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Innovation financière · Produit structuré

Première au Maroc · Saham Bank lance un certificat de dépôt structuré indexé sur la performance du Bitcoin (via l’ETF IBIT de BlackRock) : capital protégé à 90% sur 3 ans, ticket de 300 000 DH — décryptage du montage, des trois scénarios de rémunération et du cadre réglementaire

Juin 2026 Première bancaire au Maroc Sous-jacent : Bitcoin (ETF IBIT) Capital protégé 90% · 3 ans Produit à risque

L’innovation financière franchit une nouvelle étape au Maroc. Saham Bank (anciennement Société Générale Marocaine de Banques) a lancé un certificat de dépôt structuré indexé sur la performance du Bitcoin — présenté comme une première sur le marché bancaire national.

L’annonce a de quoi surprendre, dans un pays où les transactions en cryptomonnaies demeurent officiellement interdites depuis 2017. La clé du montage tient en une phrase : ce produit ne permet ni d’acheter ni de détenir directement de Bitcoin. Il s’agit d’un instrument bancaire classique — un certificat de dépôt — dont le rendement est simplement adossé à l’évolution de la principale cryptomonnaie mondiale, par l’intermédiaire d’un fonds coté aux États-Unis. Décryptage d’une structure qui en dit long sur la sophistication croissante de la place financière marocaine.

I · Le produit · une exposition au Bitcoin sans cryptomonnaie

Le cœur du dispositif repose sur un sous-jacent bien identifié : l’ETF iShares Bitcoin Trust (IBIT), géré par BlackRock. Coté au Nasdaq et approuvé par le régulateur américain (la SEC), ce fonds indexé lancé en janvier 2024 vise à répliquer fidèlement l’évolution du cours du Bitcoin ; il gérait près de 60 milliards de dollars d’actifs à fin mai 2026. Plutôt que d’exposer ses clients à la détention directe de jetons — complexe et juridiquement incertaine au Maroc — Saham Bank s’adosse à cet instrument régulé et liquide.

Capital protégé
90%
à l’échéance
Durée
3 ans
maturité
Ticket d’entrée
300 000
DH (min.)
Sous-jacent
IBIT
ETF BlackRock

Concrètement, le certificat est libellé en dirhams, proposé sur une durée de trois ans, avec un ticket d’entrée fixé à 300 000 DH minimum pour les personnes physiques. Ce seuil élevé n’est pas anodin : il réserve de fait le produit à la clientèle patrimoniale (banque privée), un positionnement directement lié aux exigences réglementaires encadrant ce type d’instrument. La caractéristique centrale du produit réside dans sa protection partielle du capital : à l’échéance, l’investisseur bénéficie d’une restitution garantie de 90% du montant investi, quelle que soit l’évolution du sous-jacent.

Une logique d’innovation déjà éprouvée

Ce certificat n’est pas une première isolée dans la stratégie de la banque. Saham Bank avait déjà commercialisé par le passé des produits structurés adossés à des sous-jacents internationaux — un produit lié au secteur médical et pharmaceutique européen, puis un produit adossé à la thématique de l’intelligence artificielle. L’objectif affiché : offrir aux investisseurs marocains un accès à des classes d’actifs internationales souvent difficiles à atteindre depuis la place locale, tout en restant dans un cadre bancaire régulé.

II · Le mécanisme de rémunération · trois scénarios

C’est ici que la mécanique du produit se révèle. La rémunération finale dépend entièrement de la performance cumulée de l’ETF Bitcoin sur les trois années de placement, selon trois cas de figure distincts. Le tableau ci-dessous en résume la logique.

ScénarioPerformance de l’ETF sur 3 ansCe que reçoit l’investisseur
1 · Hausse modéréePositive, ≤ 60%90% du capital + 100% de la performance réalisée
2 · Forte haussePositive, > 60%90% du capital + coupon fixe de 38%
3 · BaisseNégative90% du capital (aucune rémunération)

Dans le premier scénario, lorsque la performance de l’ETF est positive mais reste inférieure ou égale à 60% sur la période, l’investisseur récupère 90% de son capital ainsi que l’intégralité de la performance réalisée par le fonds. C’est le cas le plus favorable en termes de capture de la hausse.

Dans le deuxième scénario, si la hausse cumulée dépasse 60%, le gain est plafonné : l’investisseur perçoit 90% de son capital et un coupon fixe de 38% sur les trois ans, quelle que soit l’ampleur réelle de la progression au-delà du seuil. Autrement dit, au-delà d’un certain point, l’investisseur renonce à une partie du potentiel haussier en échange de la protection partielle dont il bénéficie.

Enfin, dans le troisième scénario, si la performance du Bitcoin est négative au terme des trois ans, l’investisseur récupère uniquement 90% du capital investi, sans rémunération supplémentaire. La perte est donc plafonnée à 10% du montant placé, même en cas d’effondrement du cours.

Le compromis fondamental du produit

Ce certificat matérialise un arbitrage clair : l’investisseur accepte de mettre 10% de son capital en risque et de plafonner son gain (coupon de 38% au-delà de 60% de hausse) en échange d’une protection contre les fortes baisses du Bitcoin, actif réputé pour sa volatilité extrême. C’est la logique même des produits structurés : transformer un sous-jacent très volatil en un profil de risque borné, plus lisible pour une clientèle patrimoniale.

III · Le cadre réglementaire · pourquoi ce montage, et pas un autre

Pour comprendre la forme prise par ce produit, il faut revenir au statut juridique des cryptomonnaies au Maroc. Depuis un communiqué conjoint de 2017 de Bank Al-Maghrib, de l’Office des Changes et de l’AMMC, l’usage des monnaies virtuelles fait l’objet d’une mise en garde et les transactions correspondantes ne bénéficient d’aucun cadre légal — une zone grise qui, dans les faits, les place hors du circuit régulé. C’est précisément ce vide qui explique le choix d’un certificat de dépôt adossé à un ETF plutôt qu’une exposition directe : la banque ne touche jamais à la cryptomonnaie elle-même.

Le paysage est toutefois en pleine mutation. Un avant-projet de loi sur les crypto-actifs — élaboré par le ministère de l’Économie et des Finances en coordination avec Bank Al-Maghrib et l’AMMC — a été mis en consultation publique fin 2025. Inspiré du règlement européen MiCA et des standards du GAFI, il prévoit une double tutelle : l’AMMC superviserait les émissions, les plateformes et les prestataires de services, tandis que Bank Al-Maghrib encadrerait les jetons adossés à des actifs (stablecoins). Le texte reconnaîtrait les crypto-actifs comme une classe d’actifs (sans statut de monnaie), un particulier pouvant alors acheter du Bitcoin, mais uniquement via des plateformes agréées. À ce stade, il s’agit d’un document préparatoire, non encore adopté.

Une exposition financière au Bitcoin via un produit structuré régulé n’est pas l’acquisition directe d’une cryptomonnaie.
Position de Saham Bank sur l’encadrement de son produit

Cette distinction est au cœur de la communication de la banque, qui insiste sur le fait que le produit a été conçu dans un environnement entièrement régulé et que chaque émission de certificat structuré fait l’objet d’une validation préalable des autorités compétentes. Le seuil élevé de souscription (300 000 DH) participe de cette logique prudentielle, en réservant l’instrument à des investisseurs avertis. Rappelons enfin un élément de contexte : le Maroc figure, selon plusieurs études spécialisées, parmi les tout premiers pays utilisateurs de crypto-actifs au monde et en tête en Afrique du Nord — un décalage entre l’engouement réel et le cadre légal que la future loi entend précisément combler.

IV · Les risques et la lecture pour l’investisseur

Aussi encadré soit-il, ce certificat de dépôt demeure un produit à risque, et plusieurs points méritent une attention particulière avant toute décision.

Le risque sur le capital. La protection est de 90%, non de 100% : l’investisseur accepte de mettre 10% de son capital initial en risque pour accéder au potentiel du sous-jacent. Le terme « capital protégé » ne doit pas être confondu avec « capital garanti » — une nuance que la réglementation distingue clairement, et qui explique d’ailleurs le seuil de souscription élevé.

Le risque de change. Même si le certificat est libellé en dirhams, le sous-jacent (l’ETF IBIT) est libellé en dollars. L’évolution de la parité dollar-dirham peut donc avoir un impact favorable ou défavorable sur la performance finale perçue par l’investisseur, indépendamment de l’évolution du Bitcoin lui-même.

Le risque de crédit émetteur. Comme tout certificat de dépôt, l’instrument repose sur la solidité de l’émetteur (Saham Bank). La protection du capital est une promesse contractuelle de la banque, non une garantie externe.

Le risque lié au sous-jacent. Le Bitcoin reste un actif d’une volatilité extrême, capable de variations de plusieurs dizaines de pourcents en quelques semaines. Le profil borné du produit atténue ce risque, mais ne l’élimine pas : dans le scénario baissier, l’investisseur immobilise son capital trois ans pour ne récupérer que 90% de sa mise, soit une perte sèche aggravée par le coût d’opportunité.

Ce que ce lancement signifie pour la place

Au-delà du Bitcoin, cette initiative témoigne de l’évolution de la place financière marocaine. À noter que Saham Bank n’est pas cotée à la Bourse de Casablanca : ce produit ne concerne donc aucune valeur de la cote directement. Son intérêt est ailleurs — il illustre la sophistication croissante de l’offre bancaire, la volonté des établissements d’élargir leur palette vers des thématiques internationales (après la santé et l’intelligence artificielle), et l’ouverture progressive d’un accès encadré à des classes d’actifs jusqu’ici hors de portée depuis le marché local. Pour l’investisseur marocain, le pari de la banque consiste moins à promouvoir les cryptomonnaies qu’à ouvrir de nouvelles voies de diversification dans un environnement maîtrisé.

À retenir

  • Saham Bank lance le premier certificat de dépôt structuré indexé sur le Bitcoin au Maroc — sans détention directe de cryptomonnaie.
  • Le sous-jacent est l’ETF IBIT de BlackRock (coté au Nasdaq, ~60 Mds$ d’actifs), qui réplique le cours du Bitcoin.
  • Produit libellé en dirhams, durée de 3 ans, ticket de 300 000 DH, capital protégé à 90% — réservé à la clientèle patrimoniale.
  • Trois scénarios : hausse ≤ 60% (90% du capital + 100% de la perf), hausse > 60% (90% + coupon fixe 38%), baisse (90% du capital seul).
  • Le montage contourne le vide juridique des cryptomonnaies au Maroc (interdiction de 2017, avant-projet de loi en consultation) via un instrument bancaire régulé.
  • Risques : 10% du capital exposé, risque de change (sous-jacent en dollars), risque de crédit émetteur, volatilité du Bitcoin.

Sources

  • Communiqué et documentation produit de Saham Bank (juin 2026).
  • Le Matin · caractéristiques du certificat de dépôt structuré indexé sur le Bitcoin.
  • Consonews · présentation du produit et de son cadre régulé.
  • BlackRock · données relatives à l’ETF iShares Bitcoin Trust (IBIT).
  • Avant-projet de loi sur les crypto-actifs (ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, AMMC) · consultation publique.
  • Communiqué conjoint Bank Al-Maghrib / Office des Changes / AMMC de 2017 sur les monnaies virtuelles.

Avertissement. Cet article est fourni à titre purement informatif et pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation de souscription, ni une incitation à investir dans ce produit, dans le Bitcoin ou dans tout autre actif. Les produits structurés adossés à des actifs volatils comportent un risque de perte en capital (ici jusqu’à 10% du montant investi) et un risque de change. Le Bitcoin est un actif hautement spéculatif. Les caractéristiques décrites sont susceptibles d’évoluer ; seules la documentation contractuelle officielle et la notice visée par les autorités compétentes font foi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investisseur est invité à se rapprocher d’un professionnel agréé et à lire l’intégralité de la documentation avant toute décision. MarocBoursier n’est affilié ni à Saham Bank, ni à BlackRock, ni à aucune des entités citées.