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Télécoms · Résultats semestriels · 22 juillet 2026

Maroc Telecom publie un résultat net part du groupe en baisse de 39,7% au premier semestre 2026 : pourquoi ce chiffre est trompeur, ce que l’effet de base Wana Corporate masque réellement — et ce que la performance sous-jacente (+8,1%) dit de la trajectoire

S1 2026 · au 30 juin CA groupe +5,4% Marge EBITDA 50,2% RNPG publié −39,7% RNPG sous-jacent +8,1% FTTH +30%

C’est le genre de publication qui se lit à deux vitesses. En haut du compte de résultat, Maroc Telecom affiche un premier semestre 2026 solide : chiffre d’affaires en hausse de 5,4%, EBITDA en progression de 5,1%, marge maintenue à un niveau élevé de 50,2%. En bas, le résultat net part du groupe recule de 39,7%, à 2,5 milliards de dirhams. Pris isolément, ce dernier chiffre a de quoi inquiéter. Il ne faut surtout pas s’y arrêter.

Cet article fait trois choses. Il explique d’abord d’où vient l’illusion : un effet de base lié à une recette exceptionnelle enregistrée un an plus tôt, dans le cadre de l’accord avec Wana Corporate. Il montre ensuite ce qui tire réellement la croissance : les filiales Moov Africa et la Data marocaine. Il regarde enfin la contrepartie de cette croissance — l’investissement, la génération de trésorerie et le bilan. Le tout à partir des seuls documents officiels, sans recommandation ni objectif de cours.

I · La photo publiée, et le piège de la première lecture

Chiffre d’affaires S1
19 009
+5,4% · MMAD
EBITDA S1 (marge 50,2%)
9 543
+5,1% · MMAD
Résultat net part du groupe
2 482
−39,7% · MMAD
Cash-flow opérationnel
4 605
+3,9% · MMAD

Commençons par ce qui n’est pas discutable. Au terme du premier semestre 2026, le chiffre d’affaires consolidé du groupe ressort à 19 009 millions de dirhams, en hausse de 5,4% (+4,2% à périmètre et change constants). L’EBITDA progresse de 5,1% à 9 543 MMAD, pour une marge quasi stable et toujours élevée de 50,2%. Le cash-flow opérationnel augmente de 3,9%. Autrement dit : l’activité croît, la rentabilité opérationnelle tient, la machine à cash tourne.

Et pourtant, deux lignes plus bas, la lecture bascule. Le résultat d’exploitation après amortissements des incorporels (EBITA) recule de 27,3% sur le semestre, et le résultat net part du groupe de 39,7%, à 2 482 MMAD. Comment un groupe dont le chiffre d’affaires et l’EBITDA montent peut-il voir son résultat net fondre de près de 40% ? La réponse ne se trouve pas dans l’exploitation de 2026. Elle se trouve dans les comptes de 2025.

II · L’effet de base Wana Corporate : d’où vient l’illusion

La clé de tout le dossier tient en une note de bas de tableau, que beaucoup survoleront. Le premier semestre 2025 avait enregistré une recette exceptionnelle, dans le cadre de l’accord conclu avec Wana Corporate. Cette recette a gonflé la base de comparaison. Mécaniquement, même à performance opérationnelle en hausse, le résultat 2026 paraît reculer par rapport à un 2025 dopé par un élément non récurrent.

La société livre elle-même la lecture corrigée, et elle change tout :

Indicateur (S1)Lecture publiéeHors recette exceptionnelle 2025
EBITA−27,3%+6,8%
Résultat net part du groupe−39,7%+8,1%

Une fois neutralisé l’exceptionnel de 2025, le tableau s’inverse : l’EBITA ressort en hausse de 6,8% et le résultat net part du groupe en hausse de 8,1%. Ce n’est pas une entreprise qui se contracte, c’est une entreprise qui progresse — l’optique de la baisse vient entièrement de la qualité du point de comparaison, pas de la performance de l’année en cours.

Ce qu’était cette recette exceptionnelle

L’accord avec Wana Corporate renvoie au vaste chantier de mutualisation des infrastructures entre opérateurs. Sa traduction comptable est visible dans le périmètre de consolidation du groupe : deux coentreprises, UNI FIBER et UNI TOWER, y figurent désormais à hauteur de 50%, consolidées par mise en équivalence. La constitution de ces véhicules communs — fibre mutualisée d’un côté, tours mobiles de l’autre — a généré en 2025 un produit ponctuel qui n’avait pas vocation à se reproduire en 2026. C’est cet « one-off » qui crée aujourd’hui l’effet de base.

Reste une question légitime : 2,5 milliards de résultat net semestriel, est-ce un bon ou un mauvais niveau dans l’absolu ? La série longue aide à trancher. Sur la dernière décennie, le résultat net part du groupe du premier semestre s’est établi en moyenne autour de 2,3 milliards de dirhams (calcul MarocBoursier Research sur les résultats publiés 2016-2025). Les 2 482 MMAD de 2026 se situent donc légèrement au-dessus de cette moyenne — et très au-dessus des points bas traversés récemment.

Le résultat net semestriel de Maroc Telecom, en montagnes russes

La normalisation de 2026 se comprend mieux au regard des années qui précèdent, marquées par des à-coups exceptionnels dans les deux sens :

  • S1 2022 : 0,4 Md DH — exercice pénalisé par le contentieux concurrentiel.
  • S1 2024 : −1,1 Md DH — un résultat semestriel négatif, sous le poids des provisions.
  • S1 2025 : 4,1 Mds DH — rebond amplifié par la recette exceptionnelle Wana.
  • S1 2026 : 2,5 Mds DH — retour à un niveau normalisé, cohérent avec la moyenne de long terme.

Lu ainsi, 2026 n’est pas un décrochage : c’est la sortie d’une séquence d’exceptionnels, vers un résultat de nouveau lisible.

Un repère par action illustre le même effet d’optique : le résultat net par action ressort à 2,82 DH, contre 4,68 DH un an plus tôt — là encore, l’écart reflète la base 2025, non une dégradation de la capacité bénéficiaire courante.

III · Ce qui tire vraiment la croissance : Moov Africa et la Data marocaine

Derrière la hausse de 5,4% du chiffre d’affaires, deux moteurs bien identifiés. Le premier est continental : les filiales Moov Africa. Le second est domestique et technologique : la Data au Maroc.

Chiffre d’affaires S1 2026Montant (MMAD)Variation
Groupe19 009+5,4%
Maroc9 405+2,2%
Filiales Moov Africa10 147+7,5%

Le fait structurel saute aux yeux : les filiales Moov Africa pèsent désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires du groupe (10 147 MMAD contre 9 405 pour le Maroc), et elles croissent trois fois plus vite (+7,5% contre +2,2%). Côté rentabilité, la dynamique est la même : l’EBITDA des filiales progresse de +8,7% (à 4 375 MMAD), contre +2,2% au Maroc. Le relais de croissance africain, déployé sur onze pays, n’est plus un complément : c’est le principal moteur.

Au Maroc, la lecture est plus fine. Le marché est mature, et cela se voit sur les volumes : le parc mobile recule de 2,2%. Mais le chiffre d’affaires domestique progresse quand même, porté par la monétisation de la Data : Data Mobile +20%, Data Fixe +12%, et surtout un parc FTTH (fibre) en hausse de 30%. C’est le passage classique d’un opérateur mature : moins d’abonnés en nombre, davantage de valeur par usage.

Indicateurs opérationnels au 30 juin 2026

  • Mobile Maroc : 18,5 millions de clients (−2,2%) — effet marché mature.
  • Mobile Moov Africa : 54,9 millions (+5,0%) — le gros du parc du groupe.
  • Internet Maroc : 12,97 millions (+4,5%) — tiré par le Haut et Très Haut Débit.
  • Internet Moov Africa : 0,36 million (+13,0%) — forte croissance relative.
  • Fixe Maroc : 1,63 million (+0,9%) — stable.

Au total, le groupe adresse un parc mobile de l’ordre de 73 millions de clients, très majoritairement porté par l’Afrique.

IV · Investissement, cash et bilan : la contrepartie de la croissance

Une croissance de cette nature a un coût : l’investissement. Le groupe l’assume ouvertement, en le présentant comme « soutenu ».

CAPEX / CA (hors licences)
17,6%
+1,9 pt
CAPEX Maroc
+28,9%
à 2 012 MMAD
Cash-flow opérationnel
+3,9%
à 4 605 MMAD
Dette nette / EBITDA
0,9x
stable

L’effort d’investissement représente 17,6% du chiffre d’affaires au premier semestre (contre 15,7% un an plus tôt), avec une forte accentuation au Maroc (CAPEX +28,9%), cohérente avec la poussée du Très Haut Débit (fibre) — le parc FTTH progresse de 30%. Malgré cet effort, le cash-flow opérationnel augmente de 3,9%, signe que la génération de trésorerie absorbe l’investissement. La structure financière reste, elle, sous contrôle : le ratio dette nette / EBITDA se maintient à 0,9x, un niveau confortable pour un opérateur télécom.

Un détail de bilan qui raconte la stratégie : le Maroc se désendette, l’Afrique investit

La dette nette du groupe s’établit à environ 18,2 milliards de dirhams. Mais sa répartition est instructive : au Maroc, l’endettement net recule fortement (de l’ordre de −24%, à ~6,7 Mds DH), tandis qu’il progresse du côté des filiales Moov Africa (à ~12,0 Mds DH). Lecture : la maison mère marocaine, très cash-génératrice, se désendette ; les filiales, en phase d’expansion, mobilisent de la dette pour financer leur développement. Le levier consolidé reste néanmoins stable à 0,9x.

Les perspectives 2026 confirmées

Le groupe maintient ses perspectives pour l’année 2026, à périmètre et change constants : croissance du chiffre d’affaires et de l’EBITDA, et un CAPEX hors fréquences et licences d’environ 25% des revenus. La direction assortit toutefois ce cap d’une réserve explicite : un contexte marqué par les tensions géopolitiques, qui pèsent sur la volatilité des coûts et l’approvisionnement énergétique sur certains marchés africains. C’est le principal facteur d’incertitude à garder en tête pour le second semestre.

Au total, le premier semestre 2026 de Maroc Telecom est un cas d’école de lecture financière : un titre de résultat net en fort recul, une réalité opérationnelle en progression. L’investisseur avisé retiendra les deux moteurs (Afrique et Data), le maintien de la rentabilité et de la discipline financière, et la nécessité de neutraliser l’exceptionnel avant de comparer. Nous exposons ces faits ; nous ne formulons ni recommandation, ni objectif de cours.

À retenir

  • Au premier semestre 2026, Maroc Telecom affiche un chiffre d’affaires de 19 009 MMAD (+5,4%), un EBITDA de 9 543 MMAD (+5,1%) pour une marge de 50,2%, et un cash-flow opérationnel en hausse de 3,9%.
  • Le résultat net part du groupe recule de 39,7%, à 2 482 MMAD — mais ce chiffre est trompeur : il résulte d’un effet de base, le S1 2025 ayant enregistré une recette exceptionnelle liée à l’accord Wana Corporate (coentreprises UNI FIBER et UNI TOWER, désormais à 50% en mise en équivalence).
  • Hors cet exceptionnel, la performance sous-jacente progresse : EBITA +6,8% et RNPG +8,1%. En série longue, les 2,5 Mds DH de 2026 se situent légèrement au-dessus de la moyenne semestrielle de la décennie (~2,3 Mds DH), et loin des points bas de 2022 (0,4 Md) et 2024 (−1,1 Md).
  • Deux moteurs tirent la croissance : les filiales Moov Africa (CA +7,5%, EBITDA +8,7%, désormais >50% du CA groupe) et la Data marocaine (Data Mobile +20%, Data Fixe +12%, parc FTTH +30%), qui compense un parc mobile Maroc en repli de 2,2%.
  • Investissement soutenu : CAPEX à 17,6% du CA (Maroc +28,9%, sur la fibre), CFFO néanmoins en hausse, et structure financière maîtrisée avec un ratio dette nette / EBITDA de 0,9x. Le Maroc se désendette (~−24%) pendant que les filiales africaines mobilisent de la dette pour croître.
  • Perspectives 2026 maintenues (à périmètre et change constants) : croissance du CA et de l’EBITDA, CAPEX hors licences d’environ 25% des revenus — sous réserve d’un contexte géopolitique qui pèse sur les coûts et l’énergie dans certains marchés.

Sources

  • Maroc Telecom (Itissalat Al-Maghrib — IAM) · communiqué de presse relatif aux résultats consolidés au 30 juin 2026 : indicateurs financiers et opérationnels, marges, CAPEX, cash-flow, dette nette et perspectives 2026.
  • Maroc Telecom · comptes consolidés et comptes sociaux au 30 juin 2026 (état de la situation financière, état de résultat global, tableau des flux de trésorerie, pourcentages d’intérêt et de contrôle — dont UNI FIBER et UNI TOWER à 50% par mise en équivalence).
  • Attestations d’examen limité des commissaires aux comptes (Deloitte Audit et BDO), sur les comptes consolidés et sociaux au 30 juin 2026.
  • Maroc Telecom · rapport financier semestriel et communications financières publiés sur iam.ma (espace communication financière).
  • Série longue des résultats publiés par le groupe (chiffre d’affaires et résultat net part du groupe, 2006-2026) pour la mise en perspective historique.
  • Calculs MarocBoursier Research (moyenne semestrielle décennale du résultat net part du groupe, répartition de la dette nette) à partir des données publiées.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’acheter, de conserver ou de vendre. Il repose sur les communications financières officielles de l’émetteur (communiqué et comptes au 30 juin 2026), sur les attestations des commissaires aux comptes, et sur des calculs explicitement signalés comme tels. Les variations dites « hors exceptionnel » ou « sous-jacentes » reprennent les retraitements communiqués par la société. Aucun objectif de cours n’est formulé. Toute personne concernée est invitée à consulter les documents officiels de la société et à se rapprocher de son teneur de compte ou d’un conseil habilité. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital.