J.P. Morgan lancera avant la fin du mois un nouvel indice de dette souveraine en monnaie locale pour les marchés dits frontières. Le GBI-EM Edge couvrira les obligations de vingt-six pays pour un encours d’environ 330 milliards de dollars, et le Maroc figure parmi les huit États appelés à y porter les plus fortes pondérations.
C’est une bonne nouvelle, et elle est réelle : un indice de référence oblige des gestionnaires internationaux à détenir la dette des pays qui y figurent, qu’ils les aient choisis ou non. Deux points méritent toutefois d’être posés avant de mesurer la portée de l’annonce. Le poids exact du Maroc n’est pas publié — plusieurs titres l’annoncent au plafond, ce que les éléments disponibles n’établissent pas. Et l’indice affiche un rendement moyen de 10,4% quand la dette marocaine à dix ans se traite autour de 3,3%. Le Maroc y entrerait donc comme l’un des émetteurs les moins rémunérateurs du panier. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Critère | Valeur |
|---|---|
| Lancement | avant fin septembre 2026 |
| Nombre de pays | 26 |
| Encours couvert | ~330 milliards de dollars |
| Encours minimal par ligne | 250 millions de dollars |
| Maturité résiduelle minimale | 2,5 ans |
| Plafond de pondération | 8% par pays |
| Poids de l’Afrique | ~45% de l’indice |
| Poids de l’Asie frontière | ~un tiers |
Ce benchmark arrive une vingtaine d’années après le premier indice frontière de la même banque, qui portait lui sur la dette émise en devises fortes. Le pari est différent : il suppose que ces États peuvent désormais emprunter chez eux, dans leur propre monnaie, auprès d’investisseurs étrangers — ce que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale encouragent de longue date, la dette en devises étant à l’origine de la plupart des crises souveraines des dernières décennies.
Deux précisions importantes pour un lecteur marocain. L’indice porte exclusivement sur la dette en monnaie locale : pour le Maroc, cela signifie les bons du Trésor en dirhams. L’eurobond de 2,25 milliards d’euros émis en mai n’en fait pas partie — il relève d’un autre univers, celui de la dette en devises.
Ensuite, les critères de 250 millions de dollars d’encours et de deux ans et demi de maturité résiduelle filtrent les lignes éligibles. Toutes les lignes du Trésor marocain n’entreront donc pas : seules les plus grandes et les plus longues. La liste des lignes retenues n’est pas publiée.
C’est le point sur lequel plusieurs comptes rendus vont plus loin que les éléments disponibles.
| Élément | Statut |
|---|---|
| Le Maroc figure parmi les huit plus fortes pondérations | rapporté |
| Quatre pays atteindront le plafond de 8% | rapporté — le Maroc n’en fait pas partie |
| Le poids exact du Maroc | non publié |
| Les lignes marocaines éligibles | non publiées |
Les quatre pays cités comme atteignant le plafond sont des économies d’Asie et d’Asie centrale. Le Maroc figure dans la liste plus large des pays à forte pondération, sans que son niveau soit précisé.
L’écart n’est pas anodin. Rapporté aux 330 milliards de l’indice, chaque point de pondération représente 3,3 milliards de dollars de dette marocaine suivie par un indice de référence.
| Si le Maroc pesait | Dette marocaine dans l’indice |
|---|---|
| 4% | ~13,2 Mds $ |
| 6% | ~19,8 Mds $ |
| 8% (le plafond) | ~26,4 Mds $ |
Ces trois lignes sont des hypothèses de calcul, non des pondérations annoncées. Le double du bas au haut de la fourchette : la précision compte.
C’est l’observation que le rapprochement des chiffres permet, et qu’aucun compte rendu ne formule.
| Rendement | Écart avec l’indice | |
|---|---|---|
| GBI-EM Edge, moyenne annoncée | 10,4% | référence |
| Bons du Trésor marocains à 20 ans | ~3,93% | −6,5 points |
| Bons du Trésor marocains à 10 ans | ~3,26% | −7,1 points |
| Bons du Trésor marocains à 2 ans | ~2,57% | −7,8 points |
| Taux directeur de Bank Al-Maghrib | 2,25% | −8,2 points |
Les taux marocains sont ceux des adjudications récentes et peuvent varier d’une séance à l’autre. Le rendement de l’indice est celui annoncé à son lancement.
L’indice rend trois fois ce que rend la dette marocaine à dix ans. Et l’écart tient même face à l’indice émergent classique, qui rend environ 6% — le Maroc reste 2,7 points en dessous.
Il n’est pas un signe de faiblesse, au contraire. Un État emprunte d’autant moins cher que les investisseurs le jugent sûr. Des taux à 3,3% quand la moyenne du panier est à 10,4% traduisent une prime de risque faible — c’est une force, pas un handicap. Le Fonds monétaire international qualifie d’ailleurs la dette marocaine de soutenable avec une forte probabilité, pour un risque de stress qu’il juge modéré.
Mais il pèse sur les flux attendus. Un gestionnaire qui achète cet indice le fait généralement pour son rendement. Confronté à un panier où plusieurs émetteurs dépassent 10%, il n’a aucune raison de surpondérer la ligne qui en rend 3,3 — et beaucoup de raisons de la sous-pondérer s’il gère activement.
D’où une distinction qui commande tout le reste : l’inclusion garantit une visibilité, elle ne garantit pas des flux. Les fonds strictement indexés achèteront mécaniquement. Les gestionnaires actifs, eux, choisiront.
Le Trésor marocain doit lever environ 73,8 milliards de dirhams d’ici la fin de l’année, soit de l’ordre de 10,5 milliards par mois. L’eurobond de mai ayant sécurisé le financement extérieur prévu, l’essentiel de ce montant devra être couvert sur le marché intérieur.
C’est précisément le marché que cet indice rendrait visible. Un élargissement de la base d’investisseurs sur les bons du Trésor en dirhams arriverait donc à un moment où le Trésor en a l’usage.
Deux effets sont théoriquement possibles, et aucun n’est acquis. Une demande étrangère supplémentaire tend à faire baisser les taux — ce qui réduirait le coût de la dette publique. Elle tend aussi à introduire de la volatilité, les investisseurs internationaux étant plus prompts à sortir que les institutionnels domestiques. Aucun des deux ne se mesure avant que l’indice ne soit effectivement lancé.
La banque met en avant une performance simulée supérieure de 1,2 point par an à celle de l’indice émergent classique sur neuf ans. Deux réserves s’imposent, et elles valent pour tout back-test.
Une simulation rétrospective décrit ce qu’un indice aurait rapporté s’il avait existé. Elle ne dit rien de ce qu’il rapportera — et la composition qu’on teste est celle d’aujourd’hui, appliquée à un passé où plusieurs de ces pays traversaient des crises dont ils sont sortis. La période testée est celle du redressement ; elle ne contient pas la chute qui l’a précédée.
Le poids exact du Maroc, qui détermine tout le reste.
Les lignes marocaines retenues, donc la maturité moyenne de la dette concernée.
La date précise de lancement, annoncée comme antérieure à la fin du mois.
Les encours réellement indexés sur ce benchmark. Un indice suit 330 milliards de dette ; les capitaux qui le répliquent effectivement sont un tout autre montant, généralement bien inférieur au démarrage.
L’effet attendu sur les taux marocains, qu’aucune des parties ne chiffre.
Premièrement, la publication de la composition définitive, qui donnera le poids du Maroc. Deuxièmement, l’évolution des adjudications du Trésor dans les semaines suivant le lancement — c’est là qu’une demande étrangère se verrait en premier. Troisièmement, la part détenue par les non-résidents dans la dette intérieure, statistique publiée périodiquement et qui mesurera l’effet réel.
Un mot pour finir. L’inclusion dans un indice de référence international est une reconnaissance, et elle ne se décrète pas : elle suppose un marché obligataire assez profond, assez liquide et assez accessible pour qu’un gestionnaire étranger puisse y entrer et en sortir. Le Maroc remplit ces conditions, et c’est le fond de la nouvelle. Notre travail se limite à poser ce que l’annonce ne dit pas encore — un poids, des lignes, une date — et un chiffre qu’elle dit sans le commenter : celui du rendement.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. L’indice commenté n’était pas lancé à la date de rédaction : ses caractéristiques sont celles rapportées par la presse financière à partir de documents adressés aux investisseurs, et la composition définitive peut différer. Le poids du Maroc n’est pas publié : les montants figurant au tableau de pondération sont des hypothèses de calcul et non des pondérations annoncées. Les taux marocains cités proviennent d’adjudications récentes et varient d’une séance à l’autre ; les écarts calculés avec le rendement de l’indice sont donc indicatifs. Les développements relatifs aux effets possibles sur les taux et la volatilité décrivent des mécanismes généraux et ne constituent aucune prévision. La performance simulée mentionnée est un back-test communiqué par un tiers : il ne préjuge en rien des performances futures, et la période testée correspond à une phase de redressement de plusieurs des pays concernés. Aucun objectif de cours ni de taux n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.