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Banques · Comptes semestriels · 18 septembre 2026

CFG Bank affiche un produit net bancaire en hausse de 6% qui en recouvre deux : le récurrent progresse de 18%, le marché recule de 36% — et l’impôt vient de changer de niveau pour de bon

Comptes au 30 juin 2026 PNB récurrent : 549 MDH (+18%) PNB marchés : 85 MDH (−36%) Résultat brut : 354 MDH (+18%) Taux d’impôt : 30% → 37% RNPG : 200 MDH (+10%)

Le conseil d’administration de CFG Bank a arrêté le 16 septembre les comptes au 30 juin. Le produit net bancaire consolidé s’établit à 634 millions de dirhams, en hausse de 6%. Le résultat net part du groupe atteint 200 millions, en progression de 10%.

Ces deux chiffres sont les moins instructifs du document. Le communiqué en publie trois autres qui le sont davantage : le produit net bancaire récurrent progresse de 18%, celui des marchés financiers recule de 36%, et le taux effectif d’impôt passe de 30% à 37% du fait de la fin de la consommation des déficits reportables. Ce dernier point n’est pas un accident de période : c’est un changement permanent, et il explique pourquoi le résultat net progresse deux fois moins vite que le résultat avant impôt. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Les deux produitsSix pour cent qui en recouvrent dix-huit et moins trente-six

PNB récurrent
549
+18% · MDH
PNB marchés financiers
85
−36% · MDH
PNB consolidé
634
+6% · MDH
Poids du récurrent
87%
contre 78% un an plus tôt
Tableau 1 — Décomposition du produit net bancaire, en millions de dirhams
ComposanteS1 2025S1 2026Variation
Marge d’intérêt245316+29%
Commissions222233+5%
Produit net bancaire récurrent~467549+18%
Marchés financiers13385−36%
Produit net bancaire consolidé600634+6%

Les taux retenus sont ceux publiés par l’émetteur. La ligne « marchés financiers » recouvre l’intermédiation boursière, le trading obligataire et actions, et le conseil financier — que l’émetteur qualifie lui-même de moins prévisible.

Le recul du pôle marchés représente 48 millions, quand le récurrent en gagne 82. Le solde donne les 34 millions de hausse du produit net bancaire consolidé. Autrement dit, les deux tiers de ce que gagne l’activité récurrente sont absorbés par le repli des marchés.

Un produit net bancaire à +6% qui contient une activité à +18% et une autre à −36% ne décrit aucune des deux. Il décrit leur moyenne, et la moyenne n’existe nulle part dans l’entreprise.
Lecture MarocBoursier Research

La conséquence est favorable, et l’émetteur a raison de la souligner : le poids du récurrent passe de 78% à 87% du produit net bancaire. Une banque dont les revenus dépendent moins des marchés est structurellement moins volatile.

Un schéma que nous avons déjà rencontré cette saison

Le 3 septembre, nous analysions les indicateurs d’une grande banque de la place dont le produit net bancaire reculait de 3,2% alors que sa marge d’intérêt progressait de 5,9% et ses commissions de 9,1%. Là aussi, le repli venait des activités de marché, après une performance qualifiée d’exceptionnelle en 2025.

Les deux émetteurs décrivent le même phénomène, à des échelles différentes. Ce n’est donc pas une particularité d’établissement, c’est un fait de marché : les marchés actions et obligataire marocains ont été moins porteurs sur ce semestre, et l’émetteur relie explicitement ce recul aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

Nous suivons cette chaîne depuis six semaines, et elle a une autre trace : un émetteur de biens de consommation a déprécié de 41 millions la participation qu’il détient dans cette banque, par simple variation de juste valeur. Le même mouvement de marché apparaît ainsi dans deux jeux de comptes distincts.

II · L’impôtLe changement le plus durable de cette publication

C’est le point que le communiqué traite en une phrase, et qui pèsera sur tous les exercices à venir.

Tableau 2 — De l’exploitation au résultat net, en millions de dirhams
ÉtageS1 2025S1 2026Variation
Résultat brut d’exploitation301354+18%
Coût du risque−23−22allégé
Résultat avant impôt268324+21%
Impôt sur les résultats−81−118+46%
Résultat net part du groupe181200+10%
Taux effectif d’impôt30%37%+7 points

L’impôt progresse de 46% quand le résultat avant impôt progresse de 21% — soit deux fois plus vite. C’est toute la différence entre le +21% et le +10% que le lecteur retient.

Pourquoi ce point est structurel, et non de période

Une entreprise qui a accumulé des pertes peut les imputer sur ses bénéfices futurs et payer moins d’impôt tant que ce stock dure. C’est ce mécanisme — les déficits reportables — qui maintenait le taux effectif à 30%.

L’émetteur indique que cette consommation est terminée. Le stock est épuisé. Le taux de 37% n’est donc pas un pic : c’est le nouveau régime, et il s’appliquera à l’intégralité des bénéfices futurs.

L’ordre de grandeur se calcule. Au taux antérieur, le résultat net du semestre aurait atteint environ 226 millions au lieu de 205. L’écart approche 21 millions sur six mois, soit une quarantaine en rythme annuel — à résultat avant impôt inchangé.

Ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Un stock de déficits qui s’épuise signifie qu’une entreprise a cessé de perdre de l’argent depuis assez longtemps pour avoir absorbé son passé. Mais cela déplace le point de comparaison : toute croissance future du résultat net partira d’une base fiscalement plus lourde.

L’émetteur en tient compte dans sa prévision : il annonce un résultat net part du groupe en progression d’environ 15% en 2026, « malgré la hausse du taux effectif ». La formulation est honnête.

III · Les chargesElles baissent pendant que les encours progressent de 20%

Le communiqué mentionne une « bonne maîtrise des charges ». Les comptes disent davantage.

Tableau 3 — Charges et efficacité
 S1 2025S1 2026Variation
Charges générales d’exploitation259,4241,7−6,8%
dont charges de personnel (comptes sociaux)130,3109,5−16,0%
Dotations aux amortissements39,238,0−3,1%
Coefficient d’exploitation49,8%44,1%−5,7 points

Le coefficient d’exploitation rapporte les charges au produit net bancaire : plus il est bas, plus la banque est efficace. Les charges de personnel proviennent des comptes sociaux, le consolidé ne les isolant pas.

Le fait mérite d’être posé clairement : les charges baissent de 6,8% pendant que les encours de crédits progressent de 20%. C’est ce qui permet au résultat brut d’exploitation d’afficher +18% quand le produit net bancaire ne fait que +6%.

Le modèle l’explique en partie. Cette banque revendique un réseau volontairement limité — dix-neuf agences, dont une ouverte en avril — adossé à des canaux numériques et à un centre de relation clientèle. Une structure légère absorbe la croissance des encours sans croître à la même vitesse.

Une réserve toutefois. Le recul de 16% des charges de personnel dans les comptes sociaux est considérable, et le communiqué ne le commente pas. Une baisse de cette ampleur peut tenir à une réorganisation, à une modification du périmètre de refacturation entre entités, ou à des éléments variables liés aux performances de marché de l’exercice précédent. Les documents ne permettent pas de trancher.

IV · Le bilanUn modèle de financement différent d’une banque de réseau

Tableau 4 — Structure des ressources au 30 juin 2026
SourceMontant (MDH)Part
Dettes envers la clientèle13 52650,3%
Titres de créance émis9 03533,6%
Dettes envers les établissements de crédit2 88910,8%
Dettes subordonnées1 4195,3%

Les dépôts de 22,1 milliards annoncés dans le communiqué incluent les certificats de dépôt souscrits par la clientèle, classés au bilan en titres de créance émis. Les deux présentations sont exactes ; elles ne mesurent pas la même chose.

Une banque de réseau classique se finance à soixante-dix ou quatre-vingts pour cent par les dépôts inscrits au bilan. Ici, ils représentent la moitié des ressources, le tiers venant de titres de créance négociables.

Ce n’est ni anormal ni fragile — c’est le modèle d’un établissement qui développe son activité de crédit plus vite qu’il ne collecte, et qui comble l’écart sur les marchés de capitaux. L’émetteur détaille d’ailleurs longuement son dispositif de gestion du risque de liquidité, et indique que son ratio réglementaire de liquidité est resté conforme sur tout le semestre.

Deux éléments favorables complètent le tableau. Les dépôts non rémunérés progressent de 26% et dépassent désormais la moitié des dépôts — ce sont les ressources les moins coûteuses pour une banque, et c’est ce qui explique l’amélioration de la marge. Et le coût du risque ressort à 0,22% des encours, un niveau bas.

Un chiffre à garder en tête sur le risque

Les créances en défaut représentent 315 millions, soit 1,46% des encours — un niveau contenu. Mais les provisions qui les couvrent s’élèvent à 128 millions, soit un taux de couverture de 41%.

L’émetteur l’explique par son positionnement et par « une bonne couverture des crédits par des garanties de qualité ». L’argument est recevable — une créance adossée à une hypothèque ou à un portefeuille de titres nanti nécessite moins de provisions. Mais ces garanties ne sont pas chiffrées, et un taux de couverture de 41% suppose de leur faire confiance.

À noter également : l’exposition sectorielle fait apparaître 28% d’immobilier acquéreur et 18% de secteur immobilier, soit près de la moitié du portefeuille liée à la pierre.

V · Les perspectivesCe que les objectifs supposent

Tableau 5 — Les objectifs annoncés
HorizonObjectif
2026PNB récurrent +25%, PNB global +5%, RNPG +15%
2029RNPG d’environ 600 MDH

Le résultat net part du groupe s’élevait à 370 millions en 2025. Une progression de 15% le porterait à environ 426 millions en 2026. Passer de là à 600 millions en 2029 suppose une croissance de l’ordre de 12% par an pendant trois ans — et cela, avec le taux d’impôt à 37%.

Le semestre écoulé a produit 200 millions, soit 47% de l’objectif 2026. La guidance suppose donc un second semestre au moins équivalent — ce que l’émetteur justifie par la croissance attendue de l’activité récurrente.

Ce que les documents ne disent pas

Aucune ventilation du produit net bancaire par filiale, alors que le périmètre compte onze entités couvrant la banque, la gestion d’actifs, l’intermédiation et l’assurance.

Aucun détail sur le recul de 16% des charges de personnel.

Aucun chiffrage des garanties invoquées pour justifier un taux de couverture des créances en défaut de 41%.

Aucun ratio de solvabilité publié, alors que la section correspondante des comptes en décrit la méthode de calcul.

Trois points à suivre

Premièrement, le retour ou non du pôle marchés au second semestre — il dépend de la tenue des marchés actions et obligataire marocains, que nous suivons par ailleurs. Deuxièmement, la tenue du coefficient d’exploitation alors que six agences supplémentaires sont annoncées d’ici 2028 : une structure légère qui s’alourdit change l’équation. Troisièmement, l’effet plein du taux d’impôt à 37% sur l’exercice complet.

Un mot pour finir. Ce document est l’un des plus complets que nous ayons lus cette saison : il publie la décomposition du produit net bancaire entre récurrent et marchés, il nomme la cause de la hausse d’impôt au lieu de la laisser deviner, et il fournit les états financiers intégraux. Notre apport se limite à mesurer ce qu’il annonce — et à signaler qu’un taux d’imposition qui monte de sept points n’est pas une ligne parmi d’autres.

À retenir

  • Les chiffres mis en avant : produit net bancaire consolidé de 634 MDH (+6%), résultat brut d’exploitation de 354 MDH (+18%), résultat net part du groupe de 200 MDH (+10%). Encours de crédits à 20,6 Mds (+20%), dépôts à 22,1 Mds (+17%).
  • Le +6% recouvre deux mouvements opposés : le PNB récurrent progresse de 18% — marge d’intérêt +29%, commissions +5% — tandis que le pôle marchés financiers recule de 36%, de 133 à 85 MDH. Les deux tiers de ce que gagne le récurrent sont absorbés par le repli des marchés.
  • Conséquence favorable : le poids du récurrent passe de 78% à 87% du produit net bancaire. Une banque moins dépendante des marchés est structurellement moins volatile.
  • Ce n’est pas une particularité d’établissement : nous relevions le même schéma le 3 septembre chez une grande banque de la place, dont le PNB reculait de 3,2% alors que ses deux moteurs progressaient. Et le même mouvement de marché a conduit un émetteur de biens de consommation à déprécier de 41 MDH sa participation dans cette banque.
  • Le changement le plus durable : le taux effectif d’impôt passe de 30% à 37%, l’émetteur ayant épuisé ses déficits reportables. L’impôt progresse de 46% quand le résultat avant impôt progresse de 21% — d’où un résultat net à +10% seulement.
  • Ce n’est pas un pic, c’est le nouveau régime. Au taux antérieur, le résultat du semestre aurait atteint ~226 MDH au lieu de 205 — un écart de 21 MDH sur six mois, une quarantaine en rythme annuel. Toute croissance future partira d’une base fiscalement plus lourde.
  • Ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi : un stock de déficits qui s’épuise signifie que l’entreprise a cessé de perdre de l’argent assez longtemps pour avoir absorbé son passé.
  • Les charges baissent de 6,8% pendant que les encours progressent de 20% — dont −16% sur les charges de personnel en comptes sociaux. Le coefficient d’exploitation s’améliore de 49,8% à 44,1%. C’est ce qui permet un résultat brut à +18% avec un PNB à +6%.
  • Réserve : un recul de 16% des charges de personnel est considérable et n’est pas commenté. Réorganisation, refacturation entre entités ou variables liés aux performances de marché de 2025 — les documents ne permettent pas de trancher.
  • Un modèle de financement différent : les dépôts au bilan représentent 50% des ressources contre 70 à 80% pour une banque de réseau, le tiers venant de titres de créance négociables. Ni anormal ni fragile — c’est le modèle d’un établissement qui prête plus vite qu’il ne collecte.
  • Deux points favorables : les dépôts non rémunérés progressent de +26% et dépassent la moitié du total — ressources les moins coûteuses, ce qui explique l’amélioration de la marge — et le coût du risque ressort à 0,22% des encours.
  • Un chiffre à garder en tête : les créances en défaut pèsent 1,46% des encours, mais leur taux de couverture par provisions est de 41%. L’émetteur invoque des garanties de qualité — non chiffrées. Et près de la moitié du portefeuille est liée à l’immobilier.
  • Les objectifs : +15% de RNPG en 2026 et environ 600 MDH en 2029. Partant de 370 MDH en 2025, cela suppose ~12% par an pendant trois ans — avec le taux d’impôt à 37%. Le semestre a produit 47% de l’objectif 2026.

Sources

  • CFG Bank · communication financière relative aux résultats au 30 juin 2026 : encours de crédits et de dépôts et leur croissance sur douze mois, décomposition du produit net bancaire entre activité récurrente et marchés financiers, marge d’intérêt et commissions, résultat brut d’exploitation, coût du risque, résultat avant impôt, taux effectif d’imposition et explication de son évolution, résultat net part du groupe, faits marquants du semestre et objectifs pour 2026 et à moyen terme.
  • CFG Bank · comptes consolidés et comptes sociaux au 30 juin 2026 : bilan, compte de résultat, tableau de variation des capitaux propres, tableau des flux de trésorerie, périmètre et méthodes de consolidation, ventilation des encours et des dépréciations par catégorie de risque, analyse du portefeuille de crédit par type de contrepartie et par secteur d’activité, dispositifs de gestion des risques de crédit, de marché, de liquidité et opérationnel, état des soldes de gestion et résultat par action.
  • Calculs MarocBoursier Research (écarts en valeur entre composantes du produit net bancaire, poids de l’activité récurrente, taux effectifs d’imposition et résultat net théorique à taux antérieur, coefficient d’exploitation, structure des ressources au passif et parts respectives, part des créances en défaut et taux de couverture par provisions, et trajectoire implicite du résultat net part du groupe jusqu’en 2029) à partir des données publiées.
  • Analyses antérieures de MarocBoursier Research sur les indicateurs semestriels d’une grande banque de la place publiés le 3 septembre 2026, sur les comptes d’un émetteur de biens de consommation détenant une participation dans cet établissement, et sur l’évolution des marchés depuis juillet 2026.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur la communication financière et les états financiers officiels de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les comptes semestriels font l’objet d’une attestation des commissaires aux comptes sur situation provisoire, dont le niveau d’assurance est moins élevé qu’un audit. Le résultat net théorique au taux d’imposition antérieur est un calcul arithmétique à résultat avant impôt inchangé et ne constitue aucune prévision. Les charges de personnel proviennent des comptes sociaux, le consolidé ne les isolant pas : les hypothèses avancées pour expliquer leur recul sont exposées comme telles et aucune n’est établie. La structure des ressources est calculée sur les postes du passif consolidé et ne recoupe pas la présentation commerciale des dépôts retenue par l’émetteur, qui y inclut les certificats de dépôt : les deux présentations sont exactes et ne mesurent pas la même chose. Le taux de couverture des créances en défaut est calculé hors garanties, que l’émetteur invoque mais ne chiffre pas : aucune conclusion n’est tirée sur l’adéquation du provisionnement. Les objectifs cités sont ceux de l’émetteur et ne constituent pas un engagement. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.