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Géopolitique · Sanctions secondaires · 25 août 2026

Washington change de cible : les nouvelles sanctions ne visent plus l’Iran mais ceux qui commercent avec lui — et le baril a reculé le jour de l’annonce

Annonce du 24 août 2026 Exportations iraniennes : −80% Brent : 92,20 $ (−2,32%) Cinq secteurs visés Six mois de conflit

Le 24 août 2026, le secrétaire américain au Trésor a présenté un nouveau train de sanctions contre l’Iran, portant sur cinq secteurs : l’or, la technologie, les actifs numériques, l’aviation et le transport maritime. L’objectif annoncé est de « couper toutes les ressources économiques » de Téhéran.

Ces mesures ont une particularité qui change la nature du conflit : ce sont des sanctions secondaires. Elles ne frappent pas l’Iran directement, mais les entités et les pays tiers qui continueraient à commercer avec lui — la Chine, premier acheteur de brut iranien, n’étant explicitement pas exemptée. Le conflit s’étend ainsi à des économies qui n’y sont pas parties. Et le marché a réagi à l’inverse de ce qu’on attendrait : le baril a reculé de 2,32% le jour de l’annonce. Sans pronostic géopolitique ni objectif de cours.

I · Le changement de cibleCe qu’est une sanction secondaire, et pourquoi cela compte

Exportations iraniennes
0,4
Mb/j contre 2,0 avant-guerre
Recul depuis l’avant-guerre
−80%
source de suivi maritime
Secteurs visés
5
or, tech, actifs numériques, aérien, maritime
Brent au 24 août
92,20 $
−2,32% sur la séance

La distinction entre sanctions primaires et secondaires est technique, mais elle détermine qui subit la mesure.

Tableau 1 — Deux logiques de sanction
 Sanction primaireSanction secondaire
Qui est visél’État sanctionné et ses entitésles tiers qui commercent avec lui
Effet recherchépriver d’accès directdissuader les partenaires restants
Qui doit choisirpersonne d’autrechaque banque, armateur ou négociant du monde
Portéebilatéraleextraterritoriale de fait

Une sanction secondaire place les opérateurs de pays tiers devant un choix binaire : commercer avec l’État visé, ou conserver l’accès au système financier américain. Pour la plupart, le choix ne se pose même pas.

Deux précisions rapportées par la presse complètent le tableau. La première : au moins un grand établissement financier pourrait être visé dans les jours qui suivent. La seconde : la Chine ne serait pas exemptée. C’est le point le plus lourd de conséquences, la Chine étant de loin le premier acheteur de brut iranien.

Téhéran a répondu sur deux registres. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale a averti que tout pays participant à ces restrictions serait « considéré comme un ennemi ». Et la diplomatie iranienne présente ces mesures comme un aveu de défaite américain — le recours à la contrainte économique valant, selon elle, constat de l’échec des autres moyens.

II · Le chiffreQuatre-vingts pour cent des exportations pétrolières ont disparu

Une donnée de suivi maritime, publiée cette semaine, mesure ce que six mois de blocus ont produit.

Tableau 2 — Exportations pétrolières iraniennes
PériodeVolumeÉcart
Avant la guerre2,0 Mb/jréférence
Mi-août 20260,4 Mb/j−80%

Soit 1,6 million de barils par jour qui ne sortent plus. Valorisée au cours actuel, cette perte représente de l’ordre de 147 millions de dollars par jour, ou environ 26 milliards sur six mois. Ces conversions sont indicatives : le brut iranien se vend habituellement avec une décote, et une part des volumes résiduels échappe au suivi.

C’est ce chiffre qui donne sa portée aux déclarations de la semaine. Le président iranien a reconnu dimanche, dans une allocution télévisée, que la société iranienne traversait « de nombreuses difficultés » et que le pays était engagé dans une « guerre totale sur les plans économique, militaire et sécuritaire ».

Un chef d’État en guerre qui reconnaît publiquement des difficultés intérieures ne fait pas de la communication : il prépare une opinion. C’est, en soi, une information économique.
Lecture MarocBoursier Research

Le contexte intérieur donne sa mesure à cet aveu. L’économie iranienne subissait déjà l’inflation et le chômage avant le conflit, et le pays a connu ces dernières années plusieurs vagues de contestation déclenchées par la dégradation du pouvoir d’achat. Le conflit lui-même, ouvert le 28 février 2026, dure depuis près de six mois.

III · Le paradoxeLe baril recule le jour des sanctions les plus dures

C’est la réaction de marché la plus contre-intuitive de toute la séquence que nous suivons depuis un mois.

Tableau 3 — Le Brent depuis le sommet de juillet
DateNiveauÉvénement
24 juillet98,40 $sommet de la période
5 août79,45 $annonce de l’accord Iran-Oman
18 août~91 $expiration du mémorandum
21 août95,29 $sommet local
24 août92,20 $annonce des sanctions : −2,32%

Sur le mois écoulé, le Brent a évolué entre 78,11 et 98,40 dollars — une amplitude de 20,29 dollars — pour une moyenne de 87,81 dollars.

La logique voudrait qu’un durcissement des sanctions contre un producteur pétrolier fasse monter les prix : moins d’offre, donc plus cher. C’est l’inverse qui s’est produit, avec un recul de plus de deux pour cent et la fin d’un mouvement de hausse de deux semaines.

Trois lectures possibles, et aucune certitude

Première lecture : le marché anticipe que la pression économique accélère une résolution du conflit. Des sanctions plus dures rapprocheraient une issue négociée, donc une réouverture du détroit.

Deuxième lecture : les exportations iraniennes étant déjà réduites de 80%, les sanctions supplémentaires n’auraient que peu d’offre à retirer — l’essentiel est déjà hors marché. Elles ne changent donc pas l’équilibre.

Troisième lecture : le pétrole circule de nouveau par le détroit, ce qui détend l’offre indépendamment des sanctions. Ce point est abordé dans la section suivante.

Nous exposons ces trois hypothèses ; nous n’en privilégions aucune. Un mouvement de deux pour cent sur une séance ne démontre rien à lui seul.

IV · Une mise à jourCe que nous écrivions le 19 août, et ce que les données disent aujourd’hui

Un point de notre analyse précédente doit être nuancé, et nous le faisons ici explicitement.

Le 19 août, en analysant l’expiration du mémorandum, nous relevions que les deux camps affirmaient des faits incompatibles sur l’état du détroit, et nous proposions un arbitre : le trafic maritime, alors « au plus bas depuis près de trois mois ». Nous écrivions qu’il se vérifierait de lui-même : si le passage était sûr, le trafic reviendrait.

Tableau 4 — Deux descriptions du même passage, le même jour
SourceDescription au 24 août
Suivi des flux pétroliersle pétrole continue de transiter, les expéditions restent relativement soutenues ; environ 16 millions de barils auraient traversé en une seule nuit la semaine dernière
Presse internationalele détroit est verrouillé quasiment sans interruption depuis six mois

Ces deux descriptions paraissent difficilement conciliables. Elles émanent pourtant de sources sérieuses, publiées le même jour. Nous n’avons pas les moyens de trancher depuis Casablanca.

Ce que cela signifie mérite d’être dit sans détour. Le 19 août, nous constations que les gouvernements décrivaient deux réalités différentes. Aujourd’hui, ce sont les sources d’information qui divergent sur le même fait matériel. La confusion s’est propagée d’un niveau à l’autre.

Ce que nous retenons de cette divergence

Notre proposition du 19 août — prendre le trafic comme arbitre — reposait sur une hypothèse implicite : que le trafic soit mesuré de façon convergente. Cette hypothèse ne tient pas cette semaine.

Plusieurs explications techniques sont plausibles sans que l’une exclue les autres : les mesures peuvent porter sur des périmètres différents (pétroliers seuls ou tout navire), sur des périodes différentes, ou comparer à des références différentes — « soutenu » par rapport aux semaines de blocage, « verrouillé » par rapport à l’avant-guerre.

La conclusion pratique est inconfortable mais honnête : même l’indicateur que nous jugions objectif ne l’est pas entièrement. Reste le prix, qui a le mérite d’être unique et coté en continu.

V · Lecture MarocUne exposition indirecte, mais réelle

Le Maroc n’entretient pas de relations diplomatiques avec l’Iran depuis 2018 et n’a pas d’échanges commerciaux significatifs avec ce pays. L’exposition directe aux sanctions annoncées est donc nulle.

L’exposition indirecte l’est beaucoup moins, et elle passe par trois canaux.

Tableau 5 — Trois canaux de transmission
CanalMécanismeIntensité
Prix de l’énergieimportateur net, chaque dollar de baril pèse sur la facture et les prix à la pompeforte et immédiate
Transport maritimeles sanctions visent le secteur ; primes d’assurance et taux de fret répondent aux tensionsindirecte, différée
Conformité bancairedes sanctions secondaires alourdissent les contrôles sur toutes les transactions internationalesdiffuse

Le premier canal est le seul qui se chiffre facilement. À 92,20 dollars, le baril se situe 8,5% au-dessus de l’hypothèse de 85 dollars retenue par le Haut-Commissariat au Plan pour sa prévision d’inflation du troisième trimestre.

Un fait mérite toutefois d’être relevé, et il nuance notre critique des semaines précédentes : la moyenne du Brent sur le mois écoulé ressort à 87,81 dollars, soit 3,3% seulement au-dessus de l’hypothèse. Pour une prévision trimestrielle, c’est une moyenne qui compte, pas un niveau instantané.

Ce que nous maintenons, et ce que nous nuançons

Nous nuançons : le niveau de 85 dollars s’avère, en moyenne mensuelle, remarquablement proche du réalisé. L’hypothèse n’était pas absurde — nous l’avions déjà écrit, et le mois écoulé le confirme.

Nous maintenons : le mot stabilisé reste contredit par les faits. Une amplitude de vingt dollars en un mois ne décrit rien de stable, et une entreprise qui aurait budgété ses approvisionnements sur un prix fixe aurait été prise à contre-pied plusieurs fois.

La différence entre les deux est celle qui sépare une prévision de moyenne d’une hypothèse de stabilité. La première tient ; la seconde non.

Ce qu’il faudra observer

Premièrement, la mise en œuvre effective des sanctions secondaires — l’annonce d’un dispositif et sa mise en application sont deux choses. Deuxièmement, la réaction des acheteurs asiatiques, qui déterminera si les 0,4 million de barils résiduels se maintiennent ou disparaissent. Troisièmement, la médiation régionale, plusieurs missions diplomatiques étant annoncées à Téhéran cette semaine. Quatrièmement, la convergence ou non des mesures de trafic, aujourd’hui contradictoires.

Un mot pour finir. Ce conflit dure depuis six mois et a coûté la vie à plusieurs milliers de personnes selon les bilans disponibles. Notre travail se limite à en documenter les conséquences économiques mesurables pour un investisseur marocain — le prix d’un baril, l’écart à une hypothèse budgétaire, un volume d’exportations. Cette limite est assumée, et elle ne dit rien du reste.

À retenir

  • Le fait du 24 août : Washington annonce un train de sanctions visant cinq secteurs — or, technologie, actifs numériques, aviation, transport maritime — avec pour objectif annoncé de « couper toutes les ressources économiques » de l’Iran.
  • Ce qui change la nature du conflit : ce sont des sanctions secondaires. Elles ne visent pas l’Iran mais les entités et pays tiers qui commercent avec lui. Chaque banque, armateur ou négociant du monde doit choisir entre l’Iran et l’accès au système financier américain.
  • Deux précisions rapportées : au moins un grand établissement financier pourrait être visé sous peu, et la Chine ne serait pas exemptée — elle est de loin le premier acheteur de brut iranien.
  • Le chiffre qui donne la mesure : les exportations pétrolières iraniennes sont passées de 2,0 à 0,4 million de barils par jour depuis l’avant-guerre, soit −80%. L’ordre de grandeur des recettes perdues avoisine 26 milliards de dollars sur six mois — estimation indicative, le brut iranien se vendant avec une décote.
  • Téhéran reconnaît publiquement : le président iranien a évoqué dimanche « de nombreuses difficultés » et une « guerre totale sur les plans économique, militaire et sécuritaire ». En face, tout pays participant aux restrictions serait « considéré comme un ennemi ».
  • Le paradoxe de marché : le Brent a reculé de 2,32% à 92,20 dollars le jour de l’annonce, mettant fin à deux semaines de hausse. Trois lectures possibles — anticipation d’une résolution, offre iranienne déjà retirée à 80%, ou reprise du transit — sans qu’aucune puisse être privilégiée.
  • Une mise à jour de notre analyse du 19 août : nous proposions le trafic maritime comme arbitre entre les versions contradictoires. Or deux sources sérieuses le décrivent différemment le même jour — l’une parle d’expéditions soutenues et d’environ 16 millions de barils en une nuit, l’autre d’un détroit verrouillé depuis six mois.
  • Ce que cela nous oblige à corriger : notre arbitre supposait une mesure convergente du trafic. Cette hypothèse ne tient pas. La confusion s’est propagée des gouvernements aux sources d’information. Reste le prix, unique et coté en continu.
  • Lecture Maroc — exposition directe nulle : pas de relations diplomatiques avec l’Iran depuis 2018, pas d’échanges significatifs. Mais trois canaux indirects jouent : le prix de l’énergie (fort et immédiat), le transport maritime (les sanctions visent le secteur), et la conformité bancaire (contrôles alourdis sur toutes les transactions internationales).
  • Une nuance sur l’hypothèse du HCP : à 92,20 dollars, le baril est 8,5% au-dessus des 85 dollars retenus. Mais la moyenne du mois écoulé ressort à 87,81 dollars — soit 3,3% seulement. Pour une prévision trimestrielle, c’est la moyenne qui compte.
  • Ce que nous maintenons : le niveau de 85 dollars n’était pas absurde. Le mot stabilisé reste contredit — vingt dollars d’amplitude en un mois, entre 78,11 et 98,40. La différence est celle qui sépare une prévision de moyenne d’une hypothèse de stabilité.

Sources

  • Agences de presse internationales et presse de référence · comptes rendus des 23 et 24 août 2026 relatifs à la conférence de presse du secrétaire américain au Trésor, au contenu et aux secteurs visés par le nouveau train de sanctions, aux avertissements adressés aux pays tiers, ainsi qu’aux déclarations du président iranien et du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.
  • Sociétés de suivi des flux maritimes et pétroliers · estimations des exportations pétrolières iraniennes avant le conflit et à la mi-août 2026, et observations relatives au transit dans le détroit d’Ormuz.
  • Données de marché · cotations du Brent des 21 et 24 août 2026, amplitude et moyenne sur les trente jours précédents.
  • Haut-Commissariat au Plan · Point de conjoncture N°50 (juillet 2026), hypothèse de prix du baril retenue pour la prévision d’inflation du troisième trimestre.
  • Analyses antérieures de MarocBoursier Research sur l’accord Iran-Oman du 5 août, sur les six exigences iraniennes du 9 août, sur l’expiration du mémorandum du 19 août et sur les canaux de transmission du choc énergétique vers l’économie marocaine.
  • Calculs MarocBoursier Research (recul des exportations en pourcentage et en volume, valorisation indicative des recettes perdues, écarts du Brent à l’hypothèse du HCP en niveau et en moyenne) à partir des données publiées.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation. Il traite d’un conflit armé en cours dans un environnement où l’information évolue d’heure en heure : les éléments présentés reflètent la situation connue au 25 août 2026 et peuvent être démentis à très bref délai. Les déclarations des parties sont rapportées comme telles et ne constituent pas des constats indépendants. Les données d’exportations pétrolières et de trafic maritime proviennent de sociétés de suivi privées relayées par la presse et n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante ; cet article signale explicitement que deux descriptions divergentes du trafic coexistent à la même date, sans trancher entre elles. La valorisation des recettes perdues est une estimation indicative qui applique un cours de référence à un volume, sans tenir compte des décotes commerciales ni des volumes échappant au suivi. Les trois lectures proposées pour expliquer le recul du baril sont des hypothèses présentées comme telles : aucune n’est établie. Les développements relatifs aux canaux de transmission vers l’économie marocaine décrivent des mécanismes théoriques dont l’intensité dépend de nombreux paramètres. Aucun pronostic géopolitique n’est formulé, aucune valeur n’est recommandée et aucun objectif de cours n’est fixé. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.