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Infrastructures numériques · 23 septembre 2026

NVIDIA cite deux projets d’intelligence artificielle au Maroc : le principal date de juin 2025, sa première tranche a glissé de deux ans, et les 1,2 milliard de dollars ne sont pas ceux de NVIDIA

Billet de NVIDIA du 21 septembre 2026 Investissement initial : 1,2 Md$ (porteur du projet) Capacité visée : 500 MW Première tranche : 36 MW fin 2027 Électricité : TAQA Morocco

NVIDIA a publié le 21 septembre un billet consacré à l’écosystème de l’intelligence artificielle en Égypte. Deux phrases y concernent le Maroc : l’une rappelle qu’un opérateur africain de cloud prévoit d’y déployer de la capacité de calcul, l’autre qu’une « usine d’IA » de 500 mégawatts doit être construite près de Casablanca, pour un investissement initial de 1,2 milliard de dollars, alimentée en énergie renouvelable par TAQA Morocco.

La mention a été largement reprise comme une confirmation par NVIDIA de deux grands projets. Trois précisions changent la lecture. Le projet principal n’est pas nouveau : il a été annoncé en juin 2025. Sa première tranche, promise alors pour la fin 2025, est désormais attendue pour la fin 2027. Et les 1,2 milliard de dollars sont l’investissement du porteur du projet, pas celui de NVIDIA, qui en fournit la technologie. Aucune de ces précisions n’enlève la réalité du projet. Elles en fixent l’échelle et le calendrier. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Ce qui a été écritDeux phrases dans un billet sur l’Égypte

Capacité visée
500 MW
à terme, près de Casablanca
Investissement initial
1,2 Md$
du porteur du projet
Première tranche
36 MW
attendue fin 2027
Part de la première tranche
7%
des 500 MW annoncés
Tableau 1 : ce que dit le billet de NVIDIA sur le Maroc
ProjetPorteurCe qui est indiquéCe qui ne l’est pas
Usine d’IA près de CasablancaNexus Core Systems1,2 Md$ initial, 500 MW prévus, puces Blackwell, électricité renouvelable de TAQA Moroccocalendrier
Capacité de calcul en cloudCassava Technologiesdéploiement prévu au Maroc, parmi quatre pays, programme pouvant atteindre 720 M$ au totalsite, puissance, calendrier, part marocaine

Le montant de 720 millions de dollars couvre l’ensemble du programme africain de l’opérateur, Afrique du Sud comprise. La part consacrée au Maroc n’est pas publiée.

Le rôle de NVIDIA est celui d’un fournisseur de technologie. Le groupe américain vend les processeurs et les logiciels qui équiperont ces sites, et accompagne leurs opérateurs ; il n’en est ni le propriétaire ni l’investisseur. Le billet le formule d’ailleurs ainsi : c’est l’usine de Nexus qui représente un investissement initial de 1,2 milliard, avec la technologie de NVIDIA.

Le texte ne contient pas non plus d’annonce nouvelle. Il recense, en une phrase par pays, des projets déjà publics, dans un billet dont l’objet principal est l’Égypte. C’est un signe d’intérêt, pas un engagement supplémentaire.

II · Le calendrierUn projet de juin 2025, une première tranche repoussée

Le projet cité par NVIDIA a une histoire publique de quinze mois. Elle permet de suivre comment ses objectifs ont évolué.

Tableau 2 : les étapes publiques du projet
DateÉtapePremière tranche annoncée
Juin 2025Un consortium mené par le groupe coréen Naver, avec NVIDIA, Nexus Core Systems et un fonds d’investissement, annonce un centre de 500 MW au Maroc et un contrat d’électricité renouvelable avec TAQA40 MW, construction au 4e trimestre 2025, achèvement fin 2025
Juillet 2025Nexus Core Systems précise le programme ; Maroc Telecom est présenté comme partenaire commercial pour le marché marocainplus de 40 MW, lancement au 1er trimestre 2026
Avril 2026Protocole signé au GITEX Africa de Marrakech avec deux ministères et l’agence de promotion des investissements ; terrain retenu à Nouaceur36 MW à fin 2027
Septembre 2026Le projet est cité par NVIDIA : 1,2 Md$ d’investissement initial, 500 MW prévusnon précisée

Les puissances de la première tranche ne mesurent pas forcément la même grandeur d’une annonce à l’autre (puissance informatique ou puissance totale du site) : l’écart entre 40 et 36 MW est donc indicatif. Le glissement de calendrier, lui, ne l’est pas.

En quinze mois, la première tranche est passée d’une livraison annoncée pour la fin 2025 à un objectif de fin 2027. Deux ans de décalage, avant même le premier coup de pioche public. Les 500 mégawatts restent l’horizon affiché, mais la tranche datée n’en représente que 7%.

Un projet de 500 mégawatts dont la première tranche datée en fait 36 n’est pas un projet de 500 mégawatts. C’est un projet de 36 mégawatts avec une ambition de 500.
Lecture MarocBoursier Research

Le décalage n’a rien d’anormal dans ce secteur, où la disponibilité des processeurs, le raccordement électrique et le foncier fixent le rythme. Il a d’ailleurs été accompagné d’avancées concrètes : un protocole avec l’État en avril, et un terrain identifié. Mais il rappelle que les chiffres de capacité annoncés dans ces projets sont des plafonds, pas des engagements datés.

III · L’échelleCe que représentent 500 mégawatts et 1,2 milliard

Tableau 3 : quelques ordres de grandeur
RepèreValeurLecture
Demande actuelle de centres de données en Afrique~0,4 GWles 500 MW visés la dépassent à eux seuls
Coût de construction implicite~9 à 11 M$ par MWhors équipements de calcul
Construction de 500 MW à ce coût~4,5 à 5,5 Md$près de quatre fois l’investissement initial
Investissement initial rapporté à la première tranche~33 M$ par MWcohérent avec des capacités équipées de processeurs

Coûts déduits de l’estimation de McKinsey citée par NVIDIA : une demande africaine qui passerait de 0,4 GW à 1,5 à 2,2 GW d’ici 2030, pour 10 à 20 milliards de dollars de construction. Ce sont des ordres de grandeur, non des données du projet.

Deux lectures en découlent. La première : les 1,2 milliard de dollars ne peuvent pas financer 500 mégawatts. Au coût de construction qu’implique l’estimation reprise par NVIDIA, le bâti seul de 500 MW coûterait quatre à cinq milliards, avant même les processeurs, qui représentent l’essentiel de la dépense dans une usine d’IA. L’investissement initial correspond donc aux premières tranches, pas au site complet.

La seconde : à pleine capacité, ce seul site dépasserait la demande actuelle de centres de données de tout le continent africain. Le projet ne vise donc pas d’abord le marché marocain. Ses promoteurs l’ont présenté dès 2025 comme un centre de calcul destiné à l’Europe, au Moyen-Orient et à l’Afrique, en s’appuyant sur la proximité de l’Europe, à quinze kilomètres, et sur les câbles sous-marins qui relient le Maroc au continent européen.

Une précision enfin sur le porteur. Nexus Core Systems est une société spécialisée dont les autres projets affichés sont de taille bien inférieure : dix mégawatts aux États-Unis, quarante au total en Suède. Le site marocain serait, de loin, le plus grand de son portefeuille, ce qui explique le rôle central de ses partenaires, Naver pour l’exploitation du cloud et NVIDIA pour la technologie.

IV · La coteDeux sociétés cotées concernées, aucun chiffre publié

Pour un investisseur de la Bourse de Casablanca, le projet touche deux émetteurs.

Tableau 4 : ce que le projet représenterait pour TAQA Morocco
HypothèseÉlectricité consommée par anRapportée à la production de TAQA
Première tranche, 36 MW à pleine charge~0,3 TWh~2%
Site complet, 500 MW à pleine charge~4,4 TWh~33%

Production de TAQA Morocco annualisée à partir des 6 684 GWh du premier semestre 2026. Calcul théorique à pleine charge permanente ; le contrat porte sur une fourniture renouvelable, qui suppose des capacités installées supérieures du fait de l’intermittence. Les termes du contrat ne sont pas publiés.

TAQA Morocco a signé en juin 2025 un contrat de fourniture d’électricité renouvelable avec le consortium, pour une puissance pouvant aller jusqu’à 500 MW. À pleine charge, le site complet consommerait l’équivalent d’environ un tiers de la production annuelle actuelle du producteur. La première tranche, elle, n’en représenterait que 2%. Les comptes semestriels de TAQA Morocco, que nous avons analysés le 14 septembre, ne chiffrent ni ce contrat, ni ses conditions, ni son calendrier.

Maroc Telecom était présenté en juillet 2025 comme partenaire commercial du projet pour le marché marocain, chargé de distribuer l’offre auprès des entreprises et des administrations. Là non plus, aucun montant n’est public.

Autrement dit, le projet peut devenir significatif pour TAQA Morocco à long terme, mais rien dans ses comptes ne permet aujourd’hui d’en mesurer l’effet. Et à l’horizon visible, fin 2027, il resterait marginal à l’échelle de sa production.

V · Ce qui est réelUn pays qui se positionne, un projet qui avance

Relativiser la mention de NVIDIA ne revient pas à relativiser le mouvement. Le projet a franchi en avril une étape institutionnelle réelle, avec un protocole signé par deux ministères et l’agence de promotion des investissements, et un terrain identifié à Nouaceur. Il s’inscrit dans une stratégie nationale lancée en janvier 2026, qui vise une contribution de 100 milliards de dirhams au PIB d’ici 2030, 50 000 emplois liés à l’IA et la formation de 200 000 diplômés, avec un autre projet public de centre de données de 500 MW à Dakhla.

Le Maroc dispose par ailleurs des atouts que recherchent ces opérateurs : une énergie renouvelable abondante, une proximité immédiate avec l’Europe et une connexion directe par câbles sous-marins. Et la demande ne se limite pas aux annonces : NVIDIA indique avoir formé plus de 85 000 développeurs en Afrique depuis 2024, pour un objectif de 100 000.

Trois points à suivre

Premièrement, le lancement effectif des travaux à Nouaceur, seul jalon qui transformera l’annonce en chantier. Deuxièmement, une éventuelle communication de TAQA Morocco sur les termes du contrat, qui permettrait d’en mesurer la portée pour ses comptes. Troisièmement, les précisions de Cassava Technologies sur son déploiement marocain : site, puissance et calendrier.

Un mot pour finir. Une mention dans un billet de NVIDIA a de la valeur : elle dit que le groupe suit ce projet et le considère comme sérieux. Elle ne dit ni qu’il investit, ni que le calendrier a été tenu. Notre apport se limite à remettre les chiffres dans leur ordre : 1,2 milliard pour démarrer, 36 mégawatts à fin 2027, 500 mégawatts un jour.

À retenir

  • Ce que NVIDIA a publié : deux phrases sur le Maroc dans un billet du 21 septembre consacré à l’Égypte. Une usine d’IA près de Casablanca (1,2 Md$ d’investissement initial, 500 MW prévus, électricité de TAQA Morocco) et un déploiement cloud prévu par Cassava Technologies.
  • Ce ne sont pas les 1,2 milliard de NVIDIA : c’est l’investissement initial du porteur du projet, Nexus Core Systems. NVIDIA fournit la technologie.
  • Le projet date de juin 2025 : un consortium mené par Naver, avec NVIDIA, Nexus Core Systems et un fonds d’investissement, l’avait annoncé avec un contrat d’électricité renouvelable signé avec TAQA.
  • La première tranche a glissé de deux ans : 40 MW annoncés pour fin 2025, puis au 1er trimestre 2026, et désormais 36 MW à fin 2027, soit 7% des 500 MW affichés.
  • L’échelle : 500 MW dépasseraient à eux seuls la demande actuelle de centres de données de toute l’Afrique (~0,4 GW). Le projet vise d’abord l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, pas le seul marché marocain.
  • Le coût : au coût implicite de l’estimation reprise par NVIDIA, le seul bâti de 500 MW coûterait 4,5 à 5,5 Md$, hors processeurs. Les 1,2 milliard financent les premières tranches, pas le site complet.
  • Le programme Cassava : jusqu’à 720 M$ pour l’ensemble de ses déploiements africains ; la part, le site, la puissance et le calendrier marocains ne sont pas publiés.
  • Pour la cote : à pleine charge, le site complet consommerait l’équivalent d’environ un tiers de la production annuelle de TAQA Morocco ; la première tranche, environ 2%. Le contrat n’est pas chiffré dans ses comptes. Maroc Telecom était annoncé comme partenaire commercial, sans montant public.
  • Ce qui est réel : un protocole avec l’État en avril 2026, un terrain à Nouaceur, et une stratégie nationale visant 100 Md DH de contribution au PIB d’ici 2030.

Sources

  • NVIDIA · billet publié le 21 septembre 2026 sur l’écosystème de l’intelligence artificielle en Égypte et en Afrique : mentions du projet d’usine d’IA près de Casablanca et du programme de déploiement de Cassava Technologies, poids de l’Afrique dans la population et la capacité mondiale de centres de données, estimation de McKinsey sur la demande africaine et son coût, et nombre de développeurs formés.
  • Naver · annonce de juin 2025 relative à la constitution du consortium et au projet de 500 MW au Maroc, telle que rapportée par la presse économique coréenne et internationale : partenaires, capacité visée, première tranche et calendrier initial, contrat d’électricité renouvelable avec TAQA.
  • Nexus Core Systems · présentation du programme publiée en juillet 2025 : calendrier de la première tranche, rôle de Naver, partenariat commercial avec Maroc Telecom ; et portefeuille de projets affiché par la société.
  • Presse spécialisée internationale · protocole signé en avril 2026 au GITEX Africa avec deux ministères et l’agence de promotion des investissements, objectif de première tranche à fin 2027, terrain retenu à Nouaceur, et stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle lancée en janvier 2026.
  • Analyse antérieure de MarocBoursier Research sur les comptes semestriels de TAQA Morocco publiée le 14 septembre 2026, pour la production d’électricité du premier semestre.
  • Calculs MarocBoursier Research (consommation théorique à pleine charge, rapport à la production de TAQA Morocco, coût de construction implicite par mégawatt et investissement initial rapporté à la première tranche) à partir des données publiées.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. Il repose sur une publication officielle de NVIDIA, sur les annonces publiques des porteurs du projet et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les capacités et calendriers cités sont ceux annoncés par les promoteurs et peuvent encore évoluer ; les puissances de première tranche ne mesurent pas nécessairement la même grandeur d’une annonce à l’autre. Les coûts de construction par mégawatt sont déduits d’une estimation sectorielle générale et ne proviennent pas du projet. Les consommations d’électricité sont des calculs théoriques à pleine charge ; les termes du contrat entre TAQA Morocco et le consortium, comme ceux d’un éventuel accord avec Maroc Telecom, ne sont pas publiés, et aucune conclusion n’est tirée sur leur effet sur les comptes de ces sociétés. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.