, noyé par la pluie, +12,7% au deuxième.
Trois lectures complètent le communiqué. La marge recule de plus de deux points, sous l’effet de la hausse des prix des combustibles. Le bénéfice social progresse de 5,2% quand le bénéfice consolidé baisse de 8,1%, parce que des lignes de production arrivées en fin de vie ne sont plus amorties dans les comptes sociaux. Et le dividende de 2 249 millions, supérieur au bénéfice de 2025 et versé à compter du 24 juin, porte l’endettement net de 3 367 à 5 093 millions en six mois. Sans recommandation ni objectif de cours.
Le marché national du ciment recule de 1,3% au premier semestre, selon les chiffres du ministère de l’Aménagement du territoire cités par le communiqué. Le premier trimestre a été pénalisé par une pluviométrie exceptionnellement élevée et par le glissement calendaire de l’Aïd el Fitr : la consommation y recule de 10,9%, et le chiffre d’affaires de Holcim Maroc de 13,4%. Le deuxième trimestre inverse le mouvement : le marché progresse de 8% et le chiffre d’affaires de 12,7%, à 2 378 millions.
| Période | CA 2025 | CA 2026 | Variation | Marché du ciment |
|---|---|---|---|---|
| T1 | 2 048 | 1 774 | −13,4% | −10,9% |
| T2 | 2 111 | 2 378 | +12,7% | +8% |
| S1 | 4 159 | 4 152 | −0,2% | −1,3% |
Chiffre d’affaires consolidé publié par l’émetteur dans ses communications du premier et du deuxième trimestre ; évolution du marché national du ciment selon le ministère de l’Aménagement du territoire, telle que citée par l’émetteur.
Sur le semestre, Holcim Maroc fait légèrement mieux que le marché : chiffre d’affaires stable pour une consommation en recul de 1,3%. Le communiqué l’attribue en partie à la croissance du béton prêt à l’emploi. La comparaison reste approximative : la consommation est mesurée en volume, alors que le chiffre d’affaires intègre aussi les prix et les autres activités du groupe. Le profil est celui de l’autre cimentier coté : dans notre analyse du 12 août, le chiffre d’affaires non consolidé de Ciments du Maroc reculait de 7,9% au premier trimestre avant de progresser de 18,1% au deuxième.
Le résultat d’exploitation courant recule de 5,2%, à 1 655 millions, et sa marge passe de 42,0% à 39,9%. À chiffre d’affaires quasi inchangé, 7 millions de moins, les charges ont augmenté de 84 millions. Le communiqué cite l’évolution des ventes et la hausse des prix des combustibles, partiellement compensées par la maîtrise des coûts de production et la performance industrielle. Les charges de personnel progressent de 3,0% ; les dotations aux amortissements reculent de 2,6%.
En ajoutant les dotations au résultat d’exploitation courant, l’EBITDA ressort à 1 986 millions, contre 2 086 millions, soit une marge de 47,8% contre 50,2% : 2,3 points de moins. Le communiqué ne publie pas cet agrégat ; notre calcul suit la définition de l’EBITDA publié pour l’exercice 2025. Plus bas, les charges non courantes pèsent 185 millions, contre 157 : le résultat d’exploitation recule de 7,6%, à 1 470 millions. Le communiqué ne les détaille pas.
| Poste | S1 2025 | S1 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 4 159,0 | 4 151,8 | −0,2% |
| EBITDA | 2 085,9 | 1 985,6 | −4,8% |
| Marge d’EBITDA | 50,2% | 47,8% | −2,3 points |
| Dotations aux amortissements | −339,2 | −330,5 | −2,6% |
| Résultat d’exploitation courant | 1 746,7 | 1 655,1 | −5,2% |
| Éléments non courants | −155,8 | −185,3 | |
| Résultat d’exploitation | 1 590,9 | 1 469,8 | −7,6% |
| Résultat financier | −104,4 | −68,6 | |
| Impôts | −582,0 | −572,2 | −1,7% |
| Sociétés mises en équivalence | 13,0 | 14,3 | |
| Résultat net part du groupe | 917,5 | 843,3 | −8,1% |
Comptes consolidés IFRS publiés par l’émetteur ; EBITDA : résultat d’exploitation courant plus dotations aux amortissements, même définition que l’EBITDA publié pour 2025 : calculs MarocBoursier Research.
Le résultat financier s’améliore, de −104 à −69 millions. L’impôt, en revanche, pèse davantage : 572 millions pour un résultat avant impôt en recul, soit un taux effectif de 40,8% contre 39,2%. Le taux légal applicable aux bénéfices d’au moins 100 millions passe de 34% à 35% en 2026, dernière marche du barème transitoire fixé par la loi de finances 2023. Le résultat net recule de 8,1%, à 843 millions, et la marge nette passe de 22,1% à 20,3%.
Les comptes sociaux racontent autre chose. Le résultat net social progresse de 5,2%, à 859 millions, parce que certaines lignes de production arrivées en fin de durée d’utilisation ne génèrent plus d’amortissements dans les comptes sociaux. L’écart n’a rien d’anormal : les deux référentiels n’amortissent pas au même rythme. Mais il compte, car c’est le bénéfice social qui fonde le dividende.
L’assemblée du 22 mai a approuvé un dividende de 96 dirhams par action au titre de 2025, contre 70 dirhams l’année précédente, soit 37% de plus. Pour 23 431 240 actions, il représente 2 249 millions, mis en paiement à compter du 24 juin : il figure donc dans les comptes du 30 juin. C’est plus que le bénéfice de 2025 : 104% du résultat net consolidé, 2 166 millions, et 116% du résultat social, 1 941 millions.
Le versement explique l’essentiel du mouvement du bilan. Les capitaux propres baissent de 1 395 millions, à 10 761 millions. Les dettes financières à moins d’un an passent de 177 millions à 2 287 millions, et l’endettement net publié de 3 367 millions fin 2025 à 5 093 millions au 30 juin, après 3 439 millions fin mars. Hors dividende, il aurait baissé d’environ 520 millions sur le semestre.
Rapporté à l’EBITDA des douze derniers mois, 4 402 millions selon notre calcul, l’endettement net représente 1,2 fois, contre 0,7 fois fin 2025. Le ratio remonte ainsi en six mois, sans changer d’ordre de grandeur.
Les 2 249 millions versés en juin dépassent le bénéfice consolidé de 2025 et, plus encore, le bénéfice social. Ils ont été financés par la dette à moins d’un an, qui augmente de 2,1 milliards, pendant que la dette à plus d’un an recule de 424 millions.
Le schéma suppose que la trésorerie dégagée au second semestre reconstitue la marge de manœuvre, comme en 2025 : l’endettement net était revenu de 4 881 millions en juin à 3 367 millions en décembre, soit 1,5 milliard de moins en six mois.
Les volumes vendus et les prix, pour séparer l’effet du marché de l’effet prix dans le chiffre d’affaires.
Le poids du béton prêt à l’emploi, cité comme moteur sans être chiffré.
L’impact chiffré de la hausse des combustibles sur les coûts du semestre.
Le détail des 185 millions d’éléments non courants.
Le tableau des flux de trésorerie, absent de la publication semestrielle comme de la publication annuelle 2025.
La définition de l’endettement net : l’endettement publié, 5 093 millions au 30 juin, est inférieur de 109 millions à celui qui se calcule à partir du bilan, dettes financières courantes et non courantes moins trésorerie, soit 5 202 millions ; l’écart était de 203 millions fin 2025. La définition retenue par la société n’est pas publiée.
La base de comparaison : les communications trimestrielles comparent l’endettement net à celui de l’année précédente à la même date, soit +4,4% sur un an à fin juin. La hausse de 1,7 milliard depuis décembre, liée au dividende, n’y apparaît pas.
Premièrement, le marché du second semestre : le communiqué juge les perspectives favorables, portées par les infrastructures de la Coupe du monde 2030, les grands projets annoncés et le programme d’aide directe au logement ; il faudra vérifier que la croissance de 8% du deuxième trimestre se prolonge. Deuxièmement, la marge : il faudra voir si l’EBITDA revient vers 50% du chiffre d’affaires, ce qui dépend en bonne partie du prix des combustibles. Troisièmement, la dette à moins d’un an, 2,3 milliards à refinancer ou à rembourser, et l’endettement net de fin d’année, à comparer aux 3 367 millions de décembre 2025.
Un mot pour finir. Holcim Maroc traverse un semestre en deux temps : un premier trimestre noyé par la pluie, un deuxième qui rattrape le terrain perdu. Le chiffre d’affaires tient, la marge cède un peu plus de deux points sous l’effet des combustibles, et le bénéfice consolidé recule de 8%. Le fait saillant est ailleurs : un dividende de 2,2 milliards, supérieur au bénéfice de 2025, versé en juin et financé à court terme. En 2025, le second semestre avait effacé 1,5 milliard de dette. Le second semestre 2026 dira s’il peut le refaire.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur les communiqués et comptes officiels de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. L’EBITDA n’est pas publié au semestre ; il est recalculé selon la définition retenue par l’émetteur pour l’exercice 2025. La comparaison avec le marché rapproche un chiffre d’affaires et une consommation en volume. L’endettement net hors dividende est une estimation arithmétique. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.