Le conseil d’administration de Microdata a examiné le 22 septembre les comptes sociaux au 30 juin. L’intégrateur informatique affiche un chiffre d’affaires de 845,8 millions de dirhams, en hausse de 67,8%, un sommet historique. Le résultat d’exploitation progresse de 23,9% à 87,5 millions, et le résultat net de 21,2% à 59,4 millions.
Trois taux de croissance à deux chiffres, et un communiqué qui en attribue une « part significative » au déploiement partiel d’un contrat majeur, sans en préciser ni la taille, ni la marge. La soustraction permet de mesurer ce que ce semestre a rapporté. Le chiffre d’affaires a gagné 341,7 millions ; le résultat d’exploitation, 16,9 millions. Le supplément d’activité s’est fait à une marge d’environ 5%, près de trois fois inférieure à celle de l’an dernier. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Indicateur | S1 2025 | S1 2026 | Écart | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 504,1 | 845,8 | +341,7 | +67,8% |
| Résultat d’exploitation | 70,6 | 87,5 | +16,9 | +23,9% |
| Résultat net | 49,0 | 59,4 | +10,4 | +21,2% |
| Marge d’exploitation | 14,0% | 10,3% | −3,7 points | |
| Marge nette | 9,7% | 7,0% | −2,7 points |
Comptes sociaux : la société ne consolide pas sa filiale (voir section IV).
Le volume est exceptionnel : un chiffre d’affaires qui progresse des deux tiers en un an, pour une société de cette taille, n’a rien d’ordinaire. Et les résultats progressent eux aussi, d’un cinquième. Aucun des chiffres publiés n’est en recul.
Mais les trois taux ne vont pas au même rythme. Le chiffre d’affaires croît près de trois fois plus vite que le résultat d’exploitation, et la marge d’exploitation perd 3,7 points en un an. C’est ce décalage qui mérite d’être mesuré.
La marge moyenne recule. La marge sur l’activité supplémentaire dit pourquoi.
| Montant | Rapporté au supplément de chiffre d’affaires | |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires supplémentaire | +341,7 MDH | |
| Résultat d’exploitation supplémentaire | +16,9 MDH | 4,9% |
| Résultat net supplémentaire | +10,4 MDH | 3,0% |
| Pour mémoire : marge d’exploitation du S1 2025 | 14,0% |
Sur chaque dirham de chiffre d’affaires supplémentaire, Microdata a dégagé environ 5 centimes de résultat d’exploitation. Un an plus tôt, chaque dirham de chiffre d’affaires en laissait 14. La croissance est réelle, mais elle a été acquise à une rentabilité près de trois fois inférieure à celle du reste de l’activité.
Le communiqué attribue une « part significative » de la croissance au déploiement partiel d’un contrat majeur. Il n’en donne ni le montant, ni la marge. Le calcul permet d’encadrer la seconde.
| Part du supplément venant du contrat | Chiffre d’affaires du contrat | Marge d’exploitation implicite du contrat |
|---|---|---|
| 100% | ~342 MDH | ~4,9% |
| 90% | ~308 MDH | ~3,9% |
| 70% | ~239 MDH | ~1,1% |
| 50% | ~171 MDH | négative |
Hypothèse de calcul : l’activité hors contrat conserve la marge d’exploitation de 14,0% du premier semestre 2025. Le contrat reçoit le résultat d’exploitation restant. Ce sont des scénarios arithmétiques, non des données publiées.
Le tableau conduit à une alternative simple. Soit le contrat majeur est faiblement margé, de l’ordre de 5% au mieux, et d’autant moins qu’il pèse une part réduite du supplément. Soit la marge du reste de l’activité a elle-même reculé. Les deux ne s’excluent pas. Aucune lecture ne permet de conserver à la fois une activité historique à 14% et un contrat rentable.
Dans l’intégration informatique, un grand contrat se déploie souvent en deux temps : la livraison des équipements, facturés tôt et revendus à faible marge, puis l’installation, la configuration et les services, mieux rémunérés. Un déploiement partiel au premier semestre peut donc avoir fait remonter surtout la partie la moins rentable.
Si c’est le cas, la marge pourrait se redresser au second semestre, à mesure que la part services progresse. Le communiqué ne dit rien du calendrier ni de la composition du contrat : l’hypothèse est plausible, elle n’est pas établie.
Reste un point à garder en tête pour 2027. Un contrat majeur partiellement déployé produit un chiffre d’affaires qui, une fois le déploiement achevé, ne se répétera pas à l’identique. La base de comparaison du premier semestre 2027 sera donc exceptionnellement élevée, et la croissance publiée alors pourrait paraître faible sans que l’activité récurrente ait faibli.
Microdata ne consolide pas sa filiale, en raison, indique le communiqué, du caractère non significatif de ses indicateurs. Il en donne deux : son chiffre d’affaires représente environ 0,35% de celui de Microdata, et son résultat net environ 3,2% de celui de la société.
| Part publiée | Montant correspondant | |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires semestriel | ~0,35% | ~3,0 MDH |
| Résultat net semestriel | ~3,2% | ~1,9 MDH |
| Résultat net rapporté au chiffre d’affaires | ~64% |
Montants déduits des pourcentages publiés, eux-mêmes arrondis : ce sont des ordres de grandeur.
Les deux proportions diffèrent d’un facteur dix. Rapportées l’une à l’autre, elles donnent à la filiale une marge nette de l’ordre de 64%, très inhabituelle pour une activité opérationnelle. Elle peut s’expliquer par une activité à forte valeur ajoutée, par des produits financiers ou par des éléments non récurrents. Le communiqué ne décrit pas l’activité de la filiale.
Le jugement de matérialité appartient à l’émetteur et à ses commissaires aux comptes, et un résultat de l’ordre de 2 millions reste modeste à l’échelle de la société. La question n’est pas la consolidation, mais la nature de ce résultat.
Aucune information sur le contrat majeur : ni montant, ni client, ni durée, ni part déjà reconnue.
Aucune ventilation de la marge entre le contrat et le reste de l’activité, ni entre matériel et services.
Aucune donnée de bilan : un contrat de cette taille mobilise généralement des stocks et des créances importants, et le communiqué ne dit rien du besoin en fonds de roulement ni de la trésorerie.
Aucune donnée trimestrielle dans le communiqué.
Le rapport financier semestriel, annoncé « dans les prochains jours », devrait répondre à une partie de ces questions, notamment sur le bilan.
Premièrement, la marge du second semestre, qui dira si le contrat remonte vers des prestations mieux rémunérées. Deuxièmement, le besoin en fonds de roulement et la trésorerie au 30 juin, dans le rapport semestriel. Troisièmement, le calendrier de fin du contrat, qui conditionne la base de comparaison de 2027.
Un mot pour finir. Microdata publie un semestre record, sans aucun indicateur en recul, et c’est un fait. Notre apport se limite à la soustraction : sur 342 millions de chiffre d’affaires supplémentaires, 17 millions de résultat d’exploitation. Le volume a changé d’échelle ; la rentabilité de ce volume, pas encore.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur le communiqué officiel de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. La marge sur le supplément d’activité est un calcul arithmétique sur des montants arrondis. Les marges implicites du contrat majeur sont des scénarios fondés sur une hypothèse de marge constante du reste de l’activité, que l’émetteur ne confirme pas ; le communiqué ne publie ni la taille ni la marge du contrat. L’hypothèse d’un déploiement commençant par les équipements est une lecture sectorielle générale et n’est pas établie pour ce contrat. Les montants de la filiale sont déduits de pourcentages arrondis et constituent des ordres de grandeur ; aucune conclusion n’est tirée sur le bien-fondé de sa non-consolidation. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.