Le directoire de TAQA Morocco a arrêté le 8 septembre les comptes au 30 juin 2026, publiés ce lundi et soumis à l’examen limité des commissaires aux comptes. Le communiqué met en avant un résultat net part du groupe de 462 millions de dirhams, en progression de 5,8%, une structure financière renforcée et une accélération des investissements.
Nous avions analysé le 24 août les indicateurs trimestriels de cet émetteur, en relevant qu’ils ne comportaient aucune donnée de rentabilité et qu’une note de bas de tableau signalait un décalage de périmètre sans le détailler. Les comptes complets répondent aux deux questions — et les réponses sont plus instructives que le communiqué ne le laisse voir. L’exploitation ne progresse pas ; le résultat progresse par le poste financier. Et le périmètre ne compte plus un décalage, mais trois dates de clôture différentes. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Étage | S1 2026 | S1 2025 | Écart | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 5 088 | 5 379 | −291 | −5,4% |
| Excédent brut d’exploitation | 1 660 | 1 648 | +12 | +0,7% |
| Résultat d’exploitation | 1 249 | 1 254 | −5 | −0,4% |
| Résultat financier | −155 | −217 | +62 | +28,6% |
| Résultat avant impôts | 978 | 922 | +56 | +6,1% |
| Résultat net consolidé | 601 | 577 | +24 | +4,1% |
| Résultat net part du groupe | 462 | 437 | +25 | +5,8% |
L’arithmétique est sans ambiguïté : l’exploitation perd 5 millions, le poste financier en gagne 62. Les 56 millions de résultat avant impôts supplémentaires viennent donc intégralement du financier.
L’amélioration du résultat financier — de −217 à −155 millions — est réelle et s’explique : l’endettement net recule de 10,1%, les remboursements se poursuivent, et les charges d’intérêt baissent mécaniquement. C’est le fruit d’une politique de désendettement menée depuis plusieurs exercices, et elle porte.
Une observation complémentaire, favorable celle-ci : les marges progressent. La marge d’excédent brut passe de 30,6% à 32,6%, la marge d’exploitation de 23,3% à 24,5%. Le chiffre d’affaires recule plus vite que les charges — ce qui, pour un producteur d’électricité sous contrat de long terme, reflète le mécanisme de refacturation du combustible plutôt qu’un gain d’efficacité.
C’est le point que nous cherchions depuis le 24 août, et l’annexe des comptes le documente entièrement.
| Date de clôture | Sociétés concernées | Écart avec la mère |
|---|---|---|
| 30 juin | La société mère et deux filiales | référence |
| 31 mars | Les deux entités portant l’activité thermique | trois mois |
| 30 mai | Les trois filiales créées fin 2025 | un mois |
Le communiqué précise en note que les comptes de l’extension thermique retenus pour la consolidation couvrent la période du 1er octobre 2025 au 31 mars 2026 — un semestre décalé de trois mois par rapport au semestre civil.
Autrement dit, le « premier semestre 2026 » publié agrège trois périodes différentes. Une partie du résultat correspond à janvier-juin 2026, une autre à octobre 2025-mars 2026, une troisième à une période s’arrêtant fin mai.
Ce n’est pas une irrégularité. Les décalages de dates de clôture entre sociétés d’un même groupe sont admis par les référentiels comptables, et l’émetteur les signale explicitement — en note du communiqué et dans l’annexe des comptes. Les commissaires aux comptes ont conduit leur examen limité sans relever de fait les conduisant à remettre en cause l’image fidèle.
Mais cela affecte la comparabilité. Un lecteur qui rapproche le chiffre d’affaires de ce semestre du prix du charbon ou de la parité du dollar sur janvier-juin 2026 ne compare pas les bonnes périodes pour une partie du périmètre. Les conditions de marché d’octobre 2025 ne sont pas celles de juin 2026 — et nous documentons depuis six semaines à quel point ce marché s’est déplacé.
Et cela compliquera la lecture des prochains exercices. Le périmètre est passé de quatre à huit sociétés en un an, les quatre nouvelles ayant été créées au quatrième trimestre 2025. Chaque ajout d’entité à date de clôture distincte épaissit le voile.
La réorganisation approuvée le 17 juillet ne simplifiera pas ce point à court terme : elle consiste précisément à loger les unités thermiques historiques dans une filiale dédiée — laquelle clôture au 31 mars.
Le communiqué publie les deux périmètres. Leur rapprochement donne une lecture que le texte ne formule pas.
| S1 2026 | S1 2025 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires consolidé | 5 088 | 5 379 | −5,4% |
| Chiffre d’affaires social | 3 081 | 3 039 | +1,4% |
| Par différence, hors société mère | ~2 007 | ~2 340 | −14,2% |
| Résultat net consolidé | 601 | 577 | +4,1% |
| Résultat net social | 200 | 161 | +24,2% |
La ligne par différence recouvre les filiales et les retraitements de consolidation : c’est un ordre de grandeur, non une donnée comptable. Le poids du social dans le consolidé passe de 56,5% à 60,6%.
La configuration est l’inverse de celle relevée chez un établissement bancaire de la place la semaine dernière, où le périmètre domestique reculait pendant que les filiales portaient le groupe. Ici, la société mère progresse de 1,4% quand le reste du périmètre recule de 14%.
L’explication tient probablement au décalage de clôture : l’extension thermique, consolidée sur octobre-mars, traverse une période différente. Nous ne pouvons pas le démontrer — le communiqué ne publie pas de contribution par filiale — mais la coïncidence entre le périmètre qui recule et celui qui clôture à une autre date mérite d’être relevée.
Les comptes complets comportent un tableau de flux, absent des indicateurs trimestriels. Il corrige deux lectures.
| Source | S1 2026 | S1 2025 | Multiple |
|---|---|---|---|
| Communiqué | 515 MDH | 210 MDH | ×2,5 |
| Tableau de flux, acquisitions d’immobilisations | 515 MDH | 110 MDH | ×4,7 |
| Écart | — | 100 MDH | acquisitions de titres en 2025 |
Le chiffre de 210 millions retenu comme comparatif en 2025 incluait 99,7 millions d’acquisitions de titres — une opération de croissance externe, non un investissement industriel. Rapporté aux seules immobilisations, l’effort a été multiplié par 4,7. La hausse est donc plus forte que celle annoncée, ce qui joue en faveur de l’émetteur.
| S1 2026 | S1 2025 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Flux net généré par l’activité | 1 460 | 980 | +49,0% |
| dont variation du besoin en fonds de roulement | +474 | +7 | ×68 |
| Flux hors variation de BFR | 986 | 973 | +1,3% |
97% de l’amélioration du flux d’activité provient de la variation du besoin en fonds de roulement. Hors cet effet, le flux progresse de 1,3% — cohérent avec une exploitation stable.
Un besoin en fonds de roulement qui se dégonfle de 474 millions libère de la trésorerie, et c’est un résultat réel. Mais il ne se reproduit pas mécaniquement : un stock ou une créance ne se dégonfle qu’une fois. Le flux structurel, lui, est stable.
Le passif circulant éclaire partiellement ce mouvement.
| 30 juin 2026 | 31 décembre 2025 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Dettes d’exploitation | 1 413 | 2 213 | −36,2% |
| Autres dettes | 2 701 | 906 | ×3,0 |
| Total du passif circulant | 4 114 | 3 119 | +31,9% |
Les dettes d’exploitation perdent 800 millions tandis que le poste « autres dettes » en gagne 1 795. Le communiqué ne commente ni l’un ni l’autre, et la nature de ce transfert n’est pas détaillée.
| Montant | |
|---|---|
| Capitaux propres part du groupe au 31 décembre 2025 | 6 773 |
| Dividende versé | −896 |
| Résultat du semestre | +462 |
| Capitaux propres part du groupe au 30 juin 2026 | 6 339 (−6,4%) |
| Intérêts minoritaires | 726 → 864 (+19,0%) |
| Capitaux propres consolidés | 7 499 → 7 203 (−3,9%) |
Le dividende versé sur le semestre dépasse le résultat semestriel de 434 millions. C’est la mécanique normale d’une distribution annuelle versée au premier semestre — elle porte sur le résultat de l’exercice précédent — mais elle explique pourquoi les capitaux propres reculent alors que l’entreprise est bénéficiaire.
Le communiqué met en avant un gearing de 36% contre 38%. Le calcul est exact, mais il faut noter qu’un gearing s’améliore de deux façons : en réduisant la dette, ou en augmentant les fonds propres. Ici la dette recule et les fonds propres aussi — l’effet net reste favorable, mais moins mécaniquement que le chiffre ne le suggère.
La disponibilité des unités ressort à 86,6% contre 91,7% un an plus tôt, soit 5,1 points de moins, du fait d’une révision planifiée de vingt-cinq jours sur une unité et d’inspections programmées sur les autres. La production s’établit à 6 684 GWh. Ce sont des opérations prévues, non des incidents.
Aucune ventilation du résultat par filiale, ce qui empêche de mesurer la contribution de l’extension thermique et celle des activités nouvelles.
Aucun détail sur le transfert entre postes du passif circulant, pourtant considérable.
Aucun chiffrage des projets annoncés à horizon 2030 — une capacité projetée de 8,6 GW dont 4,8 GW renouvelables est mentionnée, sans montant d’investissement ni calendrier.
Aucune information sur la parité moyenne du dollar retenue, alors que l’émetteur cite son évolution défavorable comme cause du recul du chiffre d’affaires.
Premièrement, la conférence analystes du 17 septembre, où la ventilation par filiale et la parité retenue pourraient être précisées. Deuxièmement, la tenue du résultat d’exploitation au second semestre : l’amélioration du financier a des limites, la dette ne pouvant reculer indéfiniment. Troisièmement, l’avancement de la réorganisation en filiales et son effet sur la lisibilité des prochains comptes.
Un mot pour finir. Ces comptes sont complets, examinés par deux cabinets, et l’émetteur y signale lui-même le décalage de périmètre que nous cherchions depuis août — en note du communiqué comme en annexe. C’est plus que beaucoup ne font. Notre apport se limite à trois lectures que ces documents permettent sans les formuler : d’où viennent les vingt-cinq millions gagnés, ce que recouvre le mot « semestre », et ce que le tableau de flux dit du cash flow annoncé.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur les états financiers officiels de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les comptes ont fait l’objet d’un examen limité et non d’un audit : les commissaires aux comptes précisent que ce niveau d’assurance est moins élevé qu’un audit et n’expriment pas d’opinion d’audit. Les observations relatives aux dates de clôture différentes au sein du périmètre portent sur la comparabilité des données et ne constituent aucune mise en cause : ces décalages sont admis par les référentiels comptables, signalés par l’émetteur en note et en annexe, et les commissaires n’ont relevé aucun fait remettant en cause l’image fidèle. Le chiffre d’affaires hors société mère est obtenu par soustraction et recouvre également les retraitements de consolidation : c’est un ordre de grandeur, non une donnée comptable. L’hypothèse reliant le recul de ce périmètre au décalage de clôture n’est pas démontrée, l’émetteur ne publiant pas de contribution par filiale. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.