Indicateurs S1 202
La communication de la Banque Centrale Populaire au titre du premier semestre 2026 présente cinq indicateurs. Quatre progressent : les dépôts de 9,0% à 429,5 milliards de dirhams, les crédits de 5,7% à 337,5 milliards, la marge d’intérêts de 5,9% et la marge sur commissions de 9,1%.
Le cinquième recule : le produit net bancaire revient de 13,9 à 13,5 milliards, soit −3,2%. L’émetteur en donne l’explication en une phrase — le repli du résultat des activités de marché après une performance exceptionnelle un an plus tôt — mais ne le chiffre pas. La soustraction, elle, permet de mesurer ce poste et de constater qu’il recule d’environ un cinquième. Sans recommandation ni objectif de cours.
| Indicateur | S1 2025 | S1 2026 | Variation publiée |
|---|---|---|---|
| Marge d’intérêts | 7,5 | 7,9 | +5,9% |
| Marge sur commissions | 2,0 | 2,2 | +9,1% |
| Produit net bancaire | 13,9 | 13,5 | −3,2% |
Les montants sont publiés arrondis au dixième de milliard. Les taux de variation, calculés sur les valeurs exactes, diffèrent légèrement de ceux qu’on obtiendrait en divisant les montants affichés — nous retenons partout les taux publiés, plus précis.
Pour une banque, le produit net bancaire est l’équivalent d’un chiffre d’affaires. Il agrège trois grandes sources : la marge d’intérêts — l’écart entre ce que la banque perçoit sur ses crédits et ce qu’elle paie sur ses ressources — les commissions facturées sur les services, et le résultat des activités de marché.
L’émetteur désigne les deux premières sous le terme de cœur de métier bancaire, et souligne à juste titre qu’elles progressent toutes les deux. Le troisième poste, lui, n’apparaît sur aucun graphique.
Le produit net bancaire étant publié ainsi que ses deux principales composantes, la troisième s’obtient par différence.
| S1 2025 | S1 2026 | Variation | Poids 2026 | |
|---|---|---|---|---|
| Marge d’intérêts | 7,5 | 7,9 | +5,9% | ~59% |
| Marge sur commissions | 2,0 | 2,2 | +9,1% | ~16% |
| Cœur de métier bancaire | 9,5 | 10,1 | ~+6% | ~75% |
| Reste, par différence | ~4,4 | ~3,4 | ~−23% | ~25% |
| Produit net bancaire | 13,9 | 13,5 | −3,2% | 100% |
Ce « reste » est la différence de trois montants arrondis au dixième de milliard. L’imprécision s’y accumule : selon les valeurs exactes sous-jacentes, il pourrait valoir entre 4,25 et 4,55 milliards en 2025, et entre 3,25 et 3,55 en 2026.
La variation réelle se situe donc quelque part entre −16% et −29%. Le sens du mouvement est certain ; son ampleur exacte ne l’est pas. Nous retenons l’ordre de grandeur d’un cinquième à un quart.
Ce poste ne se limite par ailleurs pas aux activités de marché : il recouvre aussi les autres produits et charges bancaires que la présentation ne détaille pas.
Sous cette réserve, le constat est net. Le cœur de métier gagne environ 0,6 milliard quand le reste en perd environ 1,0 — d’où les 0,4 milliard de recul du produit net bancaire. Le poste non chiffré efface plus que ce que les deux moteurs apportent.
La conséquence sur la structure du revenu est significative : le cœur bancaire passe d’environ 68% à 75% du produit net bancaire. Une banque dont les revenus reposent davantage sur l’intermédiation et les commissions, et moins sur le marché, est moins volatile — c’est un effet secondaire favorable de ce que le chiffre principal présente comme un recul.
L’explication avancée par l’émetteur — une performance exceptionnelle des activités de marché à fin juin 2025 — est plausible et fréquente : les résultats de marché d’une banque dépendent des conditions de taux et de la volatilité, et peuvent varier fortement d’un exercice à l’autre. Elle n’est toutefois étayée par aucun chiffre, et le communiqué ne fournit pas d’historique permettant de vérifier le caractère exceptionnel du niveau de 2025.
| 2025 | 2026 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Dépôts clientèle | 393,9 | 429,5 | +9,0% |
| Crédits bruts à la clientèle | 319,2 | 337,5 | +5,7% |
| Crédits rapportés aux dépôts | 81,0% | 78,6% | −2,5 points |
| Ressources non employées en crédits | 74,7 | 92,0 | +23,2% |
Les crédits sont donnés en brut, c’est-à-dire avant déduction des provisions. Les deux dernières lignes sont des calculs : le communiqué ne publie ni le ratio ni l’écart.
Les dépôts progressent 1,6 fois plus vite que les crédits. C’est le mouvement le plus marqué de la publication, et le communiqué le mentionne sans le commenter.
Deux lectures cohabitent, et le document ne permet pas de choisir.
La favorable : une collecte dynamique est le signe d’une confiance de la clientèle et d’un réseau performant. Elle donne à la banque une ressource abondante et généralement peu coûteuse, donc une capacité à prêter davantage quand la demande se présentera.
La prudente : des ressources qui croîssent plus vite que leur emploi restent des ressources non employées. Elles passent de 74,7 à 92,0 milliards, soit +23%. Placées en trésorerie ou en titres, elles rapportent structurellement moins qu’un crédit — ce qui pèse sur le rendement moyen des actifs.
Rapportée aux encours de crédits, la marge d’intérêts semestrielle reste quasiment stable : environ 2,35% contre 2,34%. Le produit net bancaire rapporté aux mêmes encours recule en revanche de 4,35% à 4,00%.
Autrement dit, la rentabilité du métier de crédit ne se dégrade pas — c’est bien ailleurs que se situe le recul, ce qui converge avec la décomposition précédente.
Ces ratios sont des approximations grossières : ils confrontent un flux semestriel à un encours de clôture plutôt que moyen, et ne mesurent aucun taux au sens propre.
L’émetteur situe enfin sa performance dans un contexte macroéconomique qu’il décrit comme favorable : reprise de la valeur ajoutée agricole portée par des conditions climatiques propices, et bonne tenue des activités non agricoles soutenues par la demande intérieure. C’est cette même reprise agricole que d’autres émetteurs ont invoquée cette saison.
Ce communiqué se distingue de la plupart de ceux que nous avons examinés cet été sur un point précis.
Il ne publie aucune donnée trimestrielle. Ni le deuxième trimestre isolé, ni le premier. Seul le cumul semestriel figure au document.
Sur presque toutes les publications de cette saison, la comparaison entre le trimestre et le cumul nous a permis de reconstituer le premier trimestre — et cette reconstitution a livré l’information la plus utile dans la majorité des cas : un semestre stable masquant un trimestre en fort recul, ou l’inverse.
Ici, c’est impossible. Nous ne savons pas si le repli des activités de marché s’est produit au premier ou au deuxième trimestre, ni si le mouvement s’atténue ou s’aggrave.
Or c’est précisément la question qui intéresse : un repli concentré sur le premier trimestre se serait déjà résorbé ; un repli continu se poursuivrait au second semestre.
Aucune donnée de rentabilité. Ni résultat net, ni résultat brut d’exploitation. C’est l’usage en communication trimestrielle, mais la question reste entière : un produit net bancaire en recul de 3,2% ne dit rien du résultat, qui dépend aussi des charges et du coût du risque.
Aucun coût du risque, alors que les crédits progressent de 5,7% et qu’ils sont donnés en brut — sans indication sur les provisions.
Aucun coefficient d’exploitation, indicateur central de l’efficacité d’une banque.
Aucun chiffrage du résultat des activités de marché, ni pour 2026 ni pour la période de référence dite exceptionnelle.
Le document précise que ses chiffres sont provisoires et non audités.
Premièrement, le chiffrage des activités de marché aux comptes semestriels, seul moyen de vérifier l’ampleur du repli et le caractère exceptionnel de 2025. Deuxièmement, la tenue de la marge d’intérêts dans un environnement où le taux directeur reste à 2,25%. Troisièmement, l’emploi des ressources collectées : le ratio de crédits sur dépôts continuera-t-il de reculer ? Quatrièmement, le coût du risque, absent de cette publication mais déterminant pour le résultat.
Un mot pour finir. Ce communiqué est honnête sur l’essentiel : il publie son chiffre en recul, en donne l’explication, et met en avant les composantes qui progressent sans dissimuler celle qui baisse. Il tient toutefois sur une page, avec cinq graphiques et trois paragraphes — là où d’autres émetteurs de la cote publient un découpage trimestriel qui permet d’aller beaucoup plus loin. Notre apport se limite à une soustraction que ces chiffres autorisent, et à signaler ce qu’ils ne permettent pas.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur la communication officielle de l’émetteur et sur des calculs explicitement signalés comme tels. L’émetteur précise que ses chiffres sont provisoires et non audités. Les montants étant publiés arrondis au dixième de milliard, les taux recalculés à partir des montants affichés diffèrent légèrement des taux publiés : ces derniers sont retenus. Le solde obtenu par différence entre le produit net bancaire et ses deux composantes publiées cumule trois imprécisions d’arrondi : sa variation réelle est encadrée entre −16% et −29%, et seul l’ordre de grandeur est retenu. Ce solde ne se limite pas aux activités de marché et recouvre d’autres produits et charges bancaires non détaillés. Le caractère exceptionnel attribué à la performance de marché de 2025 est une affirmation de l’émetteur, non étayée par un chiffrage ni vérifiable en l’absence d’historique. Les rapports de la marge d’intérêts et du produit net bancaire aux encours de crédits sont des approximations grossières confrontant un flux semestriel à un encours de clôture : ils ne mesurent aucun taux. Le communiqué ne comporte ni donnée trimestrielle, ni donnée de rentabilité, ni coût du risque, ni coefficient d’exploitation : aucune conclusion sur le résultat, la qualité du portefeuille, l’efficacité opérationnelle ou la répartition du recul dans le temps ne peut en être tirée. Aucun objectif de cours n’est formulé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.