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Dette souveraine · Indices obligataires · 16 septembre 2026

Le Maroc entre parmi les plus fortes pondérations d’un nouvel indice obligataire à 330 milliards de dollars — dont le rendement moyen est plus de trois fois supérieur à celui de sa propre dette

Annonce du 14 septembre 2026 26 pays · ~330 Mds $ Plafond : 8% par pays Rendement de l’indice : 10,4% Dix ans marocain : ~3,3%

J.P. Morgan lancera avant la fin du mois un nouvel indice de dette souveraine en monnaie locale pour les marchés dits frontières. Le GBI-EM Edge couvrira les obligations de vingt-six pays pour un encours d’environ 330 milliards de dollars, et le Maroc figure parmi les huit États appelés à y porter les plus fortes pondérations.

C’est une bonne nouvelle, et elle est réelle : un indice de référence oblige des gestionnaires internationaux à détenir la dette des pays qui y figurent, qu’ils les aient choisis ou non. Deux points méritent toutefois d’être posés avant de mesurer la portée de l’annonce. Le poids exact du Maroc n’est pas publié — plusieurs titres l’annoncent au plafond, ce que les éléments disponibles n’établissent pas. Et l’indice affiche un rendement moyen de 10,4% quand la dette marocaine à dix ans se traite autour de 3,3%. Le Maroc y entrerait donc comme l’un des émetteurs les moins rémunérateurs du panier. Sans recommandation ni objectif de cours.

I · L’indiceCe que couvre exactement ce nouveau benchmark

Encours couvert
~330
milliards de dollars
Pays inclus
26
dont le Maroc
Rendement nominal moyen
10,4%
+440 pb sur l’indice classique
Plafond par pays
8%
pour limiter la concentration
Tableau 1 — Les caractéristiques annoncées
CritèreValeur
Lancementavant fin septembre 2026
Nombre de pays26
Encours couvert~330 milliards de dollars
Encours minimal par ligne250 millions de dollars
Maturité résiduelle minimale2,5 ans
Plafond de pondération8% par pays
Poids de l’Afrique~45% de l’indice
Poids de l’Asie frontière~un tiers

Ce benchmark arrive une vingtaine d’années après le premier indice frontière de la même banque, qui portait lui sur la dette émise en devises fortes. Le pari est différent : il suppose que ces États peuvent désormais emprunter chez eux, dans leur propre monnaie, auprès d’investisseurs étrangers — ce que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale encouragent de longue date, la dette en devises étant à l’origine de la plupart des crises souveraines des dernières décennies.

Deux précisions importantes pour un lecteur marocain. L’indice porte exclusivement sur la dette en monnaie locale : pour le Maroc, cela signifie les bons du Trésor en dirhams. L’eurobond de 2,25 milliards d’euros émis en mai n’en fait pas partie — il relève d’un autre univers, celui de la dette en devises.

Ensuite, les critères de 250 millions de dollars d’encours et de deux ans et demi de maturité résiduelle filtrent les lignes éligibles. Toutes les lignes du Trésor marocain n’entreront donc pas : seules les plus grandes et les plus longues. La liste des lignes retenues n’est pas publiée.

II · La précisionLe poids du Maroc n’est pas établi

C’est le point sur lequel plusieurs comptes rendus vont plus loin que les éléments disponibles.

Tableau 2 — Ce qui est confirmé et ce qui ne l’est pas
ÉlémentStatut
Le Maroc figure parmi les huit plus fortes pondérationsrapporté
Quatre pays atteindront le plafond de 8%rapporté — le Maroc n’en fait pas partie
Le poids exact du Marocnon publié
Les lignes marocaines éligiblesnon publiées

Les quatre pays cités comme atteignant le plafond sont des économies d’Asie et d’Asie centrale. Le Maroc figure dans la liste plus large des pays à forte pondération, sans que son niveau soit précisé.

L’écart n’est pas anodin. Rapporté aux 330 milliards de l’indice, chaque point de pondération représente 3,3 milliards de dollars de dette marocaine suivie par un indice de référence.

Tableau 3 — Ce que représenterait chaque niveau de pondération
Si le Maroc pesaitDette marocaine dans l’indice
4%~13,2 Mds $
6%~19,8 Mds $
8% (le plafond)~26,4 Mds $

Ces trois lignes sont des hypothèses de calcul, non des pondérations annoncées. Le double du bas au haut de la fourchette : la précision compte.

Entre quatre et huit pour cent, l’écart est du simple au double — treize milliards de dollars de différence. Annoncer « le Maroc au plafond » avant que le chiffre soit publié, c’est choisir la borne la plus flatteuse d’une fourchette qu’on ne connaît pas.
Lecture MarocBoursier Research

III · Le décalageDix virgule quatre contre trois virgule trois

C’est l’observation que le rapprochement des chiffres permet, et qu’aucun compte rendu ne formule.

Tableau 4 — Le rendement de l’indice et les taux marocains
 RendementÉcart avec l’indice
GBI-EM Edge, moyenne annoncée10,4%référence
Bons du Trésor marocains à 20 ans~3,93%−6,5 points
Bons du Trésor marocains à 10 ans~3,26%−7,1 points
Bons du Trésor marocains à 2 ans~2,57%−7,8 points
Taux directeur de Bank Al-Maghrib2,25%−8,2 points

Les taux marocains sont ceux des adjudications récentes et peuvent varier d’une séance à l’autre. Le rendement de l’indice est celui annoncé à son lancement.

L’indice rend trois fois ce que rend la dette marocaine à dix ans. Et l’écart tient même face à l’indice émergent classique, qui rend environ 6% — le Maroc reste 2,7 points en dessous.

Ce que ce décalage implique, dans les deux sens

Il n’est pas un signe de faiblesse, au contraire. Un État emprunte d’autant moins cher que les investisseurs le jugent sûr. Des taux à 3,3% quand la moyenne du panier est à 10,4% traduisent une prime de risque faible — c’est une force, pas un handicap. Le Fonds monétaire international qualifie d’ailleurs la dette marocaine de soutenable avec une forte probabilité, pour un risque de stress qu’il juge modéré.

Mais il pèse sur les flux attendus. Un gestionnaire qui achète cet indice le fait généralement pour son rendement. Confronté à un panier où plusieurs émetteurs dépassent 10%, il n’a aucune raison de surpondérer la ligne qui en rend 3,3 — et beaucoup de raisons de la sous-pondérer s’il gère activement.

D’où une distinction qui commande tout le reste : l’inclusion garantit une visibilité, elle ne garantit pas des flux. Les fonds strictement indexés achèteront mécaniquement. Les gestionnaires actifs, eux, choisiront.

IV · Le contextePourquoi le calendrier tombe bien pour le Trésor

Le Trésor marocain doit lever environ 73,8 milliards de dirhams d’ici la fin de l’année, soit de l’ordre de 10,5 milliards par mois. L’eurobond de mai ayant sécurisé le financement extérieur prévu, l’essentiel de ce montant devra être couvert sur le marché intérieur.

C’est précisément le marché que cet indice rendrait visible. Un élargissement de la base d’investisseurs sur les bons du Trésor en dirhams arriverait donc à un moment où le Trésor en a l’usage.

Deux effets sont théoriquement possibles, et aucun n’est acquis. Une demande étrangère supplémentaire tend à faire baisser les taux — ce qui réduirait le coût de la dette publique. Elle tend aussi à introduire de la volatilité, les investisseurs internationaux étant plus prompts à sortir que les institutionnels domestiques. Aucun des deux ne se mesure avant que l’indice ne soit effectivement lancé.

Sur le back-test annoncé

La banque met en avant une performance simulée supérieure de 1,2 point par an à celle de l’indice émergent classique sur neuf ans. Deux réserves s’imposent, et elles valent pour tout back-test.

Une simulation rétrospective décrit ce qu’un indice aurait rapporté s’il avait existé. Elle ne dit rien de ce qu’il rapportera — et la composition qu’on teste est celle d’aujourd’hui, appliquée à un passé où plusieurs de ces pays traversaient des crises dont ils sont sortis. La période testée est celle du redressement ; elle ne contient pas la chute qui l’a précédée.

V · Ce qui manqueCinq éléments non publiés

Le poids exact du Maroc, qui détermine tout le reste.

Les lignes marocaines retenues, donc la maturité moyenne de la dette concernée.

La date précise de lancement, annoncée comme antérieure à la fin du mois.

Les encours réellement indexés sur ce benchmark. Un indice suit 330 milliards de dette ; les capitaux qui le répliquent effectivement sont un tout autre montant, généralement bien inférieur au démarrage.

L’effet attendu sur les taux marocains, qu’aucune des parties ne chiffre.

Trois points à suivre

Premièrement, la publication de la composition définitive, qui donnera le poids du Maroc. Deuxièmement, l’évolution des adjudications du Trésor dans les semaines suivant le lancement — c’est là qu’une demande étrangère se verrait en premier. Troisièmement, la part détenue par les non-résidents dans la dette intérieure, statistique publiée périodiquement et qui mesurera l’effet réel.

Un mot pour finir. L’inclusion dans un indice de référence international est une reconnaissance, et elle ne se décrète pas : elle suppose un marché obligataire assez profond, assez liquide et assez accessible pour qu’un gestionnaire étranger puisse y entrer et en sortir. Le Maroc remplit ces conditions, et c’est le fond de la nouvelle. Notre travail se limite à poser ce que l’annonce ne dit pas encore — un poids, des lignes, une date — et un chiffre qu’elle dit sans le commenter : celui du rendement.

À retenir

  • L’annonce : J.P. Morgan lancera avant fin septembre un nouvel indice de dette souveraine en monnaie locale pour les marchés frontières, le GBI-EM Edge. 26 pays, ~330 milliards de dollars d’encours, plafond de 8% par pays. Le Maroc figure parmi les huit plus fortes pondérations.
  • Pour le Maroc, il s’agit des bons du Trésor en dirhams uniquement. L’eurobond de 2,25 Mds EUR émis en mai n’entre pas dans ce périmètre. Les critères — 250 M$ d’encours minimal, 2,5 ans de maturité résiduelle — filtrent les lignes éligibles, dont la liste n’est pas publiée.
  • Le poids exact du Maroc n’est pas établi. Quatre pays sont cités comme atteignant le plafond de 8%, et le Maroc n’en fait pas partie. Plusieurs titres l’annoncent pourtant « au plafond » — les éléments disponibles ne l’établissent pas.
  • L’enjeu de cette précision : chaque point de pondération représente 3,3 Mds $. Entre 4% et 8%, l’écart est du simple au double — treize milliards de dollars.
  • Le décalage que le rapprochement révèle : l’indice affiche un rendement moyen de 10,4% quand le dix ans marocain se traite autour de 3,26%. Soit 7,1 points d’écart, ou trois fois. Même face à l’indice émergent classique (~6%), le Maroc reste 2,7 points en dessous.
  • Ce n’est pas un signe de faiblesse, au contraire : un État emprunte d’autant moins cher qu’on le juge sûr. Le FMI qualifie la dette marocaine de soutenable avec forte probabilité, pour un risque de stress modéré, à 67,1% du PIB fin 2025.
  • Mais cela pèse sur les flux attendus : un gestionnaire qui achète cet indice le fait pour son rendement. Face à des émetteurs à plus de 10%, il n’a aucune raison de surpondérer une ligne à 3,3%. L’inclusion garantit une visibilité, elle ne garantit pas des flux — les fonds indexés achèteront mécaniquement, les gestionnaires actifs choisiront.
  • Le calendrier tombe bien : le Trésor doit lever 73,8 Mds DH d’ici fin 2026, soit ~10,5 Mds par mois, et l’essentiel devra venir du marché intérieur — celui-là même que l’indice rendrait visible.
  • Deux effets théoriques, aucun acquis : une demande étrangère supplémentaire tend à faire baisser les taux, mais aussi à introduire de la volatilité, les investisseurs internationaux sortant plus vite que les institutionnels domestiques.
  • Sur le back-test annoncé (+1,2 point par an sur neuf ans) : une simulation rétrospective décrit ce qu’un indice aurait rapporté, non ce qu’il rapportera. Et la période testée est celle du redressement de plusieurs de ces pays — elle ne contient pas la crise qui l’a précédée.
  • Ce qui n’est pas publié : le poids du Maroc, les lignes retenues, la date précise de lancement, les encours réellement indexés — un indice qui suit 330 Mds n’est pas répliqué par 330 Mds — et l’effet attendu sur les taux.

Sources

  • Agences de presse internationales et presse financière anglophone · dépêches des 14 et 15 septembre 2026 relatives au lancement annoncé par J.P. Morgan du nouvel indice de dette souveraine en monnaie locale pour les marchés frontières : nombre de pays couverts, encours total, critères d’éligibilité des lignes, plafond de pondération, pays cités parmi les plus fortes pondérations et pays atteignant le plafond, répartition géographique, rendement nominal moyen et écart avec l’indice émergent classique, performance simulée sur neuf ans, et précision selon laquelle le périmètre marocain porte sur la dette en dirhams.
  • Bank Al-Maghrib et données d’adjudications du Trésor · taux de référence des bons du Trésor sur les maturités 2, 10 et 20 ans, et taux directeur en vigueur.
  • Fonds monétaire international · appréciation de la soutenabilité de la dette marocaine et niveau de dette de l’administration centrale rapporté au produit intérieur brut à fin 2025.
  • Données publiques relatives au programme de financement du Trésor marocain pour 2026, incluant le besoin brut résiduel et l’émission obligataire internationale réalisée en mai.
  • Calculs MarocBoursier Research (écarts entre le rendement annoncé de l’indice et les taux marocains par maturité, rapport entre les deux, montants de dette marocaine correspondant à différentes hypothèses de pondération, et rendement déduit de l’indice émergent classique à partir de l’écart publié) à partir des données disponibles.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. L’indice commenté n’était pas lancé à la date de rédaction : ses caractéristiques sont celles rapportées par la presse financière à partir de documents adressés aux investisseurs, et la composition définitive peut différer. Le poids du Maroc n’est pas publié : les montants figurant au tableau de pondération sont des hypothèses de calcul et non des pondérations annoncées. Les taux marocains cités proviennent d’adjudications récentes et varient d’une séance à l’autre ; les écarts calculés avec le rendement de l’indice sont donc indicatifs. Les développements relatifs aux effets possibles sur les taux et la volatilité décrivent des mécanismes généraux et ne constituent aucune prévision. La performance simulée mentionnée est un back-test communiqué par un tiers : il ne préjuge en rien des performances futures, et la période testée correspond à une phase de redressement de plusieurs des pays concernés. Aucun objectif de cours ni de taux n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.