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MarocBoursier Research · Analyse sectorielle · 16 août 2026

Sept banques, quatre questions
et un chiffre publié qui ne tient pas

Les sept banques cotées à Casablanca pèsent 284 milliards de dirhams, soit 26 % de la capitalisation totale de la place. Cet article les compare sur dix ans : la cherté aujourd'hui, la cherté rapportée à leur propre histoire, la trajectoire du résultat, et la seule question qui compte au bout — créent-elles de la valeur, ou grossissent-elles simplement ? Tous les ratios sont recalculés depuis les comptes publiés, en résultat glissant sur douze mois. Aucun n'est repris d'un agrégateur.

Avant de commencer

Les quatre chiffres, expliqués deux fois

Tout cet article repose sur quatre notions. Nous les définissons d'abord techniquement, puis nous les traduisons avec un exemple que tout le monde comprend : l'achat d'une boulangerie.

1 · Le PER — combien d'années de bénéfices vous payez

Techniquement : le cours de l'action divisé par le bénéfice par action. Un PER de 12 signifie que vous payez douze fois le bénéfice annuel de l'entreprise pour en détenir une part.

En clair. Vous achetez une boulangerie un million de dirhams. Elle gagne cent mille dirhams par an. Vous payez donc dix ans de bénéfices : le PER vaut 10. Si le boulanger d'en face vend la sienne quinze fois ses bénéfices, elle est plus chère — sauf si elle gagne plus vite, ou si elle est plus sûre.

2 · Le P/B — ce que vous payez pour un dirham de patrimoine

Techniquement : le cours divisé par l'actif net par action, c'est-à-dire ce que l'entreprise possède moins ce qu'elle doit. Un P/B de 1,5 signifie que vous payez une fois et demie la valeur comptable.

En clair. La boulangerie possède un four, un local et du stock, pour cinq cent mille dirhams au total. Vous la payez un million. Vous payez donc le double de ce qu'elle possède : le P/B vaut 2. Pourquoi accepter ? Parce qu'une boulangerie qui tourne vaut plus que la somme de son four et de ses murs.

3 · Le ROE — ce que rapporte l'argent des propriétaires

Techniquement : le résultat net part du groupe divisé par les capitaux propres part du groupe. C'est le rendement du capital confié par les actionnaires.

En clair. Cinq cent mille de patrimoine, cent mille de bénéfice annuel : la boulangerie rend 20 % par an sur ce qu'elle possède. C'est ce chiffre, et lui seul, qui justifie qu'on la paie plus cher que ses murs.

4 · Le lien entre les trois — ce n'est pas une coïncidence

Techniquement : P/B ÷ PER = ROE. C'est une identité mathématique. Si les trois chiffres publiés ne la vérifient pas, l'un d'eux est calculé sur une autre base.

En clair. Vous payez deux fois le patrimoine et dix ans de bénéfices. Alors forcément, ce patrimoine rapporte 20 % par an — deux divisé par dix. Les trois chiffres ne sont pas indépendants : connaissez-en deux, le troisième est déterminé. C'est ce test qui nous a permis de détecter qu'un ROE publié ne tenait pas.

5 · Le résultat glissant — ce que le marché sait vraiment

Techniquement : la somme des quatre derniers trimestres publiés, recomposée à chaque publication. On l'appelle aussi « douze mois glissants ».

En clair. Nous sommes en juin. Le bénéfice de l'année en cours n'existe pas encore — il ne sera connu qu'en mars prochain. Un acheteur de juin regarde donc ce que la boulangerie a gagné sur les douze derniers mois connus, pas sur une année qui n'est pas terminée. C'est la seule façon honnête de calculer un PER dans le passé.

6 · Médiane ou moyenne — pourquoi ça change tout

Techniquement : la moyenne additionne et divise ; la médiane prend la valeur du milieu. Une seule valeur extrême déplace la première et laisse la seconde intacte.

En clair. Dix clients dans un café gagnent chacun cinq mille dirhams par mois. Un milliardaire entre. La moyenne du café devient astronomique — mais personne n'a changé de salaire. La médiane, elle, reste à cinq mille. Sur BMCI, un seul trimestre aberrant faisait passer la moyenne de 21 à 41 fois les bénéfices.
Avertissement de méthode

Trois choix qui changent les chiffres, et qu'il faut assumer

Un PER historique n'est pas une donnée : c'est une construction. Trois décisions la déterminent, et chacune est discutable. Nous les écrivons avant les résultats.

Résultat glissant, pas annuel

Le PER est calculé sur le bénéfice des douze derniers mois publiés, recomposé à chaque trimestre. Un investisseur de juin 2021 ne connaissait pas le résultat de 2021 : il voyait le glissant à cette date. Figer le bénéfice annuel produit des PER faux pendant douze mois.

2020 et 2021 exclus

Les bénéfices se sont effondrés pendant la crise sanitaire, faisant exploser mécaniquement les multiples. Sur CIH, le PER atteint 105× pendant quarante séances d'avril-mai 2021, avant de retomber à 40× dès la publication du premier trimestre. Inclure ces années fausse toute moyenne.

Les PER au-dessus de 35× écartés

Au-delà, le ratio ne mesure plus une valorisation mais une division par un bénéfice quasi nul. Cinq points rejetés sur BMCI, dont un à 307×, et aucun sur les cinq autres banques. Nous publions le nombre de rejets par banque.

Pourquoi la médiane plutôt que la moyenne. Une seule valeur extrême déplace une moyenne de dix points. Sur BMCI, la moyenne brute atteignait 40,9× à cause d'un unique trimestre à 307×. Nous publions les deux mesures : quand elles convergent, la référence est solide ; quand elles divergent, c'est la médiane qui fait foi.
Point de départ

Le rendement des fonds propres d'Attijariwafa n'est pas reconstituable

Attijariwafa publie un ROE de 22,80 % pour 2025. Le résultat net part du groupe vaut 10,645 milliards, les capitaux propres part du groupe 80,490 milliards.

Sur la clôture

10,645 ÷ 80,490 = 13,23 %

Sur la moyenne de deux clôtures

Convention standard → 13,92 %

Publié

22,80 % — aucune formule n'y mène

L'écart n'est pas ponctuel : 7,5 points en 2023, 8,8 en 2024, 8,9 en 2025. Un écart constant sur trois exercices n'est pas une erreur, c'est une définition différente — assiette réglementaire, périmètre retraité, ou base de calcul non publiée.

Le test qui tranche. Le rapport prix/actif net divisé par le rapport prix/bénéfice donne mécaniquement le rendement des fonds propres. C'est une identité, pas une opinion. Sur six banques elle boucle à moins de 1,4 point. Sur Attijariwafa, l'écart atteint 9,57 points.

Le vrai chiffre raconte une meilleure histoire que le chiffre publié.

Recalculée, Attijariwafa passe de 9,0 % en 2021 à 13,9 % en 2025. Elle est moins rentable qu'annoncé — mais elle affiche le seul redressement de cette ampleur du secteur.

Question 1 · La cherté aujourd'hui

Ce que le marché paie, au 13 août 2026

CodeBanqueCours Actif net/actionP/BBPAPERROECapi (Md)
ATWAttijariwafa Bank701,0374,131,874×49,4814,2×13,23 %150,81
BCPBanque Centrale Populaire252,0181,861,386×22,1511,4×12,18 %51,23
BOABank of Africa189,1144,331,310×17,3110,9×11,99 %41,66
CIHCIH Bank346,0252,791,369×28,1812,3×11,15 %13,37
CDMCrédit du Maroc999,0765,671,305×74,2713,4×9,70 %11,61
BMCIBMCI610,0570,251,070×32,7418,6×5,74 %8,10
CFGCFG Bank200,059,613,355×10,5718,9×17,73 %7,00
Le plus cher en P/B
CFG
3,355× l'actif net
Le moins cher en PER
BOA
10,9 fois les bénéfices
Le plus rentable
CFG
17,73 %
Le moins rentable
BMCI
5,74 %
Le piège du P/B bas. BMCI affiche le P/B le plus faible du panel, 1,070×. Ça ressemble à une décote. Mais son PER atteint 18,6× — le plus élevé après CFG. Payer 1,07 fois l'actif net d'une banque qui gagne 5,74 % coûte plus cher, en années de bénéfices, que payer 1,87 fois celui d'Attijariwafa. Un P/B bas n'est pas une décote : c'est un diagnostic de rentabilité.

⚠️ L'actif net de Crédit du Maroc est calculé après l'augmentation de capital de juillet 2026 — 745 285 actions nouvelles à 938 DH, au-dessus de l'actif net, donc relutive pour l'actionnaire qui n'a pas suivi.

Question 2 · La cherté rapportée à l'histoire

Une banque marocaine se paie historiquement 16 fois ses bénéfices

Un PER de 12× est-il bon marché ? La question n'a de sens que rapportée à ce que la même banque s'est payée par le passé. Chaque PER est reconstruit trimestre par trimestre, avec le cours moyen de la période et le résultat glissant connu à cette date.

CodePointsMoyenne MédianeRejets >35×Aujourd'huiÉcart
BOA2816,4×17,0×10,9×−35,8 %
BMCI1521,1×22,3×516,5×−26,0 %
BCP2316,1×15,3×11,6×−24,0 %
CIH2016,1×15,8×12,4×−21,4 %
CDM2814,6×15,4×12,2×−20,4 %
ATW2816,1×16,1×13,8×−13,9 %

Cinq banques sur six ont une médiane entre 15,3 et 17,0 fois. Une seule décroche.

C'est le résultat le plus solide de cette étude. Trois banques indépendantes — Attijariwafa, Banque Populaire, CIH — affichent une moyenne de 16,1× au dixième près, et sur Attijariwafa moyenne et médiane sont identiques sur vingt-huit points d'observation. Il existe donc une norme de valorisation du secteur bancaire marocain, et elle vaut environ 15.9×.

BMCI est la seule exception, et elle est double. Sa médiane de 22,3× la place 40 % au-dessus du secteur, et c'est après avoir écarté cinq points aberrants dont un à 307×. Le marché a toujours payé BMCI plus cher que ses bénéfices ne le justifient — un fait que nous retrouverons dans la dernière section.

Aujourd'hui, les six banques traitent sous leur médiane historique, de 14 à 36 %, soit une décote moyenne de 23.6 %. Deux lectures s'affrontent, et les données ne tranchent pas.

Lecture haussière

Les résultats ont fortement progressé depuis 2021 sans que les cours suivent au même rythme. Les multiples se compriment mécaniquement : le bénéfice croît plus vite que le prix.

Lecture prudente

Une décote peut refléter une anticipation — dégradation du coût du risque, pression sur les marges, ou tension sur les fonds propres réglementaires. Un multiple bas n'est pas toujours une occasion.

⚠️ CFG Bank est absente de ce tableau : elle ne publie ni premier ni troisième trimestre, ce qui rend le résultat glissant incalculable. Ses deux exercices exploitables ne permettent aucune médiane.

Question 3 · La trajectoire

Le choc de 2020 et ce qu'il a révélé

Aucune banque n'a traversé 2020 de la même façon. Trente-trois points séparent la plus touchée de la moins touchée — même marché, même année, même clientèle.

CodeRNPG 2019RNPG 2020 ChocReprise 2020→2025
CIH0,4260,081−81,0 %×13,4
BMCI0,6050,156−74,3 %×2,8
CDM0,5090,190−62,6 %×4,5
BOA1,9220,738−61,6 %×5,2
BCP2,9991,229−59,0 %×3,7
ATW5,8003,018−48,0 %×3,5
Trois précisions indispensables. Le recul de Bank of Africa contient un don Covid d'un milliard de dirhams : hors don, son résultat n'aurait cédé qu'environ 29 %. Le multiple par 13,4 de CIH part d'une base de 81 millions — un multiple sur une base effondrée n'est pas une performance, c'est un retour à la normale. Et Attijariwafa a passé un trimestre entier en perte au deuxième trimestre 2020, à −352 millions.
Question 4 · La capacité à générer des bénéfices

Grossir n'est pas créer de la valeur

Une banque qui double son résultat en doublant ses fonds propres n'a rien créé. Le test réel compare la croissance du bénéfice à celle du capital engagé, sur dix ans.

CodeRNPG 2015→2025 Fonds propres 2015→2025ÉcartVerdict
ATW+137 %+95 %+41 ptsCréation
BOA+95 %+87 %+8 ptsCréation
BMCI−13 %−12 %−1 ptDestruction
BCPsérie incomplète — capitaux propres 2015 absents
CIHsérie incomplète
CDMsérie incomplète
CFGsérie incomplète
Attijariwafa domine ce test, et de loin. Son résultat progresse de 137 % quand ses fonds propres n'augmentent que de 95 % — 42 points d'écart. Bank of Africa crée aussi de la valeur, cinq fois moins vite. BMCI, elle, rétrécit sans gagner en efficacité.

Le récit d'Attijariwafa en deux régimes

2015 → 2019

RNPG +29 % · fonds propres +31 %
Cinq ans à courir sans avancer. Le capital croît plus vite que ce qu'il rapporte.

RNPG +29 %FP +31 %

2020 → 2025

RNPG +253 % · fonds propres +48 %
Le résultat progresse cinq fois plus vite que le capital engagé.

RNPG +253 %FP +48 %

⚠️ Quatre séries sont incomplètes : les capitaux propres de 2015 manquent chez BCP, CDM, CFG et CIH. Le test ne tient que sur trois banques, et nous préférons le dire plutôt que de combler les trous.

Synthèse

Ce que le marché paie pour un point de rentabilité

P/B = 0,1865 × ROE − 0,5103  ·  R² = 0,75

Chaque point de rentabilité vaut environ 0,19 de P/B. Mais un R² de 0,75 signifie que 25 % de ce que paie le marché ne s'explique pas par la rentabilité. Les résidus disent quoi — à condition de les lire dans les deux unités.

CodeROEP/B observé P/B attenduÉcart relatifÉcart absolu
BOA11,99 %1,310×1,726×−24,1 %−0,416 pt
BCP12,18 %1,386×1,761×−21,3 %−0,375 pt
CIH11,15 %1,369×1,569×−12,8 %−0,200 pt
ATW13,23 %1,874×1,957×−4,2 %−0,083 pt
CDM9,70 %1,305×1,299×0,5 %0,006 pt
CFG17,73 %3,355×2,796×20,0 %0,559 pt
BMCI5,74 %1,070×0,560×91,0 %0,510 pt
Attention au piège d'échelle, et il retourne la lecture du tableau. BMCI affiche l'écart relatif le plus spectaculaire à +91 %. Mais en points de P/B, c'est CFG Bank qui est la plus éloignée de la droite : +0,559 point contre +0,510 pour BMCI. Le +91 % de BMCI ne vient pas de l'ampleur de son écart, il vient de la petitesse de son dénominateur — le modèle ne lui attribue que 0,560 fois ses fonds propres. Diviser un écart modeste par un chiffre minuscule produit un pourcentage énorme.
Et le modèle lui-même casse au bas de l'échelle. La droite prédit un P/B de 1,0 à partir de 8,10 % de rentabilité, et un P/B de zéro à 2,74 %. Or aucune banque ne vaut zéro fois ses fonds propres : elle possède des créances, des immeubles, des dépôts. La forme linéaire est inadaptée aux faibles rentabilités — précisément là où se situe BMCI. Son écart de +91 % mesure donc autant le défaut du modèle que le comportement du marché.
Ce qui reste vrai sur BMCI, malgré tout. Le marché paie 1,07 fois les fonds propres d'une banque qui n'en tire que 5,74 %, avec la médiane de PER la plus élevée du panel — 22,3× contre 16 pour le secteur. Deux méthodes indépendantes le disent : BMCI est payée pour autre chose que sa rentabilité. La signature d'un actionnaire international, la solidité d'un bilan sous-employé, ou une prime liée à un changement de contrôle possible. Nous posons la question sans y répondre.
Bank of Africa est la plus décotée en points comme en pourcentage — −0,416 point de P/B, soit −24 %, et −36 % sur son propre PER historique. Trois éléments l'expliquent en partie, et aucun n'apparaît dans un ratio : 30,8 % de son résultat consolidé revient aux minoritaires de ses filiales africaines ; son coût du risque absorbe 16,2 % de son produit net bancaire contre 10,7 % pour Crédit du Maroc ; et ses comptes annuels sont publiés depuis cinq exercices sous examen limité et non sous opinion d'audit.
Crédit du Maroc tombe pile sur la droite — +0,5 % et six millièmes de point de P/B. Le marché la valorise exactement à sa rentabilité, ni prime ni décote. C'est le seul titre du panel dans ce cas, et sur les deux unités de mesure.
Toutes les mesures côte à côte

Le tableau de bord des sept banques

CodeBanqueROEP/B PERPER médianÉcartPrix / pairsCoef. expl. Capi (Md)
ATWAttijariwafa13,23 %1,874×14,2×16,1×−13,9 %−4,2 %n. d.150,8
BCPBanque Populaire12,18 %1,386×11,4×15,3×−24,0 %−21,3 %n. d.51,2
BOABank of Africa11,99 %1,310×10,9×17,0×−35,8 %−24,1 %45,8 %41,7
CIHCIH Bank11,15 %1,369×12,3×15,8×−21,4 %−12,8 %n. d.13,4
CDMCrédit du Maroc9,70 %1,305×13,4×15,4×−20,4 %0,5 %46,3 %11,6
BMCIBMCI5,74 %1,070×18,6×22,3×−26,0 %91,0 %57,4 %8,1
CFGCFG Bank17,73 %3,355×18,9×n. d.n. d.20,0 %49,2 %7,0

« Prix / pairs » mesure l'écart entre le P/B observé et celui que la rentabilité justifierait selon la droite sectorielle. Négatif = payée moins cher que sa rentabilité ne le suggère. « Coef. expl. » est la part du revenu absorbée par les coûts : plus il est bas, mieux c'est.

Le classement, ou plutôt les classements

Sept dimensions, quatre gagnants différents

Nous ne publions pas de note globale, et ce n'est pas de la prudence : c'est que la note globale n'existe pas. Additionner une rentabilité et un multiple de valorisation revient à additionner une vitesse et une distance. Voici donc les rangs, dimension par dimension.

BanqueRentabilitéCroissanceEfficacitéPER basDécote / histoirePrix / pairsTaillePerf.Prix
ATW2556413,55,0
BCP3423223,52,3
BOA42111132,31,0
CIH5134343,03,3
CDM63245553,74,7
BMCI76462765,75,0
CFG137672,06,5

En or : premier de la dimension. En rouge : dernier. Les deux dernières colonnes sont le rang moyen sur la famille « performance » (rentabilité, croissance, efficacité) et sur la famille « prix » (PER, décote, position vs pairs).

Une mise en garde méthodologique que nous devons à l'honnêteté. Bank of Africa arrive première sur les trois mesures de prix. Ce n'est pas trois résultats indépendants : le PER et la position vis-à-vis des pairs corrèlent à 0,97. Ce sont deux angles sur le même fait. Compter trois victoires là où il n'y a qu'un phénomène gonflerait artificiellement son profil.

CFG Bank — la plus rentable, la plus chère

Première en rentabilité avec 17,7 %, dernière en PER avec 18,9× et dernière en taille. Le marché ne paie pas sa rentabilité d'aujourd'hui : il paie une trajectoire. C'est un profil de croissance, pas de banque installée.

CIH Bank — la plus forte reprise

Première en croissance avec un résultat multiplié par 13,4 depuis 2020. Mais elle partait de 81 millions : le multiple mesure la profondeur du trou autant que la vigueur du rebond.

Attijariwafa — la plus grosse, jamais bon marché

Première en taille avec 151 milliards, soit 53 % du panel. Dernière sur la décote historique : c'est la seule qui ne s'écarte que de 14 % de sa propre médiane. Le marché ne l'a jamais vraiment délaissée.

Et deux banques ne sont jamais premières ni dernières. Banque Populaire et Crédit du Maroc occupent des rangs intermédiaires sur les sept dimensions. Ce n'est pas une absence de résultat, c'est un résultat : ce sont les deux profils les plus équilibrés du panel, sans pari ni anomalie.
BMCI est dernière sur quatre dimensions — rentabilité, croissance, efficacité et prix rapporté aux pairs. Son coefficient d'exploitation de 57,4 % signifie qu'elle dépense 57 centimes pour produire un dirham de revenu, contre 46 pour Crédit du Maroc. Et pourtant le marché la paie 91 % au-dessus de ce que sa rentabilité justifierait. C'est l'écart le plus difficile à expliquer de toute cette étude — mais voir la mise en garde d'échelle en synthèse : en points de P/B, CFG est en réalité plus éloignée de la droite.
Lecture bancaire par bancaire

Sept profils, sept histoires

Les chiffres ne se lisent pas seuls. Voici ce que chaque série raconte, et la question que chacune laisse ouverte.

Attijariwafa Bank 151 Md · 53 % du panel

La plus grosse, et celle dont le récit a le plus changé. Son rendement publié de 22,8 % n'est pas reconstituable : recalculé, il vaut 13,9 %. Mais la trajectoire recalculée est plus intéressante que le chiffre publié — 9,0 % en 2021, 13,9 % en 2025, le seul redressement de cette ampleur du secteur.

Elle domine le test de création de valeur : résultat +137 % sur dix ans pour +95 % de fonds propres. Et ce chiffre global cache une rupture : cinq ans de stagnation jusqu'en 2019, puis un décollage post-Covid où le bénéfice progresse cinq fois plus vite que le capital engagé.

La question ouverte. Sa décote de 14 % sur sa propre médiane est la plus faible du panel. Le marché ne l'a jamais délaissée — mais il ne lui accorde pas non plus de prime, alors qu'elle est la seule à créer de la valeur à ce rythme.

Bank of Africa 42 Md · la plus décotée

PER de 10,9× — le plus bas du panel — et 36 % sous sa propre médiane historique de 17,0×. Sur toutes les mesures de prix, elle est première.

Trois éléments l'expliquent, et aucun n'apparaît dans un ratio. 30,8 % de son résultat consolidé revient aux minoritaires de ses filiales africaines — la moitié de ses profits est produite hors du Maroc, dans des banques qu'elle ne détient pas entièrement. Son coût du risque absorbe 16,2 % de son produit net bancaire, contre 10,7 % pour Crédit du Maroc. Et ses comptes annuels sont publiés depuis cinq exercices sous examen limité, les commissaires aux comptes écrivant qu'ils n'expriment pas d'opinion d'audit.

La question ouverte. Cette décote est-elle une correction justifiée du risque africain et de l'opacité comptable, ou une sur-réaction ? Les chiffres ne le disent pas.

BMCI 8 Md · l'anomalie du panel

Dernière sur quatre dimensions : rentabilité (5,74 %), croissance, efficacité (57,4 % de coefficient d'exploitation) et position vis-à-vis des pairs. Son résultat a reculé de 13 % en dix ans pendant que ses fonds propres reculaient de 12 % : elle rétrécit sans gagner en efficacité.

Et pourtant le marché la paie 91 % au-dessus de ce que sa rentabilité justifierait, avec la médiane de PER la plus élevée du panel — 22,3× contre 16 pour le secteur. Deux méthodes indépendantes disent la même chose. ⚠️ En points de P/B toutefois, son écart (+0,510) est légèrement inférieur à celui de CFG (+0,559) : le +91 % doit beaucoup à la petitesse du dénominateur.

La question ouverte. Que paie le marché ? La signature d'un actionnaire international, la solidité d'un bilan sous-employé, ou une prime liée à un changement de contrôle possible. Aucun chiffre de cette étude ne tranche.

CIH Bank 13 Md · le rebond le plus fort

Résultat multiplié par 13,4 depuis 2020, premier du panel. Mais elle avait chuté de 81 % cette année-là, la plus forte baisse du secteur : le multiple mesure la profondeur du trou autant que la vigueur du rebond.

Son PER médian de 15,8× la place exactement dans la norme sectorielle, et elle traite aujourd'hui 21 % en dessous.

La question ouverte. Quatre augmentations de capital en quatre ans ont porté son nombre d'actions de 28,3 à 38,6 millions, soit +36 % de dilution. La croissance du résultat est réelle ; la croissance du résultat par action l'est nettement moins.

Crédit du Maroc 12 Md · le prix juste

Le seul titre du panel qui tombe pile sur la droite sectorielle, à +0,5 %. Le marché le valorise exactement à sa rentabilité — ni prime, ni décote, ni anomalie.

Sa trajectoire est la plus lisible : coût du risque divisé par douze entre 2015 et 2021, résultat multiplié par dix sur la même période. Son augmentation de capital de juillet 2026 a été réalisée à 938 DH, au-dessus de son actif net — donc relutive pour l'actionnaire qui n'a pas suivi, ce qui est rare.

La question ouverte. Le creux de 2022, où le résultat recule de 627 à 404 millions pendant que le revenu progresse, coïncide avec le changement de contrôle. Corrélation établie, causalité non démontrée.

Banque Populaire 51 Md · le profil médian

Jamais première, jamais dernière, sur aucune des sept dimensions. C'est le profil le plus équilibré du panel — et son PER de 11,4× est le deuxième plus bas.

Mais sa trajectoire décroche de la première : +79 % de résultat en dix ans contre +137 % pour Attijariwafa, en partant de plus bas.

La question ouverte, et elle est comptable. Ses capitaux propres reculent en 2025 — de 37,044 à 36,975 milliards — alors qu'elle gagne 4,5 milliards et n'en distribue que 2,1. Il manque environ 2,4 milliards que nos données n'expliquent pas.

CFG Bank 7 Md · le pari

La plus rentable du panel avec 17,7 %, et la plus chère : 3,355 fois son actif net, deux fois la moyenne du secteur. Le marché ne paie pas ce qu'elle gagne, il paie ce qu'il anticipe.

Elle était déficitaire de 2016 à 2020. Son redressement est réel, mais court.

La question ouverte. Elle ne publie ni premier ni troisième trimestre, ce qui rend tout historique de valorisation incalculable. Avec deux exercices exploitables, aucune médiane n'a de sens. C'est le titre sur lequel nous en savons le moins.
Limites

Ce que cette étude ne compare pas

L'efficacité opérationnelle

Le coefficient d'exploitation n'est calculable que sur quatre banques : Crédit du Maroc, Bank of Africa, BMCI et CFG. Attijariwafa, BCP et CIH n'ont pas de résultat brut d'exploitation exploitable dans notre base.

Le coût du risque

Fiable sur Bank of Africa, Crédit du Maroc, BCP et CIH. Absent sur BMCI et CFG.

Les ratios prudentiels

Bank of Africa ne publie ni ratio de solvabilité ni Tier 1 depuis 2021. C'est pourtant le paramètre qui borne la capacité de distribution et annonce les augmentations de capital.

Les séries de cours anciennes

Seule celle de Bank of Africa a été vérifiée opération par opération — un rétro-ajustement manquant y a été corrigé. Sur les six autres, un ajustement incomplet reste possible et fausserait les PER les plus anciens de quelques pourcents.

Méthode et avertissement. Tous les ratios sont recalculés depuis les comptes consolidés publiés par les émetteurs, jamais repris d'un agrégateur. Le PER historique est construit sur le résultat glissant douze mois recomposé à chaque publication trimestrielle, et sur le cours moyen de chaque fenêtre de publication — soit environ 250 séances par an et non une seule clôture annuelle. Les exercices 2020 et 2021 sont exclus, ainsi que les multiples supérieurs à 35×. Le rendement des fonds propres est calculé sur la moyenne de deux clôtures publiées ; aucun ratio n'est produit lorsqu'une borne manque ou n'est publiée qu'arrondie au milliard. Les cellules vides signalent une donnée absente, jamais une valeur reconstruite. Cet article est une analyse pédagogique : il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente, ni un objectif de cours. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Cours au 13 août 2026, comptes de l'exercice 2025. Capitalisations recoupées avec la Bourse de Casablanca : notre calcul donne 150,81 Md pour Attijariwafa contre 150,56 publiés, et 8,10 Md pour BMCI contre 8,26 — écarts de 0,2 % et 1,9 %. marocboursier.com