La communication financière de Disway au titre du deuxième trimestre 2026 annonce une « solide performance » : chiffre d’affaires consolidé de 591 millions de dirhams sur le trimestre (+9,5%) et de 1 089 millions sur le semestre (+14,4%). Le distributeur de technologies confirme sa trajectoire de croissance.
Le troisième point de la même liste dit autre chose, en une ligne et sans commentaire : Disway Maroc réalise un chiffre d’affaires de 750 millions de dirhams, en retrait de 7%. Autrement dit, le marché historique du groupe — celui où il revendique son leadership — recule, pendant que le consolidé progresse de 14,4%. Cet article mesure l’écart entre ces deux mouvements, examine la dégradation du mix produit qu’il recouvre, et remet le tout dans le contexte de la pénurie mondiale de mémoire que le groupe cite lui-même — laquelle soulève une question que les indicateurs publiés ne permettent pas de trancher. Sans recommandation ni objectif de cours.
Le document publie le trimestre et le cumul semestriel. Par différence, on obtient le premier trimestre — que le communiqué ne présente pas isolément.
| Période | 2026 | 2025 | Variation | Source |
|---|---|---|---|---|
| T1 (reconstitué par différence) | 498 | 412 | +20,9% | calcul |
| T2 | 591 | 540 | +9,4% | publié (+9,5%) |
| S1 | 1 089 | 952 | +14,4% | publié |
Le rythme est divisé par plus de deux entre les deux trimestres : +20,9% au premier, +9,5% au second, soit une décélération de 11,4 points. La croissance semestrielle de 14,4% est la moyenne de deux trimestres très différents.
Un rythme de +9,5% reste une progression honorable en valeur absolue. Le point n’est pas que le trimestre serait mauvais — c’est qu’il marque un net ralentissement par rapport au début d’année, et que la mise en avant du chiffre semestriel le masque. La section suivante en donne l’explication.
Le communiqué livre une information suffisante pour reconstituer la géographie du chiffre d’affaires. Le résultat est le fait le plus important de la publication, et il est mentionné en troisième point, sans développement.
Sur le semestre, Disway Maroc réalise 750 millions de dirhams, en retrait de 7%. Cela implique un chiffre d’affaires marocain de l’ordre de 806 millions au premier semestre 2025. Le reste du périmètre — filiales et activités hors du Maroc — se déduit par soustraction.
| S1 2026 | S1 2025 | Variation | Contribution | |
|---|---|---|---|---|
| Disway Maroc | 750 | ~806 | −7% | −56 MDH |
| Hors Disway Maroc | 339 | ~146 | +133% | +193 MDH |
| Consolidé | 1 089 | 952 | +14,4% | +137 MDH |
Le chiffre d’affaires marocain 2025 et le périmètre hors Maroc sont reconstitués par calcul à partir du consolidé publié et de la variation de −7% communiquée. Le communiqué ne publie ni le montant marocain de 2025, ni la ventilation du périmètre hors Maroc.
L’image qui en ressort est nette. Le marché marocain a détruit 56 millions de chiffre d’affaires sur le semestre. Les activités hors Maroc en ont ajouté 193. Autrement dit, la totalité de la croissance du groupe vient de l’international, qui non seulement porte l’ensemble mais compense en plus le recul domestique.
Deux lectures coexistent, et il faut les poser toutes les deux. La positive : la stratégie d’expansion régionale revendiquée — le communiqué évoque un renforcement progressif de la présence en Afrique de l’Ouest — fonctionne, et bien au-delà de ce qu’une simple diversification laisserait attendre. Un périmètre qui plus que double en un an, c’est une exécution réussie. La vigilante : le marché domestique, celui où le groupe est installé de longue date et revendique son leadership, se contracte.
La croissance de +133% du périmètre hors Maroc porte sur une base de départ faible (environ 146 millions) et peut recouvrir des réalités très différentes : une croissance organique des filiales existantes, l’entrée de nouvelles entités dans le périmètre de consolidation, ou une combinaison des deux. Le communiqué ne précise aucune évolution de périmètre, ni ne ventile ce montant par pays ou par filiale.
Nous constatons donc un mouvement, sans en attribuer la cause. C’est aux états financiers semestriels, avec leur information sectorielle, qu’il faudra se reporter pour savoir si l’international croît par ses propres forces ou par élargissement du périmètre — deux situations qui n’ont pas la même valeur.
La ventilation par segment produit, publiée pour le seul deuxième trimestre, montre deux dynamiques opposées au sein de la même activité.
| Segment | T2 2026 | T2 2025 | Variation | Poids 2025 → 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Volume | 451 | 388 | +16,3% | 71,9% → 76,3% |
| Value | 118 | 127 | −7,4% | 23,5% → 20,0% |
| Autre | 22 | 25 | −12,0% | 4,6% → 3,7% |
| Total | 591 | 540 | +9,5% | — |
Le segment Volume (postes fixes et portables, impression, imagerie) gagne 4,5 points de poids dans le trimestre ; le segment Value en perd 3,6. La croissance d’ensemble tient entièrement au premier.
Cette distinction n’est pas cosmétique, et elle porte un enjeu de rentabilité. Dans la distribution informatique, le segment Volume correspond à du matériel de grande diffusion, vendu en quantité avec des marges unitaires structurellement fines. Le segment Value recouvre les projets à plus forte valeur ajoutée — infrastructures, solutions intégrées, appels d’offres — où la marge est généralement supérieure.
Un mix qui se déplace du second vers le premier améliore le chiffre d’affaires et dégrade, toutes choses égales par ailleurs, la marge moyenne. C’est un élément que des indicateurs d’activité ne permettent pas de quantifier, mais qu’il faut avoir en tête en lisant le +9,5%.
Le communiqué donne lui-même la cause du recul du segment Value, et elle est précieuse : le report ou l’annulation de certains projets et appels d’offres, en raison des importantes hausses de prix sur le matériel. Ce n’est donc pas une perte de parts de marché ni un problème commercial — c’est un effet direct d’un choc de prix extérieur. Ce qui conduit à la section suivante.
Les perspectives du communiqué mentionnent « une hausse significative des prix de la mémoire ». Cette formule discrète renvoie à l’un des phénomènes les plus violents qu’ait connus l’industrie informatique depuis des années, et il explique une grande partie de ce qui précède.
Le marché mondial de la mémoire traverse une pénurie prolongée. L’origine en est connue : la demande des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle a détourné les capacités de production des fabricants vers la mémoire à haute bande passante, nettement plus rentable, au détriment de la mémoire vive classique et de la mémoire flash qui équipent les ordinateurs. Les prix contractuels de la DRAM ont été multipliés par plus de quatre en l’espace de neuf mois selon les données de la chaîne d’approvisionnement, et les principaux fabricants n’anticipent pas de normalisation avant 2028.
Les conséquences en aval sont directes. Les grands constructeurs ont annoncé des hausses de prix de l’ordre de 15 à 20%, et le cabinet IDC anticipe pour 2026 un marché mondial des ordinateurs en recul, dans une fourchette de 2,4% à 8,9% en unités, avec un prix moyen en hausse d’environ 9%.
Voici le point central. Le segment Volume de Disway progresse de 16,3% en valeur, dans un marché mondial dont les unités sont attendues en recul et dont les prix montent de 15 à 20%. Deux interprétations très différentes sont possibles, et le communiqué ne permet pas de choisir :
La réalité se situe vraisemblablement entre les deux. Mais seul un indicateur de volumes en unités permettrait de trancher, et il n’est pas publié. Nous posons la question ; nous n’y répondons pas.
Ce même choc de prix éclaire l’ensemble de la publication de manière cohérente. Il gonfle mécaniquement le chiffre d’affaires du segment Volume. Il détruit le segment Value, en poussant les clients à reporter des projets devenus trop coûteux — ce que le communiqué dit explicitement. Et il pourrait expliquer une partie de la décélération entre le premier et le deuxième trimestre, si les reports de projets se sont concentrés sur la période récente.
Un point rarement souligné mérite d’être posé, car il déterminera les comptes semestriels. Dans une période de hausse rapide des prix, un distributeur qui détient du stock acheté avant la hausse voit ses marges s’élargir mécaniquement à la revente. À l’inverse, celui qui doit se réapprovisionner aux nouveaux prix sans pouvoir les répercuter intégralement voit ses marges se comprimer.
Le résultat dépend donc de la politique de stock et du pouvoir de négociation de l’entreprise — deux éléments qu’aucun indicateur d’activité ne révèle. C’est précisément pour cela que la publication des états financiers semestriels sera, dans ce dossier, plus instructive que d’habitude.
Premièrement, la trajectoire du marché marocain : le recul de 7% se poursuit-il, se stabilise-t-il, ou s’agit-il d’un creux lié aux reports de projets ? Deuxièmement, la ventilation du périmètre hors Maroc, pour distinguer croissance organique et effet de périmètre. Troisièmement, l’évolution du segment Value : les projets reportés reviendront-ils, ou sont-ils perdus ? Quatrièmement, et surtout, les marges aux comptes semestriels, seul moyen de savoir de quel côté la pénurie a joué.
Un mot pour finir. Le groupe décrit lui-même un environnement marqué par la persistance des tensions géopolitiques et la hausse des prix de la mémoire, et y voit une démonstration de la résilience de son modèle. C’est défendable : croître de 14,4% dans un marché mondial en repli en unités n’est pas un résultat banal, et la montée en puissance de l’international est réelle. Notre propos est plus étroit — rappeler que derrière ce +14,4% se cachent un marché domestique en recul, un mix qui se déplace vers le moins rentable, et une croissance dont on ignore la part qui relève du prix plutôt que du volume.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur la communication financière officielle de l’émetteur, sur des données de marché sectorielles publiques et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Le premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires marocain 2025 et le périmètre hors Maroc sont reconstitués par calcul à partir des données publiées ; ces reconstitutions sont arithmétiquement cohérentes mais ne se substituent pas à une ventilation officielle, que le communiqué ne fournit pas. En particulier, la part respective de la croissance organique et d’un éventuel effet de périmètre n’est pas établie. La question relative à la part de l’effet prix dans la croissance du segment Volume est posée comme une hypothèse non tranchée, faute d’indicateur de volumes en unités. Les indicateurs d’activité ne comportent aucune donnée de rentabilité : aucune conclusion sur les marges ou le résultat ne peut en être tirée. Aucun objectif de cours n’est formulé. Toute personne concernée est invitée à consulter les documents officiels de la société et à se rapprocher de son teneur de compte ou d’un conseil habilité. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.