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Boissons · Résultats semestriels · 17 septembre 2026

Les Eaux Minérales d’Oulmès progressent de 8,8% sur les trois étages de leurs comptes sociaux — et le résultat consolidé recule de 35,7% à cause d’un périmètre qui pèse 2% du chiffre d’affaires

Comptes au 30 juin 2026 CA social : 1 620,2 MDH (+8,8%) Exploitation sociale : +9,1% Exploitation consolidée : −8,2% RNPG : 20,5 MDH (−35,7%)

Le conseil d’administration des Eaux Minérales d’Oulmès a arrêté mardi les comptes au 30 juin. Le communiqué met en avant deux chiffres : un chiffre d’affaires social en hausse de 8,8% à 1 620,2 millions de dirhams, et un résultat d’exploitation social en progression de 9,1%.

Ces deux chiffres sont exacts, et la performance qu’ils décrivent est réelle. Mais le même document publie une seconde série : au niveau consolidé, le résultat d’exploitation recule de 8,2% et le résultat net part du groupe s’établit à 20,5 millions contre 31,8 un an plus tôt, soit −35,7%. L’émetteur l’explique en une phrase — « principalement par les retraitements de consolidation » — sans la développer. La soustraction des deux périmètres permet de mesurer ce dont il s’agit, et le résultat est frappant : un périmètre qui pèse deux pour cent du chiffre d’affaires explique la totalité du recul. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · Les deux sériesLe social progresse partout, le consolidé décroche

CA social
1 620,2
+8,8% · MDH
Exploitation sociale
100,9
+9,1% · MDH
Exploitation consolidée
97,3
−8,2% · MDH
Résultat net part du groupe
20,5
−35,7% · MDH
Tableau 1 — Les deux périmètres, en millions de dirhams
 S1 2025S1 2026Variation
Comptes sociaux — la société mère seule
Chiffre d’affaires1 489,11 620,2+8,8%
Résultat d’exploitation92,5100,9+9,1%
Résultat net33,236,1+8,9%
Comptes consolidés — avec les filiales
Chiffre d’affaires1 521,11 653,9+8,7%
Résultat d’exploitation106,097,3−8,2%
Résultat net part du groupe31,820,5−35,7%

Les taux retenus sont ceux publiés par l’émetteur. Les montants étant arrondis au dixième de million, les taux recalculés à partir des montants affichés diffèrent de quelques centièmes.

Le chiffre d’affaires progresse dans les deux périmètres, au même rythme — +8,8% et +8,7%. La divergence n’apparaît qu’aux étages inférieurs, et elle est brutale : dix-sept points d’écart sur le résultat d’exploitation, quarante-quatre sur le résultat net.

Quand deux périmètres partagent la même croissance de chiffre d’affaires et divergent de dix-sept points sur l’exploitation, ce n’est pas l’activité qui explique l’écart. C’est ce qui se trouve entre les deux.
Lecture MarocBoursier Research

II · La soustractionDeux pour cent du chiffre d’affaires, la totalité du recul

Le communiqué publiant les deux séries, la différence se calcule — et c’est elle qui porte l’information.

Tableau 2 — Écart entre consolidé et social, en millions de dirhams
ÉtageS1 2025S1 2026Mouvement
Chiffre d’affaires+32,0+33,7stable
Résultat d’exploitation+13,5−3,6−17,1
Résultat net−1,4−15,6−14,2

Cet écart recouvre les filiales et les retraitements de consolidation réunis : c’est un ordre de grandeur, non une contribution par entité, que l’émetteur ne publie pas.

Le constat tient en trois lignes. Sur le chiffre d’affaires, le périmètre hors société mère apporte environ 33 millions — soit 2% du consolidé — et ce montant est stable d’une année sur l’autre.

Sur le résultat d’exploitation, ce même périmètre apportait +13,5 millions en 2025. Il en retire 3,6 en 2026. Le mouvement atteint 17,1 millions — soit, à lui seul, deux fois le recul constaté au niveau consolidé (8,7 millions).

Sur le résultat net, l’écart passe de −1,4 à −15,6 millions. Autrement dit : la société mère a gagné 2,9 millions de plus qu’en 2025, et le groupe en a perdu 11,3.

Ce que ce calcul établit, et ce qu’il n’établit pas

Ce qu’il établit : le recul du consolidé ne vient pas de l’activité de la société mère, qui progresse sur les trois étages. Il vient entièrement de ce qui s’ajoute à elle dans les comptes de groupe.

Ce qu’il n’établit pas : quoi exactement. L’écart entre consolidé et social ne se confond pas avec les filiales : il mêle leur contribution réelle et les retraitements comptables — éliminations d’opérations internes, quote-part des sociétés mises en équivalence, amortissements ou dépréciations d’écarts d’acquisition, écarts de conversion.

Ces postes n’ont pas la même portée. Une élimination intragroupe est neutre sur le fond — elle corrige un double comptage. Une dépréciation d’écart d’acquisition ne l’est pas : elle constate qu’un actif vaut moins que ce qu’il a coûté. Le communiqué n’indique pas lequel est en cause.

La formule employée — « cette évolution s’explique principalement par les retraitements de consolidation » — est exacte sur le plan technique. Elle est aussi la plus brève possible pour un mouvement de cette ampleur. Onze millions de résultat effacés méritaient une phrase de plus.

III · Les margesCe que le communiqué ne met pas en avant, et qui joue en sa faveur

Il y a dans ces comptes une performance que l’émetteur sous-exploite.

Tableau 3 — Marges rapportées au chiffre d’affaires
 S1 2025S1 2026Écart
Marge d’exploitation sociale6,21%6,23%+0,02 pt
Marge nette sociale2,23%2,23%inchangée
Marge d’exploitation consolidée6,97%5,88%−1,09 pt
Marge nette consolidée2,09%1,24%−0,85 pt

La marge d’exploitation de la société mère est strictement stable : 6,21% puis 6,23%. La marge nette, à la deuxième décimale près, ne bouge pas. Cela signifie que la croissance de 8,8% s’est faite sans dégradation de la rentabilité — les charges ont progressé au même rythme que les ventes, pas plus vite.

Pourquoi cette stabilité est remarquable cette année

Un embouteilleur achète de la résine plastique pour ses bouteilles, des bouchons, des films, des cartons — et du carburant pour distribuer. La résine PET est un dérivé pétrolier ; le transport l’est aussi.

Or sur la période couverte par ces comptes, le baril est passé d’environ 71 dollars à plus de cent, et le gazole a atteint des records dans plusieurs pays. Nous documentons cette trajectoire depuis six semaines, et plusieurs émetteurs de la place en ont chiffré l’impact sur leurs propres coûts.

Tenir une marge d’exploitation à 6,2% dans ces conditions n’est pas un résultat neutre. L’émetteur l’attribue à l’innovation, à l’optimisation de la distribution et à l’efficacité industrielle — sans chiffrer aucun de ces trois leviers, ni mentionner la pression sur les intrants qu’il désigne seulement par un « environnement particulièrement volatile ».

Une réserve toutefois. Une marge stable peut résulter d’une maîtrise des coûts comme d’une répercussion des hausses sur les prix de vente. Le communiqué ne publie aucun volume, ce qui empêche de distinguer une croissance en quantité d’une croissance en prix. Sans cette donnée, les 8,8% ne se décomposent pas.

IV · Ce qui manqueCinq éléments absents du communiqué

Aucune ventilation par filiale, ni contribution du périmètre international — ce qui interdit de savoir d’où vient précisément l’écart de dix-sept millions.

Aucun détail sur les retraitements invoqués, alors qu’ils portent l’essentiel de l’explication.

Aucune donnée trimestrielle. Le document ne publie que le cumul semestriel, ce qui interdit d’isoler le deuxième trimestre — exercice que nous avons pu mener sur la plupart des publications de cette saison.

Aucune donnée de structure financière : ni endettement, ni capitaux propres, ni investissements.

Aucun volume vendu, alors que la distinction prix-quantité est centrale pour un producteur de boissons.

Trois points à suivre

Premièrement, les états financiers détaillés, qui préciseront la nature des retraitements et permettront de savoir si le mouvement est récurrent ou ponctuel. Deuxièmement, la tenue de la marge sociale au second semestre, alors que le prix du baril reste au-dessus de cent dollars. Troisièmement, l’évolution du périmètre consolidé : un écart de cette ampleur, s’il se répète, cesserait d’être un accident comptable.

Un mot pour finir. Cette société est cotée à Casablanca depuis 1943 — quatre-vingt-trois ans, l’une des plus anciennes lignes de la place. Son communiqué est court, factuel, et publie honnêtement les deux séries, y compris celle qui la dessert. Notre apport se limite à faire la soustraction qu’il permet — et à relever qu’une marge tenue dans l’année du baril à cent dollars aurait mérité plus de place que les labels obtenus.

À retenir

  • Ce que le communiqué met en avant : un chiffre d’affaires social de 1 620,2 MDH (+8,8%) et un résultat d’exploitation social de 100,9 MDH (+9,1%). Le résultat net social progresse de 8,9%. Les trois étages du social sont en hausse.
  • Ce que le même document publie aussi : au niveau consolidé, le chiffre d’affaires progresse de 8,7% — même rythme — mais le résultat d’exploitation recule de 8,2% et le résultat net part du groupe de 35,7%, à 20,5 MDH contre 31,8.
  • Dix-sept points d’écart sur l’exploitation, quarante-quatre sur le résultat net, pour une croissance de chiffre d’affaires identique. Ce n’est donc pas l’activité qui explique la divergence.
  • La soustraction le montre : le périmètre hors société mère apporte environ 33 MDH de chiffre d’affaires — 2% du consolidé, stable d’une année sur l’autre. Mais sur l’exploitation, il passe de +13,5 à −3,6 MDH, soit un mouvement de 17,1 MDH — deux fois le recul consolidé lui-même.
  • Sur le résultat net, l’écart passe de −1,4 à −15,6 MDH : la mère a gagné 2,9 MDH de plus qu’en 2025, le groupe en a perdu 11,3.
  • Ce que le calcul n’établit pas : quoi exactement. L’écart mêle contribution des filiales et retraitements comptables — éliminations internes, mises en équivalence, dépréciations d’écarts d’acquisition, écarts de conversion. Une élimination intragroupe est neutre sur le fond ; une dépréciation ne l’est pas. Le communiqué n’indique pas lequel est en cause.
  • La performance que l’émetteur sous-exploite : la marge d’exploitation sociale est strictement stable (6,21% puis 6,23%) et la marge nette inchangée à 2,23%. La croissance de 8,8% s’est faite sans dégradation de la rentabilité.
  • Pourquoi cela compte cette année : un embouteilleur achète de la résine PET — un dérivé pétrolier — et du carburant pour distribuer. Le baril est passé d’environ 71 à plus de 100 dollars sur la période. Tenir 6,2% de marge dans ces conditions n’est pas neutre.
  • Une réserve : une marge stable peut venir d’une maîtrise des coûts ou d’une répercussion sur les prix de vente. Le communiqué ne publiant aucun volume, les 8,8% ne se décomposent pas entre prix et quantité.
  • Ce qui manque : aucune ventilation par filiale, aucun détail sur les retraitements, aucune donnée trimestrielle — le deuxième trimestre est inaccessible — aucune structure financière, aucun volume.
  • Pour mémoire : la société est cotée à Casablanca depuis 1943, soit quatre-vingt-trois ans, et compte 3 000 collaborateurs pour sept sites de production. Le communiqué publie honnêtement les deux séries, y compris celle qui la dessert.

Sources

  • Les Eaux Minérales d’Oulmès · communiqué financier relatif aux résultats au 30 juin 2026, Casablanca, 15 septembre 2026 : chiffre d’affaires, résultat d’exploitation et résultat net en comptes sociaux et consolidés aux 30 juin 2025 et 2026 avec leurs taux de variation, commentaire sur les facteurs de croissance et explication de l’évolution du résultat consolidé, labels et certifications obtenus au premier semestre, perspectives, et éléments de présentation de la société incluant sa date de création, sa date de cotation, ses effectifs, ses sites de production et sa présence en Afrique subsaharienne.
  • Calculs MarocBoursier Research (écarts entre périmètres consolidé et social à chaque étage et pour chaque exercice, mouvement de ces écarts d’une année sur l’autre, poids du périmètre hors société mère dans le chiffre d’affaires consolidé, marges d’exploitation et nettes rapportées au chiffre d’affaires dans les deux périmètres) à partir des données publiées.
  • Analyses antérieures de MarocBoursier Research sur l’évolution du prix du baril depuis juillet 2026 et sur l’impact des coûts énergétiques chiffré par d’autres émetteurs de la cote.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur le communiqué officiel de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. L’écart entre périmètre consolidé et périmètre social obtenu par soustraction recouvre à la fois la contribution des filiales et les retraitements de consolidation : c’est un ordre de grandeur et non une contribution par entité, que l’émetteur ne publie pas. Aucune conclusion n’est tirée sur la performance d’une filiale déterminée, ni sur la nature précise des retraitements invoqués, que le communiqué ne détaille pas. Les marges sont calculées à partir des montants publiés, arrondis au dixième de million : les taux de variation retenus sont ceux publiés par l’émetteur, plus précis. Les développements relatifs à l’exposition aux dérivés pétroliers décrivent une structure de coûts générale au secteur et ne reposent sur aucun chiffrage de l’émetteur, qui n’en publie pas. Le communiqué ne comporte ni donnée trimestrielle, ni volume vendu, ni donnée de structure financière : aucune conclusion sur la dynamique du deuxième trimestre, sur la décomposition prix-volume de la croissance ou sur le bilan ne peut en être tirée. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.