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Afriquia Gaz : l'analyse complète — du plus simple au plus exigeant | marocboursier.com

marocboursier.com · Analyse fondamentale · BVC : GAZ

Afriquia Gaz : l'analyse complète, du plus simple au plus exigeant

Le leader marocain du GPL, disséqué en six niveaux de lecture : l'entreprise, son marché réglementé, 26 ans d'histoire, ses ratios, son bilan, et enfin sa valeur intrinsèque. Chaque étage s'appuie sur le précédent — commencez où vous voulez, finissez où vous pouvez.

Données : communiqués officiels 2005-2025 (comptes sociaux & consolidés IFRS), cours BVC 2000-2026. Dernier cours utilisé : 3 700 DH (08/07/2026).

Le chiffre d'affaires ment. La tonne dit la vérité.
Et le marché vient de dé-noter une entreprise en pleins records.

1,235 Mt
GPL distribué en 2025
750,5 MDH
RN consolidé record
−37 %
le cours depuis le pic 2022
4,7 %
rendement du dividende

Niveau 1 · Facile

L'entreprise, expliquée par sa bonbonne

Vous connaissez déjà le produit d'Afriquia Gaz : c'est la bonbonne bleue de butane qui fait cuire les repas de millions de foyers marocains. Tout le reste — les terminaux, la bourse, la DCF — découle de cet objet à 50 dirhams.

Le métier, en cinq étapes

  • Importer. Le Maroc n'a plus de raffinerie en activité depuis l'arrêt de la SAMIR : la quasi-totalité du GPL est importée. Afriquia Gaz réceptionne par ses terminaux (Mohammedia, Jorf Lasfar, Agadir, et depuis 2022 l'extension de Tanger Med).
  • Stocker. Environ 75 000 tonnes de capacité de stockage en propre — un avantage stratégique dans un pays 100 % importateur.
  • Emplir. Plus de 800 000 tonnes par an passent par ses centres emplisseurs (et ceux de ses filiales), remplissant un parc d'environ 21 millions de bouteilles (3, 6 et 12 kg).
  • Distribuer. Un réseau d'environ 180 dépositaires et plus de 1 300 camions irrigue tout le royaume — environ 103 millions de bonbonnes équivalent 12 kg par an, soit près de 280 000 par jour.
  • Le vrac. À côté du butane des ménages, un second métier : le propane et butane en vrac pour les industriels (céramique, agro-alimentaire, hôtellerie), en prix libre celui-là.

Carte d'identité

GroupeAKWA Group (famille Akhannouch / Wakrim)
Capital social343 750 000 DH — 3 437 500 actions de 100 DH
Filiales intégréesNational Gaz, Dragon Gaz, Sodipit, Omnium Stockage
ParticipationsSalam Gaz (20 %), Gazafric (50 %), Stogaz (50 %), Proactis (25 %), Akwa Africa & Afri Mobility (20 %)
Part de marché~44 % du butane conditionné (avec filiales)
Repères 2025 (conso)CA 8 989 MDH · RN 750,5 MDH · dividende 175 DH/action

Concurrents principaux : Vivo Energy (marque Butagaz), TotalEnergies Marketing Maroc, Ziz, DimaGaz, AB Gaz… — historiquement une quinzaine d'opérateurs, dont plusieurs s'appuient sur les centres d'emplissage mutualisés de Salam Gaz (où Afriquia Gaz détient 20 %).

À retenir du niveau 1

Afriquia Gaz n'est pas un « pétrolier » qui parie sur les prix : c'est une infrastructure de flux. Elle gagne une marge par tonne qui transite dans son réseau. Plus de tonnes = plus de profit. C'est presque un péage.

Niveau 2 · Le domaine d'activité stratégique

Un marché sous perfusion d'État — et en pleine réforme

Impossible de comprendre GAZ sans comprendre la Caisse de compensation. Le butane est le dernier grand produit subventionné du Maroc, et sa réforme — la « décompensation » — est LE sujet stratégique du dossier.

La demande : massive, domestique, inélastique

Le marché national du butane pèse environ 2,7 millions de tonnes par an (2,73 Mt en 2022, soit l'équivalent de ~227 millions de bonbonnes de 12 kg), et il a pratiquement triplé depuis la fin des années 1990 — porté par la démographie, l'urbanisation et l'élévation du niveau de vie. Le Maroc figure parmi les tout premiers importateurs mondiaux de butane (environ 3 Mt importées en 2025, tous opérateurs confondus). Or on ne cesse pas de cuisiner quand le prix monte : la demande est structurellement peu élastique.

Le mécanisme des prix : qui paie quoi

La bonbonne de 12 kg coûte réellement autour de 140 DH (achat international, logistique, marges réglementées). Le consommateur en paie 50 DH depuis mai 2024 (40 DH auparavant, un prix figé depuis des décennies). La différence — environ 90 DH par bonbonne — est versée par l'État. Cette subvention a représenté jusqu'à 5,8 % du budget de l'État, un record mondial en proportion.

Point crucial pour l'investisseur : la marge du distributeur est fixée par l'État sur le butane conditionné. Afriquia Gaz ne gagne ni plus ni moins quand le cours mondial du GPL flambe : son chiffre d'affaires gonfle ou dégonfle avec les prix, mais sa rémunération par tonne, elle, est réglementée. Nous y reviendrons au niveau 4 — c'est le piège de lecture n°1 du dossier.

La décompensation : le calendrier réel

DateDécisionPrix bonbonne 12 kg
Avant mai 2024Subvention pleine (statu quo historique)40 DH
20 mai 20241ʳᵉ étape : réduction de 10 DH de la subvention (3 kg : 10 → 12,5 DH)50 DH
2025Pause : la 2ᵉ hausse est annulée ; l'aide sociale directe est relevée à la place (plus de 4 millions de familles bénéficiaires)50 DH
PLF 2026Cap maintenu : cible ~70 DH fin 2026 ; 13,77 Mds DH encore budgétés pour la compensation (gaz, sucre, blé)→ 70 DH visés

La logique de la réforme : remplacer une subvention universelle (qui profite aussi aux ménages aisés et aux usages détournés) par des aides directes ciblées via le Registre social unifié. Les économies attendues se chiffrent en dizaines de milliards de dirhams.

Ce que la réforme change — vraiment — pour Afriquia Gaz

  • Sur la marge : quasi rien à court terme. La hausse du prix consommateur réduit ce que paie l'État, pas ce que touche le distributeur. La marge réglementée par tonne est inchangée.
  • Sur les volumes : un risque limité. Même à 70 DH, la bonbonne resterait moitié moins chère que son coût réel, et le butane reste l'énergie de cuisson la moins chère du pays. L'histoire récente le confirme : le tonnage a continué de croître après la hausse de 2024.
  • Sur la trésorerie : un vrai soulagement. Moins de subvention = moins de créances sur l'État à porter au bilan. Le besoin en fonds de roulement de GAZ — gonflé par ces créances de compensation — devrait structurellement s'alléger. C'est un point que très peu d'analyses relèvent.
  • À long terme : la vraie question. Une libéralisation totale rebattrait les cartes. Pour le leader à 44 % de part de marché, doté de la meilleure infrastructure d'import-stockage du pays, c'est autant une menace (concurrence par les prix) qu'une opportunité (pricing power enfin libéré). Le PLF 2026 montre que l'État avance prudemment — la marge restera vraisemblablement administrée encore plusieurs années.

À retenir du niveau 2

GAZ opère un quasi-monopole d'infrastructure sur un produit de première nécessité, avec une marge administrée et une demande inélastique. La décompensation touche le contribuable et le consommateur — pas, pour l'instant, le compte de résultat du distributeur. Son effet le plus concret pour l'actionnaire est... au bilan (le BFR).

Niveau 3 · L'histoire

26 ans d'histoire, chiffres à l'appui

En 2003, Afriquia Gaz écoulait 177 000 tonnes pour 36 MDH de résultat net et 13 % du marché. En 2025 : 1,235 million de tonnes, 750 MDH de résultat consolidé, 44 % du marché. Voici comment.

Les cinq actes

  • 1999-2005 — Le challenger. Introduite en bourse à la fin des années 1990 (premier cours de notre historique : 390 DH en janvier 2000), la société est alors un acteur moyen d'un marché à 17 concurrents.
  • 2006 — Le coup de maître. Absorption de Tissir Primagaz et Primagaz Holding : le chiffre d'affaires bondit de +107 % en un an. GAZ change de division.
  • 2010-2015 — L'infrastructure. Emprunt obligataire de 600 MDH (2010, refinancé en 2015, puis à nouveau en 2025) pour financer le terminal de Jorf Lasfar (~340 MDH). Le réseau d'import-stockage devient l'avantage concurrentiel décisif.
  • 2019-2022 — L'expansion continue. Centre emplisseur de Jorf El Melha (2019), extension du terminal de Tanger Med (mise en service T2-2022). Le cap du million de tonnes est franchi dès 2016.
  • 2020-2025 — Les chocs absorbés. Don de 400 MDH au fonds COVID (2020), don de 220 MDH au fonds séisme d'Al Haouz (2023) : deux années de résultats consolidés artificiellement écrasés. Puis 2024-2025 : records absolus de résultat.

Tonnage distribué (milliers de tonnes) — la seule courbe qui ne ment jamais

2007
748
2009
801
2011
855
12-14
n.d.
2015
970
2017
1 039
2019
1 119
2021
1 161
2023
1 209
2025
1 235

+1 à +2 % par an, crise ou pas, COVID ou pas, hausse de prix ou pas. C'est la signature d'un produit de première nécessité.

Et le cours de bourse, pendant ce temps ?

De 390 DH (janvier 2000) à 3 700 DH (juillet 2026) : le titre a été multiplié par 9,5, soit +8,9 % par an hors dividendes — sur 26 ans et demi. En y ajoutant les dividendes (au moins ~1 900 DH par action versés depuis l'exercice 2005), la création de valeur totale est considérable.

Mais le chemin n'a rien d'une ligne droite : −72 % de repli maximal au creux de 2002, un sommet historique à 5 900 DH en février 2022… puis −37 % jusqu'au cours actuel. Retenez ce paradoxe, il structure toute la fin de l'analyse : le titre a baissé de 37 % pendant que le résultat net consolidé passait de 517 à 750 MDH — un record. Ce n'est pas l'entreprise qui a dérapé, c'est le multiple que le marché acceptait de payer.

Un exemple concret

Un actionnaire entré fin 2015 à ~2 335 DH a encaissé 1 480 DH de dividendes (exercices 2015 à 2025 — 63 % de sa mise initiale) et détient un titre à 3 700 DH : environ +122 % au total, soit ~7,9 % par an. La moitié du rendement est venue du dividende. C'est le profil type d'une valeur de rendement à croissance lente.

Niveau 4 · Les ratios

Les ratios — et comment les lire ici

Les ratios standards s'appliquent mal à un distributeur à marge administrée. Avant de les calculer, il faut désamorcer deux pièges.

Piège n°1 : le chiffre d'affaires est un thermomètre cassé

Le CA de GAZ suit les prix mondiaux du GPL — qui gonflent à la fois les ventes ET les achats revendus. Démonstration par les faits :

AnnéeCA consoVariation CARN consoVariation RN
20229 510 MDH+33,3 %516,9 MDH+2,6 %
20238 257 MDH−13,2 %481,5 MDH−6,9 %*

*et encore : la baisse 2023 vient du don séisme de 220 MDH, pas de l'exploitation. Un CA qui fait +33 % puis −13 % pour un résultat quasi stable : voilà le pass-through. La marge nette sur CA (5 à 9 % selon les prix) ne veut à peu près rien dire ici.

Le bon thermomètre : les dirhams par tonne

Résultat net social par tonne distribuée (DH/t)

2007
323
2011
409
2015
412
2019
598
2023
430
2025
512

De 323 à ~512 DH de résultat net par tonne en 18 ans : la rentabilité unitaire a progressé de ~60 %, portée par les gains d'échelle et la logistique intégrée. Le creux 2020-2023 correspond aux dons (COVID, séisme) étalés dans les comptes sociaux. En consolidé, l'EBITDA 2025 ressort à ~1 276 DH par tonne.

La rentabilité : un ROE de premier plan

Exercice (conso)RN (MDH)ROEROALecture
2019699,224,9 %8,3 %régime de croisière
2020362,212,5 %4,7 %don COVID 400 MDH (one-off)
2021503,917,3 %5,9 %rebond partiel
2022516,917,5 %5,2 %inflation GPL gonfle le bilan
2023481,516,2 %5,1 %don séisme 220 MDH (one-off)
2024747,424,1 %8,2 %retour au régime normal
2025750,522,7 %8,0 %record confirmé

Hors années de dons, le ROE gravite entre 22 et 25 % — exceptionnel pour une activité aussi peu risquée. C'est ce qui justifie qu'on paie l'action nettement au-dessus de sa valeur comptable (P/B de 3,76× : pour 985 DH de fonds propres par action, le marché paie 3 700 DH — parce que chaque dirham de fonds propres en génère ~0,23 chaque année).

Le dividende : 20 ans sans jamais baisser

29 DH (2005) → 175 DH (2024 et 2025). Le dividende n'a jamais été réduit sur la période couverte — pas même en 2020, année COVID (125 DH maintenus). Le taux de distribution est monté de ~65 % à ~95 % du bénéfice social : la société rend presque tout, car son CAPEX (~450-535 MDH/an) est largement autofinancé. Au cours actuel, le rendement ressort à 4,7 % — parmi les plus solides de la cote pour ce niveau de visibilité.

Les multiples, au cours de 3 700 DH

MultipleValeurRepère historique
PER (BPA consolidé 218,3 DH)16,9×
PER (BPA social 184,2 DH)20,1×bande 2015-2025 : 16,7× à 33,4×
P/B consolidé3,76×justifié par le ROE (~23 %)
EV/EBITDA 20258,4×EV = 13,2 Mds MAD
Rendement dividende4,73 %DPA 175 DH, jamais baissé

Le point d'histoire qui compte : fin 2021, le marché payait GAZ 33× ses bénéfices sociaux. Aujourd'hui, 20× (et 17× le consolidé). Le dé-rating explique l'intégralité de la baisse du titre — pas les fondamentaux, qui n'ont jamais été aussi bons.

Niveau 5 · Avancé

Lire le bilan sans tomber dans les pièges

Trois subtilités comptables font systématiquement trébucher les lectures rapides de ce dossier. Les voici, désamorcées.

Piège n°2 : social ou consolidé ? Les deux — mais pas pour la même chose

Afriquia Gaz publie des comptes sociaux (la maison-mère seule, normes marocaines) et des comptes consolidés (le groupe avec ses 11 entités, normes IFRS). Le dividende se décide sur le social ; la performance économique se lit sur le consolidé. Normalement, le consolidé est supérieur (les filiales apportent du résultat). Mais de 2020 à 2023, il lui a été inférieur — une anomalie qui a dérouté beaucoup d'observateurs.

L'explication tient en une règle comptable : les dons solidaires (400 MDH au fonds COVID en 2020, 220 MDH au fonds séisme en 2023) ont bénéficié en social d'un régime dérogatoire d'étalement sur 5 ans (20 % par an), alors que les normes IFRS du consolidé imposent la charge intégralement l'année du don. Résultat : un RN conso 2020 en chute de −48 % qui ne reflétait aucun problème opérationnel (le tonnage progressait de +2,3 % !), et un rebond mécanique de +55 % en 2024 quand l'effet s'est dissipé. Quiconque a lu ces variations au premier degré s'est trompé deux fois.

Piège n°3 : la dette nette fait du yo-yo — c'est (surtout) le BFR

La position financière nette consolidée oscille violemment : +703 MDH de dette nette fin 2020, −234 (trésorerie nette) fin 2019, +732 fin 2022, +474 fin 2025, avec des pointes intra-annuelles à près de 2 milliards. Ce n'est pas de l'endettement de croissance mal maîtrisé : ce sont les créances sur la Caisse de compensation qui gonflent et dégonflent avec les prix mondiaux du GPL (l'État rembourse avec délai la subvention avancée). Quand le GPL flambe (2022), GAZ finance temporairement l'État ; quand il reflue (2023), le cash revient. La décompensation, en réduisant la subvention, devrait structurellement calmer ce yo-yo — un bénéfice discret mais réel de la réforme.

Le vrai levier financier est modeste : un emprunt obligataire de 600 MDH, roulé de génération en génération (2010 → 2015 → placement privé T1-2025), face à ~3,4 Mds de fonds propres consolidés. Les comptes sociaux sont, eux, en trésorerie nette positive (−598 MDH de dette nette fin 2025) quasi en permanence.

Piège n°4 : l'IFRS 16 et le périmètre

Depuis 2019, les loyers capitalisés (IFRS 16) ajoutent ~500-900 MDH d'actifs « droits d'utilisation » et autant de dette assimilée au bilan consolidé — ce qui gonfle optiquement l'endettement conso par rapport au social. Le périmètre, lui, est stable : intégration globale des filiales à 100 % (Sodipit, National Gaz, Dragon Gaz, Omnium Stockage), mise en équivalence des participations (Salam Gaz, Gazafric, Stogaz, Proactis, Akwa Africa, Afri Mobility). Une dernière habitude à connaître : la maison rend presque tout — ~481 MDH de dividendes versés chaque année depuis 2019, portés à ~602 MDH en 2025 — sans jamais entamer ni le CAPEX ni la solidité du bilan.

À retenir du niveau 5

Les « accidents » visibles dans les comptes de GAZ (chute 2020, dette qui saute, conso sous le social) sont des artefacts comptables et réglementaires, pas des signaux économiques. L'économie sous-jacente — la tonne, la marge unitaire, le cash — n'a pratiquement jamais dévié en 20 ans.

Niveau 6 · Difficile

La valeur intrinsèque : ce que vaut GAZ, hypothèse par hypothèse

Dernier étage : transformer tout ce qui précède en une valeur. La méthode reine pour une entreprise d'infrastructure aux flux prévisibles est la DCF — l'actualisation des flux de trésorerie disponibles (FCFF).

Étape 1 — Le flux de départ (année 2025)

Résultat opérationnel consolidé (EBIT)1 166,7 MDH
× (1 − impôt normatif 37 %)= 735,0 MDH
+ Dotations aux amortissements+ 410,0 MDH
− CAPEX normatif− 519,9 MDH
− Variation de BFR (neutre en tendance)− 0
FCFF de départ≈ 625 MDH

Chaque année, l'exploitation dégage ~625 MDH réellement disponibles après avoir payé l'impôt et entretenu/développé l'outil. C'est ce flux que l'on projette puis que l'on actualise.

Étape 2 — Projeter, puis actualiser

On fait croître ce flux (notre scénario central : +4 %/an pendant 5 ans — tonnage +1,5 % + effet prix/mix), puis à l'infini à g = 2,5 % (sous la croissance nominale du Maroc). Chaque flux futur est ramené en dirhams d'aujourd'hui au taux WACC = 8 % (taux sans risque ~3,5 % + bêta 0,7 × prime de marché ~6,5 %). La somme donne la valeur d'entreprise ; on retranche la dette nette (473,5 MDH) et on divise par 3 437 500 actions.

Étape 3 — Le résultat, en trois mondes

ScénarioHypothèses clésValeur/actionvs cours 3 700 DH
Prudentg 2 %, g∞ 2 %, WACC 9 %, IS 38 %≈ 2 293 DH−38 %
Centralg 4 %, g∞ 2,5 %, WACC 8 %, IS 37 %≈ 3 482 DH−6 %
Optimisteg 6 %, g∞ 3 %, WACC 7 %, IS 35 %≈ 5 756 DH+56 %

Étape 4 — L'interprétation honnête

  • Le cours actuel « price » le scénario central. À 3 700 DH, le marché paie GAZ ~6 % au-dessus de notre DCF centrale — autrement dit, il n'attend ni miracle ni catastrophe. À 5 900 DH début 2022 (PER 33×), il payait le scénario optimiste. Le dé-rating de −37 % est un retour à la raison, pas un effondrement.
  • Une référence externe converge. Fin 2019, la recherche de CDG Capital valorisait le titre à 3 794 DH (pondération DCF + dividendes) avec un cours alors à 4 000. Six ans, deux dons et trois records plus tard, le cours est revenu exactement sur ces eaux.
  • La valeur terminale pèse ~77 % du total — c'est la limite structurelle de toute DCF : l'essentiel de la valeur repose sur l'hypothèse de long terme. D'où l'importance de la matrice de sensibilité (WACC × g), où la valeur balaie 2 300 à 5 800 DH.
  • Le vrai « swing factor » n'est pas dans le tableur. C'est la trajectoire réglementaire post-2026 : marge administrée maintenue (statu quo = scénario central), libéralisation favorable au leader (option haussière), ou compression des marges réglementées (risque baissier). Aucune DCF ne tranche cela à votre place.

→ Testez vos propres hypothèses dans le calculateur DCF interactif, plus bas sur cette page

Synthèse

Forces & risques, en face à face

Ce qui plaide pour le dossier

  • Infrastructure quasi irremplicable : terminaux, 75 kt de stockage, 21 M de bouteilles, 44 % du marché
  • Demande de première nécessité, en croissance lente mais inarrêtable (+1-2 %/an depuis 20 ans)
  • ROE 22-25 % hors one-offs, CAPEX autofinancé, dividende jamais baissé en 20 ans (rendement 4,7 %)
  • Multiple revenu au bas de sa bande historique (PER conso ~17×) alors que les résultats sont au plus haut
  • Décompensation = allègement structurel du BFR (créances État)

Ce qui doit rester sous surveillance

  • Marge administrée : le régulateur peut, en théorie, la comprimer — risque politique permanent
  • Issue incertaine de la libéralisation totale post-2026 (prix, concurrence, JV Vivo-TotalEnergies)
  • Croissance des volumes structurellement lente ; pas de relais de croissance majeur identifié hors GPL
  • Récurrence des dons exceptionnels (400 + 220 MDH en 4 ans) qui ponctionnent l'actionnaire minoritaire
  • Flottant réduit, liquidité BVC limitée ; contrôle familial AKWA (gouvernance à administrateurs indépendants récente, 2020-2023)

Au total : une valeur de rendement d'infrastructure, dont le cours est revenu se poser sur sa valeur intrinsèque centrale après deux ans d'excès haussier. Le rendement du dividende fait le socle ; la trajectoire réglementaire fera la différence. Les chiffres, sans recommandation.

Sources & méthode

D'où viennent ces chiffres

Fondamentaux : communiqués financiers officiels d'Afriquia Gaz 2005-2025 (comptes sociaux et consolidés IFRS, visés par les commissaires aux comptes), retraités selon notre méthodologie « as-reported » (aucune interpolation ; exercices 2012-2014 non couverts par les publications disponibles). Cours : historique BVC 2000-2026. Secteur et réglementation :

  • Ministère de l'Économie et des Finances / le360 — démarrage de la décompensation partielle du butane (20 mai 2024) : le360.ma
  • le360 — coût de la subvention du butane, taille du marché (2,73 Mt en 2022), part record du budget de l'État : le360.ma
  • Hespress — annulation de la hausse 2025 et revalorisation de l'aide sociale directe : hespress.com
  • H24info — PLF 2026 : cible 70 DH fin 2026, coût réel ~140 DH, 13,77 Mds DH de compensation : h24info.ma
  • EcoActu — feuille de route de la décompensation, importations de butane (~3 Mt en 2025) : ecoactu.ma
  • Afriquia Gaz — chiffres clés opérationnels (stockage, emplissage, parc de bouteilles, réseau) : afriquiagaz.com
  • CDG Capital Research — initiation de couverture Afriquia Gaz (déc. 2019), objectif 3 794 DH : cdgcapital.ma (PDF)
  • Médias24 — JV Vivo Energy / TotalEnergies pour un centre emplisseur GPL (Taroudant) : medias24.com
  • La Vie Éco — Afriquia Gaz en 2003 (tonnage, part de marché, résultats) : lavieeco.com
Avertissement. Analyse pédagogique publiée par marocboursier.com sur la base d'informations publiques jugées fiables mais non garanties. Les valorisations présentées dépendent d'hypothèses par nature incertaines et sont fournies à titre illustratif. Ce document ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat, de conservation ou de vente au sens de la réglementation AMMC. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les chiffres, sans recommandation.