Réuni à Rabat ce mardi 23 juin 2026 pour sa deuxième session trimestrielle de l’année, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%.
Ce statu quo, qui prolonge la décision de mars, était largement anticipé : une enquête de place menée en juin chiffrait à environ 93% la probabilité d’un maintien. La décision arbitre entre deux forces contraires : d’un côté des tensions inflationnistes importées par le choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient, de l’autre la consolidation d’une croissance nationale solide. La conférence de presse tenue à l’issue du Conseil a par ailleurs livré un éclairage attendu sur le dossier de la néobanque britannique Revolut, sujet brûlant du secteur financier marocain.
Selon le communiqué de Bank Al-Maghrib, le Conseil a jugé le niveau actuel du taux directeur approprié au regard de trois considérations principales : l’évolution prévue de l’inflation à des niveaux compatibles avec l’objectif de stabilité des prix à moyen terme ; la consolidation de la dynamique de l’activité économique ; et la forte incertitude entourant les perspectives à l’échelle internationale. L’institution a également tenu compte des résultats de ses stress tests pour l’économie nationale.
Le Conseil a réaffirmé qu’il continuerait de suivre de près la conjoncture interne et externe — en particulier les développements au Moyen-Orient et leurs conséquences sur l’activité et l’inflation — et de fonder ses décisions « réunion par réunion », sur la base des données les plus actualisées. La banque centrale estime que la conclusion récente d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran laisserait entrevoir une normalisation progressive du transport maritime, même si l’activité continuerait à court terme de pâtir des retombées du conflit.
Le maintien marocain s’inscrit dans une séquence mondiale hétérogène. La Réserve fédérale américaine a elle aussi maintenu ses taux en juin (première réunion présidée par Kevin Warsh), mais avec un ton jugé plus restrictif : le marché anticipe désormais une probabilité élevée de hausse de taux américaine d’ici la fin de l’année. Dans ce paysage, Bank Al-Maghrib conserve un taux directeur bas et stable, reflétant une inflation domestique nettement plus contenue qu’aux États-Unis ou en Europe.
Au-delà de la décision, le Conseil a actualisé ses prévisions à moyen terme. Le message d’ensemble est celui d’une économie résiliente qui absorbe un choc énergétique externe sans dérapage inflationniste majeur.
Après avoir évolué autour de 0,8% au cours des deux années précédentes, l’inflation atteindrait 1,5% en moyenne en 2026 puis 2,1% en 2027. La hausse provient d’abord de la facture énergétique et des carburants (en progression annuelle de 27,6% en mai). Fait notable, l’inflation sous-jacente — qui exclut les composantes volatiles — resterait très contenue à 0,2% en 2026, reflétant notamment un recul des prix alimentaires (dont l’huile d’olive), avant de remonter à 2,9% en 2027 avec la dissipation de cet effet et la hausse de l’inflation importée. Les anticipations des experts du secteur financier, interrogés par Bank Al-Maghrib au deuxième trimestre, ressortent à 2,2% à moyen terme.
La croissance accélérerait de 4,9% en 2025 à 5,2% en 2026, portée par une campagne agricole favorable et la résistance des activités non agricoles (~4,2%). En 2027, sous l’effet d’un retour à une production céréalière plus normale (effet de base), elle ralentirait à 3,1%. Le crédit bancaire au secteur non financier accélérerait nettement, à +6,8% en 2026 — un signal important pour le secteur bancaire coté.
| Indicateur (projections BAM) | 2026 | 2027 |
|---|---|---|
| Croissance du PIB | +5,2% | +3,1% |
| Inflation (moyenne annuelle) | 1,5% | 2,1% |
| Inflation sous-jacente | 0,2% | 2,9% |
| Activités non agricoles | +4,2% | +4,2% |
| Crédit bancaire (secteur non financier) | +6,8% | — |
| Facture énergétique | 135 Mds DH | 114,4 Mds DH |
| Déficit budgétaire (% du PIB, hors cessions) | 3,4% | 3,3% |
La facture énergétique s’alourdirait de 26% pour atteindre 135 milliards de dirhams en 2026, avant de revenir à 114,4 milliards en 2027, en lien avec un prix moyen du Brent attendu autour de 92,3 $ le baril. Les avoirs officiels de réserve continueraient de se renforcer pour ressortir à 542 milliards de dirhams en 2027, soit l’équivalent de 6 mois et 9 jours d’importations — un matelas de change confortable. Sur le plan budgétaire, le déficit (hors cessions de participations de l’État) s’atténuerait à 3,4% du PIB en 2026 puis à 3,3% en 2027. Enfin, Bank Al-Maghrib juge que la valeur du dirham reste globalement alignée avec les fondamentaux économiques du pays.
La conférence de presse qui suit traditionnellement le Conseil a été l’occasion, pour le Wali Abdellatif Jouahri, de recadrer un récit médiatique installé depuis plusieurs mois autour de l’arrivée de la néobanque britannique Revolut au Maroc. L’information centrale est claire : à ce stade, aucune demande d’agrément n’a été déposée par la fintech auprès de Bank Al-Maghrib.
Le gouverneur a confirmé avoir reçu, début juin 2026, les dirigeants de Revolut accompagnés de leur représentant marocain. La fintech aurait exprimé son intérêt pour le Royaume, motivé par ses indicateurs macroéconomiques et par son potentiel de porte d’entrée vers l’Afrique. Mais la rencontre relève, selon le Wali, d’une simple prise de contact exploratoire — et non d’une démarche formelle d’agrément.
Le Wali a en effet identifié trois priorités réglementaires qui mobilisent actuellement les équipes de la banque centrale et ne permettent pas, selon lui, d’ouvrir le marché à un nouvel acteur international dans l’immédiat :
Le Wali a ajouté un argument de fond : le segment visé par Revolut est, à ses yeux, déjà largement couvert par les acteurs locaux. « Cette clientèle est une clientèle où les acteurs marocains sont très engagés », a-t-il souligné. De fait, le secteur a pris les devants : le lancement en mai 2026 de Simple, la néobanque d’Attijariwafa Bank (valeur cotée à la BVC), illustre cette dynamique, avec une architecture freemium directement inspirée du modèle popularisé par Revolut en Europe.
Selon le récit du Wali, les dirigeants de Revolut auraient reconnu que le moment n’était pas favorable et envisagé de revenir ultérieurement. La porte n’est donc pas fermée : elle est ajournée. Rappelons que Revolut, fondée à Londres en 2015, figure parmi les fintechs les mieux valorisées au monde et revendique plusieurs dizaines de millions de clients.
Que retenir de cette journée monétaire pour la cote casablancaise ? Un taux directeur stable et bas dessine un environnement globalement lisible pour les actions, à nuancer secteur par secteur.
Pour les valeurs bancaires. Le maintien du loyer de l’argent à 2,25% préserve la stabilité des conditions de financement, tandis que l’accélération attendue du crédit (+6,8% en 2026) constitue un signal de fond favorable à l’activité commerciale du secteur. C’est un cadre plutôt porteur pour les grandes capitalisations financières de la cote, même si chaque établissement conserve sa propre trajectoire.
Pour les valeurs sensibles aux taux. Un taux directeur bas et une inflation contenue limitent la pression sur les rendements obligataires de court terme. C’est un environnement traditionnellement favorable aux secteurs à forte intensité capitalistique et aux foncières, dont la valorisation dépend étroitement du coût de l’argent.
Pour le marché actions dans son ensemble. En l’absence de rendement attractif sur les placements monétaires, un loyer de l’argent bas soutient mécaniquement l’attrait relatif des actions. La vigilance porte désormais sur la trajectoire de l’inflation importée : si le choc énergétique venait à s’amplifier, l’équation monétaire pourrait se durcir lors des prochaines réunions.
Le fil Revolut. Au-delà de la décision de taux, le dossier Revolut rappelle une réalité structurante : la numérisation des services bancaires est devenue un champ de bataille concurrentiel au Maroc. Les groupes cotés qui prennent les devants sur ce terrain — à l’image d’Attijariwafa Bank avec Simple — consolident une longueur d’avance avant l’arrivée éventuelle d’acteurs internationaux.
Bank Al-Maghrib envoie un double signal : confiance dans la solidité de l’économie marocaine (croissance attendue à +5,2% en 2026) et vigilance face au choc énergétique importé. Le statu quo préserve un cadre de financement stable pour les entreprises cotées, sans signal de resserrement à court terme. Sur le front de l’innovation financière, la priorité affichée reste de sécuriser les grands chantiers réglementaires avant d’ouvrir la porte à de nouveaux entrants.
Avertissement. Cet article est fourni à titre purement informatif et pédagogique et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente, ni une incitation à réaliser une quelconque opération de marché. Les projections macroéconomiques citées émanent de Bank Al-Maghrib et sont susceptibles d’être révisées. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investisseur est invité à se rapprocher d’un professionnel agréé avant toute décision. MarocBoursier n’est affilié à aucune des sociétés ou institutions citées.