Dans son Point de conjoncture N°50 (juillet 2026), le Haut-Commissariat au Plan (HCP) livre un diagnostic clair : l’économie marocaine devrait gagner en dynamisme au troisième trimestre 2026, avec une croissance du PIB estimée à 5,4%, après une progression moyenne de 4,7% au premier semestre. Une accélération d’autant plus notable qu’elle intervient dans un environnement international que la note qualifie de particulièrement contraignant.
Le message central tient en une opposition : d’un côté, un choc externe — tensions géopolitiques, renchérissement de l’énergie, blocage du détroit d’Ormuz — qui pèse sur le commerce et les prix ; de l’autre, des moteurs internes solides — agriculture, consommation des ménages, investissement public — qui portent la croissance. C’est cette résilience domestique qui permet au Maroc d’accélérer à contre-courant. Décryptage des chiffres du HCP, et de ce qu’ils suggèrent pour l’investisseur de la cote casablancaise.
La note du HCP décrit un élargissement progressif des moteurs de croissance. Après un premier semestre mené principalement par le redressement de l’activité agricole et la vigueur des services, le troisième trimestre bénéficierait aussi du redressement des filières secondaires. La demande intérieure resterait le principal levier, portée par la progression de la consommation des ménages et la reprise de l’investissement.
Les chiffres le confirment. Au deuxième trimestre, la demande intérieure a progressé de 6,1% ; au troisième, elle contribuerait pour +7,5 points à la croissance. La consommation des ménages afficherait +4,9% et l’investissement (formation brute de capital) +11,1%, tiré par le renforcement des chantiers d’infrastructure publics. Côté offre, l’agriculture reste la vedette : après une valeur ajoutée agricole en hausse de 20,5% au deuxième trimestre, la dynamique se poursuivrait à +19,9% au troisième, portée par une saison agricole exceptionnelle.
Si la demande intérieure tire la croissance, la demande extérieure nette la freine. Les importations progressent plus vite que les exportations, sous l’effet de la facture énergétique : au deuxième trimestre, le déficit commercial des biens s’est creusé de 17,2%, et le taux de couverture est revenu à 55,8% (−1,7 point sur un an). L’énergie a à elle seule contribué pour +6,4 points à la hausse des importations en valeur — alors même que les volumes importés ont baissé. C’est toute la mécanique du choc pétrolier : on paie plus cher, pour moins.
C’est le point le plus sensible de la note, et le plus lié à l’actualité brûlante des marchés. Après une légère baisse de 0,1% au premier trimestre, l’inflation est repartie à la hausse au deuxième trimestre, à +1,1%, principalement sous l’effet du regain des prix énergétiques (contribution de +0,8 point, contre −0,1 point auparavant). Pour le troisième trimestre, le HCP retient un scénario central d’inflation autour de 1,2%.
Mais ce chiffre repose sur une hypothèse explicite, que la note prend soin de mentionner : une stabilisation du cours international du Brent à 85 dollars le baril. Or c’est précisément le niveau autour duquel le baril évolue aujourd’hui, après la reprise des hostilités — et rien ne garantit qu’il s’y stabilise. La prévision d’inflation du HCP est donc conditionnelle : elle tient tant que le pétrole ne dérape pas au-delà.
La note identifie d’ailleurs clairement l’origine du risque. Sa balance des risques est jugée « légèrement orientée à la baisse », principalement en raison des incertitudes entourant les tensions géopolitiques et leurs répercussions sur les prix de l’énergie, le commerce international et les coûts de production. En clair : le scénario de croissance est solide, mais son principal facteur de vulnérabilité est externe et énergétique — exactement le canal que nous suivons depuis la reprise du conflit.
Rassurant en revanche, l’inflation sous-jacente (hors énergie, produits frais et tarifs publics) demeure très contenue, autour de −0,2% au deuxième trimestre. La pression vient donc bien de l’énergie et de certains produits alimentaires (viandes rouges), non d’un emballement généralisé des prix.
Au-delà du chiffre global, la note du HCP dresse une cartographie sectorielle précieuse pour lire la cote casablancaise — car derrière chaque secteur se cachent des valeurs cotées.
| Secteur | Tendance (T2/T3 2026) | Lecture |
|---|---|---|
| Agriculture | VA +20,5% (T2) → +19,9% (T3) | Saison exceptionnelle, moteur n°1 |
| Hôtellerie / restauration | VA +8,3% (T2) | Tourisme dynamique, arrivées +7% |
| Construction / BTP | +2,1% (T2) → +3,4% (T3) | Ciment +8%, chantiers publics |
| Industrie manufacturière | +0,3% (T2) → +1,8% (T3) | Rebond modéré après −1,3% au T1 |
| Pharmacie / matériel transport | +4,5% / +5,9% | Tirés par l’export |
| Industries extractives | Infléchissement, VA +1% (T3) | Rééquilibrage phosphates |
Un thème traverse toute la note : le rôle moteur de l’investissement public. Le HCP mentionne la poursuite des chantiers dans les infrastructures portuaires, hydrauliques et routières, et une formation brute de capital attendue en hausse de 11,1% au troisième trimestre. Pour la cote, cela résonne directement avec les valeurs de la construction et des matériaux, ainsi qu’avec les opérateurs portuaires — secteurs dont l’actualité récente (extensions de terminaux, grands projets) s’inscrit pleinement dans cette dynamique décrite par le HCP.
Côté emploi, le tableau est plus nuancé : le taux de chômage au sens strict s’établit à 10,8% au premier trimestre, avec une main-d’œuvre concentrée dans les services (49,1% de l’emploi) puis l’agriculture (24,5%). Une croissance forte qui ne fait pas encore reculer significativement le chômage — l’un des paradoxes structurels de l’économie marocaine.
La note ne s’adresse pas aux investisseurs, mais elle en dit long sur le décor dans lequel évolue la cote. Le HCP consacre même un encadré à la Bourse des valeurs, dont le constat recoupe ce que nous observons depuis plusieurs semaines.
Le HCP décrit un marché où la persistance des tensions géopolitiques, conjuguée aux révisions des perspectives mondiales, a incité les investisseurs à différer leurs projets. Le mouvement de correction engagé depuis le début de l’année se poursuivrait, mais avec une intensité atténuée : l’indice MASI afficherait un repli limité à −0,4% en glissement, après −3,4% au premier trimestre — tandis que la capitalisation boursière serait, elle, en hausse de 8,8%. La correction concernerait principalement la chimie, l’électricité, les holdings, l’ingénierie et les télécommunications.
C’est la donnée qui doit retenir l’attention : selon le HCP, la liquidité du marché se serait contractée, le volume des transactions enregistrant une baisse de 30,6%. Sur un marché dont les volumes fondent à ce point, chaque ordre pèse davantage — ce qui peut amplifier la volatilité dans un sens comme dans l’autre, particulièrement en période estivale et sur fond d’incertitude géopolitique.
Bon point pour les actions : Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25% pour le cinquième trimestre consécutif, et les créances sur l’économie accélèrent (+10% en glissement annuel), portées par les crédits aux entreprises. Un crédit qui coule et des taux bas composent un environnement plutôt favorable au financement de l’économie — et, indirectement, aux valorisations. À surveiller toutefois : sur le marché des adjudications, les taux des bons du Trésor sont repartis à la hausse (+25 et +39 points de base sur les maturités 1 et 5 ans).
Sur le marché des changes, le dirham se serait déprécié de 2,5% face à l’euro mais de seulement 0,1% face au dollar. Comme la facture énergétique se règle largement en dollars, la relative stabilité face au billet vert limite — un peu — l’ampleur du renchérissement importé. Un amortisseur modeste, mais réel.
Au fond, la note du HCP raconte la même histoire que les marchés depuis dix jours, mais vue du côté de l’économie réelle : une machine domestique qui tourne bien (agriculture, consommation, investissement public, crédit), exposée à un unique grand risque externe, le pétrole. Pour l’investisseur, la grille de lecture en découle naturellement : privilégier la compréhension des fondamentaux sectoriels (qui restent solides) tout en gardant à l’esprit que le sentiment de marché, lui, restera dicté à court terme par la trajectoire du baril et l’épaisseur des carnets d’ordres estivaux.
Un dernier rappel, valable ici comme ailleurs : une note de conjoncture décrit des tendances macro-économiques, pas des recommandations d’investissement. Elle éclaire le contexte, elle ne dit pas quoi acheter. La décision, elle, appartient à chaque investisseur — idéalement accompagné d’un professionnel.
Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente. Il synthétise une note de conjoncture officielle dont les projections sont, par nature, conditionnelles (elles reposent sur des hypothèses, notamment un cours du Brent stabilisé à 85 dollars) et susceptibles d’être révisées. Les performances passées de l’indice ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement en instruments financiers comporte des risques, dont un risque de perte en capital. Chaque investisseur est invité à se forger sa propre opinion et à consulter un professionnel agréé avant toute décision.