NVIDIA a publié le 21 septembre un billet consacré à l’écosystème de l’intelligence artificielle en Égypte. Deux phrases y concernent le Maroc : l’une rappelle qu’un opérateur africain de cloud prévoit d’y déployer de la capacité de calcul, l’autre qu’une « usine d’IA » de 500 mégawatts doit être construite près de Casablanca, pour un investissement initial de 1,2 milliard de dollars, alimentée en énergie renouvelable par TAQA Morocco.
La mention a été largement reprise comme une confirmation par NVIDIA de deux grands projets. Trois précisions changent la lecture. Le projet principal n’est pas nouveau : il a été annoncé en juin 2025. Sa première tranche, promise alors pour la fin 2025, est désormais attendue pour la fin 2027. Et les 1,2 milliard de dollars sont l’investissement du porteur du projet, pas celui de NVIDIA, qui en fournit la technologie. Aucune de ces précisions n’enlève la réalité du projet. Elles en fixent l’échelle et le calendrier. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Projet | Porteur | Ce qui est indiqué | Ce qui ne l’est pas |
|---|---|---|---|
| Usine d’IA près de Casablanca | Nexus Core Systems | 1,2 Md$ initial, 500 MW prévus, puces Blackwell, électricité renouvelable de TAQA Morocco | calendrier |
| Capacité de calcul en cloud | Cassava Technologies | déploiement prévu au Maroc, parmi quatre pays, programme pouvant atteindre 720 M$ au total | site, puissance, calendrier, part marocaine |
Le montant de 720 millions de dollars couvre l’ensemble du programme africain de l’opérateur, Afrique du Sud comprise. La part consacrée au Maroc n’est pas publiée.
Le rôle de NVIDIA est celui d’un fournisseur de technologie. Le groupe américain vend les processeurs et les logiciels qui équiperont ces sites, et accompagne leurs opérateurs ; il n’en est ni le propriétaire ni l’investisseur. Le billet le formule d’ailleurs ainsi : c’est l’usine de Nexus qui représente un investissement initial de 1,2 milliard, avec la technologie de NVIDIA.
Le texte ne contient pas non plus d’annonce nouvelle. Il recense, en une phrase par pays, des projets déjà publics, dans un billet dont l’objet principal est l’Égypte. C’est un signe d’intérêt, pas un engagement supplémentaire.
Le projet cité par NVIDIA a une histoire publique de quinze mois. Elle permet de suivre comment ses objectifs ont évolué.
| Date | Étape | Première tranche annoncée |
|---|---|---|
| Juin 2025 | Un consortium mené par le groupe coréen Naver, avec NVIDIA, Nexus Core Systems et un fonds d’investissement, annonce un centre de 500 MW au Maroc et un contrat d’électricité renouvelable avec TAQA | 40 MW, construction au 4e trimestre 2025, achèvement fin 2025 |
| Juillet 2025 | Nexus Core Systems précise le programme ; Maroc Telecom est présenté comme partenaire commercial pour le marché marocain | plus de 40 MW, lancement au 1er trimestre 2026 |
| Avril 2026 | Protocole signé au GITEX Africa de Marrakech avec deux ministères et l’agence de promotion des investissements ; terrain retenu à Nouaceur | 36 MW à fin 2027 |
| Septembre 2026 | Le projet est cité par NVIDIA : 1,2 Md$ d’investissement initial, 500 MW prévus | non précisée |
Les puissances de la première tranche ne mesurent pas forcément la même grandeur d’une annonce à l’autre (puissance informatique ou puissance totale du site) : l’écart entre 40 et 36 MW est donc indicatif. Le glissement de calendrier, lui, ne l’est pas.
En quinze mois, la première tranche est passée d’une livraison annoncée pour la fin 2025 à un objectif de fin 2027. Deux ans de décalage, avant même le premier coup de pioche public. Les 500 mégawatts restent l’horizon affiché, mais la tranche datée n’en représente que 7%.
Le décalage n’a rien d’anormal dans ce secteur, où la disponibilité des processeurs, le raccordement électrique et le foncier fixent le rythme. Il a d’ailleurs été accompagné d’avancées concrètes : un protocole avec l’État en avril, et un terrain identifié. Mais il rappelle que les chiffres de capacité annoncés dans ces projets sont des plafonds, pas des engagements datés.
| Repère | Valeur | Lecture |
|---|---|---|
| Demande actuelle de centres de données en Afrique | ~0,4 GW | les 500 MW visés la dépassent à eux seuls |
| Coût de construction implicite | ~9 à 11 M$ par MW | hors équipements de calcul |
| Construction de 500 MW à ce coût | ~4,5 à 5,5 Md$ | près de quatre fois l’investissement initial |
| Investissement initial rapporté à la première tranche | ~33 M$ par MW | cohérent avec des capacités équipées de processeurs |
Coûts déduits de l’estimation de McKinsey citée par NVIDIA : une demande africaine qui passerait de 0,4 GW à 1,5 à 2,2 GW d’ici 2030, pour 10 à 20 milliards de dollars de construction. Ce sont des ordres de grandeur, non des données du projet.
Deux lectures en découlent. La première : les 1,2 milliard de dollars ne peuvent pas financer 500 mégawatts. Au coût de construction qu’implique l’estimation reprise par NVIDIA, le bâti seul de 500 MW coûterait quatre à cinq milliards, avant même les processeurs, qui représentent l’essentiel de la dépense dans une usine d’IA. L’investissement initial correspond donc aux premières tranches, pas au site complet.
La seconde : à pleine capacité, ce seul site dépasserait la demande actuelle de centres de données de tout le continent africain. Le projet ne vise donc pas d’abord le marché marocain. Ses promoteurs l’ont présenté dès 2025 comme un centre de calcul destiné à l’Europe, au Moyen-Orient et à l’Afrique, en s’appuyant sur la proximité de l’Europe, à quinze kilomètres, et sur les câbles sous-marins qui relient le Maroc au continent européen.
Une précision enfin sur le porteur. Nexus Core Systems est une société spécialisée dont les autres projets affichés sont de taille bien inférieure : dix mégawatts aux États-Unis, quarante au total en Suède. Le site marocain serait, de loin, le plus grand de son portefeuille, ce qui explique le rôle central de ses partenaires, Naver pour l’exploitation du cloud et NVIDIA pour la technologie.
Pour un investisseur de la Bourse de Casablanca, le projet touche deux émetteurs.
| Hypothèse | Électricité consommée par an | Rapportée à la production de TAQA |
|---|---|---|
| Première tranche, 36 MW à pleine charge | ~0,3 TWh | ~2% |
| Site complet, 500 MW à pleine charge | ~4,4 TWh | ~33% |
Production de TAQA Morocco annualisée à partir des 6 684 GWh du premier semestre 2026. Calcul théorique à pleine charge permanente ; le contrat porte sur une fourniture renouvelable, qui suppose des capacités installées supérieures du fait de l’intermittence. Les termes du contrat ne sont pas publiés.
TAQA Morocco a signé en juin 2025 un contrat de fourniture d’électricité renouvelable avec le consortium, pour une puissance pouvant aller jusqu’à 500 MW. À pleine charge, le site complet consommerait l’équivalent d’environ un tiers de la production annuelle actuelle du producteur. La première tranche, elle, n’en représenterait que 2%. Les comptes semestriels de TAQA Morocco, que nous avons analysés le 14 septembre, ne chiffrent ni ce contrat, ni ses conditions, ni son calendrier.
Maroc Telecom était présenté en juillet 2025 comme partenaire commercial du projet pour le marché marocain, chargé de distribuer l’offre auprès des entreprises et des administrations. Là non plus, aucun montant n’est public.
Autrement dit, le projet peut devenir significatif pour TAQA Morocco à long terme, mais rien dans ses comptes ne permet aujourd’hui d’en mesurer l’effet. Et à l’horizon visible, fin 2027, il resterait marginal à l’échelle de sa production.
Relativiser la mention de NVIDIA ne revient pas à relativiser le mouvement. Le projet a franchi en avril une étape institutionnelle réelle, avec un protocole signé par deux ministères et l’agence de promotion des investissements, et un terrain identifié à Nouaceur. Il s’inscrit dans une stratégie nationale lancée en janvier 2026, qui vise une contribution de 100 milliards de dirhams au PIB d’ici 2030, 50 000 emplois liés à l’IA et la formation de 200 000 diplômés, avec un autre projet public de centre de données de 500 MW à Dakhla.
Le Maroc dispose par ailleurs des atouts que recherchent ces opérateurs : une énergie renouvelable abondante, une proximité immédiate avec l’Europe et une connexion directe par câbles sous-marins. Et la demande ne se limite pas aux annonces : NVIDIA indique avoir formé plus de 85 000 développeurs en Afrique depuis 2024, pour un objectif de 100 000.
Premièrement, le lancement effectif des travaux à Nouaceur, seul jalon qui transformera l’annonce en chantier. Deuxièmement, une éventuelle communication de TAQA Morocco sur les termes du contrat, qui permettrait d’en mesurer la portée pour ses comptes. Troisièmement, les précisions de Cassava Technologies sur son déploiement marocain : site, puissance et calendrier.
Un mot pour finir. Une mention dans un billet de NVIDIA a de la valeur : elle dit que le groupe suit ce projet et le considère comme sérieux. Elle ne dit ni qu’il investit, ni que le calendrier a été tenu. Notre apport se limite à remettre les chiffres dans leur ordre : 1,2 milliard pour démarrer, 36 mégawatts à fin 2027, 500 mégawatts un jour.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. Il repose sur une publication officielle de NVIDIA, sur les annonces publiques des porteurs du projet et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les capacités et calendriers cités sont ceux annoncés par les promoteurs et peuvent encore évoluer ; les puissances de première tranche ne mesurent pas nécessairement la même grandeur d’une annonce à l’autre. Les coûts de construction par mégawatt sont déduits d’une estimation sectorielle générale et ne proviennent pas du projet. Les consommations d’électricité sont des calculs théoriques à pleine charge ; les termes du contrat entre TAQA Morocco et le consortium, comme ceux d’un éventuel accord avec Maroc Telecom, ne sont pas publiés, et aucune conclusion n’est tirée sur leur effet sur les comptes de ces sociétés. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.