I — LA PHOTOGRAPHIE T1 2026Un trimestre maintenu malgré le choc des activités de marché
I.1Les chiffres-clés officiels
Conformément au calendrier réglementaire imposé par l’AMMC aux sociétés cotées, le Groupe BCP a publié le jeudi 14 mai 2026 son communiqué de résultats trimestriels arrêtés au 31 mars 2026. Le Conseil d’Administration de la Banque Centrale Populaire, réuni sous la présidence de Madame Naziha Belkeziz, a examiné l’évolution de l’activité et arrêté les comptes. Les chiffres-clés ressortent comme suit :
I.2Lecture comparative : T1 2026 vs T1 2025
| Indicateur consolidé IFRS | T1 2026 | T1 2025 | Variation YoY |
|---|---|---|---|
| Produit Net Bancaire (MDH) | 5 724 | 6 949 | −17,6% |
| Résultat Brut d’Exploitation (MDH) | 2 702 | 4 096 | −34,0% |
| Résultat d’Exploitation (MDH) | 2 607 | 2 548 | +2,3% |
| Résultat Net Consolidé (MDH) | 1 506 | 1 492 | +0,9% |
| Résultat Net Part du Groupe (MDH) | 1 153 | 1 293 | −10,8% |
| BPA (DH par action) | 5,76 | 6,36 | −9,4% |
L’équation centrale du trimestre est explicite : le PNB recule de 17,6% mais le Résultat d’Exploitation progresse de +2,3% et le RNC se maintient (+0,9%). Cette décorrélation s’explique par l’effondrement quasi-total du coût du risque, qui passe de −1 548 MDH au T1 2025 à seulement −96 MDH au T1 2026, soit un impact positif de +1 453 MDH sur la formation du résultat.
I.3Mise en perspective dans le contexte macroéconomique
Le communiqué encadre cette performance dans un cadre macroéconomique dual. Au Maroc, la croissance est qualifiée de soutenue par « la poursuite de la dynamique de croissance insufflée par les différents chantiers d’investissement en cours, ainsi que par le rebond de la valeur ajoutée agricole dans un contexte de pluviométrie exceptionnelle ». Au niveau des autres pays de présence du Groupe, la croissance « reste robuste en dépit de la crise géopolitique internationale ayant généré une hausse des prix des matières premières ».
Cette toile de fond explique le paradoxe : un fonds de commerce bancaire qui bénéficie de la dynamique de crédit et de collecte au Maroc, mais des activités de marché exposées à la déformation de la courbe des taux liée au choc Hormuz (CPI US d’avril rebondi à 3,8%, Fed referme la porte aux baisses, Treasury yields en hausse vers 4,5-4,6%).
II — ANATOMIE DU PNBLe Core Banking accélère (+7,4%), les activités de marché s’effondrent (−80,9%)
II.1La citation officielle
Le qualificatif « exceptionnellement impacté » employé par la direction est important : il signale explicitement le caractère non récurrent du choc et anticipe une normalisation au T2.
II.2Décomposition du PNB par composante
| Composante du PNB (MDH) | T1 2026 | T1 2025 | Var. YoY |
|---|---|---|---|
| Marge d’intérêts | 4 030 | 3 756 | +7,3% |
| Marge sur commissions | 1 092 | 1 014 | +7,8% |
| Résultat des activités de marché | 371 | 1 947 | −80,9% |
| Produits nets activités d’assurance | 138 | 129 | +7,6% |
| Produit Net Bancaire consolidé | 5 724 | 6 949 | −17,6% |
II.3La marge d’intérêts : moteur structurel du Core Banking
La marge d’intérêts progresse de +7,3% à 4 030 MDH, reflétant la combinaison d’une croissance des encours (créances brutes +2,3% YoY à plus de 328 Mds DH) et d’une amélioration des conditions de marge. C’est la composante la plus structurelle du PNB et celle qui justifie le qualificatif de Core Banking en pleine forme. Dans le compte de résultat IFRS, les intérêts et produits assimilés ressortent à 5 435 MDH et les intérêts et charges assimilés à −1 405 MDH, soit un solde net de 4 030 MDH.
II.4La marge sur commissions confirme la dynamique commerciale
Les commissions nettes progressent de +7,8% à 1 092 MDH (commissions perçues 1 264 MDH ; commissions servies −172 MDH). Cette croissance, dans la même amplitude que la marge d’intérêts, traduit une intensification des services bancaires facturés à la clientèle, reflétant à la fois l’activité transactionnelle (monétique, virements, change) et les services de conseil (banque privée, gestion d’actifs).
II.5Le choc : l’effondrement des activités de marché
Le résultat des activités de marché s’effondre de −80,9% à 371 MDH (vs 1 947 MDH au T1 2025), soit une perte de −1 576 MDH en valeur absolue. Dans le détail des composantes IFRS, la ligne « Gains ou pertes nets des instruments financiers à la juste valeur par résultat » passe de +1 937 MDH à −42 MDH, soit un swing brut de −1 979 MDH sur cette seule ligne. La direction l’attribue explicitement au contexte défavorable de la courbe des taux lié aux tensions géopolitiques internationales.
Le T1 2025 avait bénéficié d’un environnement de taux exceptionnellement favorable aux gains de juste valeur sur les portefeuilles obligataires marocains (rally BDT consécutif à la décision de Bank Al-Maghrib de baisser son taux directeur en mars 2025 de 2,50% à 2,25%). Le T1 2026, à l’inverse, subit une déformation défavorable de la courbe en raison du choc inflationniste importé (CPI US à 3,8%, Fed referme la porte). Le phénomène est donc non récurrent par nature : il reflète un effet base défavorable amplifié par la réévaluation des positions de marché dans un contexte de stress géopolitique.
II.6Core Banking Business : la métrique clé mise en avant par la direction
La direction insiste sur l’agrégat Core Banking Business (marge d’intérêts + marge sur commissions), qui progresse de +7,4%. Cette métrique élimine l’effet non récurrent des activités de marché et permet d’isoler la performance opérationnelle structurelle. En cumul (4 030 + 1 092), le Core Banking atteint 5 122 MDH au T1 2026 vs ~4 770 MDH au T1 2025, soit une dynamique conforme à un cycle bancaire porteur, au-dessus de l’inflation marocaine projetée pour 2026 (~2,5%).
III — LE SWING DU COÛT DU RISQUEUn allègement de 94% qui absorbe le choc du PNB
III.1La citation officielle
III.2Le mouvement en miroir : avant / après
III.3Cascade mathématique : de l’exploitation au résultat net
Lecture analytique : sans le swing de +1 453 MDH sur le coût du risque, le Résultat Net Consolidé aurait chuté de plus de 50% YoY. La performance affichée à +0,9% sur le RNC est donc mécaniquement portée par le dénouement comptable du risque, dont la nature non récurrente devra être tenue en mémoire dans les comparaisons des trimestres à venir.
III.4Le phénomène en miroir avec Crédit du Maroc
Cette détente du coût du risque n’est pas isolée. Crédit du Maroc a publié le 14 mai un T1 2026 marqué par un swing de +131 MDH sur le coût du risque (passage d’une dotation de −62 MDH à une reprise nette de +69 MDH), qui explique 177% de la variation de son RNPG. CFG Bank, publié le 7 mai, a relevé sa guidance RNPG 2029 de 500 à 600 MDH. Le phénomène est sectoriel et reflète le dénouement progressif des provisions IFRS 9 prudentes passées sur 2023-2024 dans un contexte de stabilisation macroéconomique marocaine.
IV — LA PERFORMANCE COMMERCIALEUne collecte historique : dépôts à 419,6 Mds DH (+6%), créances brutes au-delà de 328 Mds DH (+2,3%)
IV.1La citation officielle
IV.2Les agrégats du bilan consolidé IFRS
| Agrégat bilan consolidé (MDH) | 31/03/2026 | 31/12/2025 | Var. séquentielle |
|---|---|---|---|
| Total Actif IFRS | 570 085 | 571 244 | −0,2% |
| Prêts et créances clientèle (net amorti) | 297 512 | 298 801 | −0,4% |
| Dettes envers la clientèle (dépôts) | 419 625 | 411 879 | +1,9% |
| Dettes subordonnées | 12 488 | 12 385 | +0,8% |
| Capitaux propres total | 58 871 | 57 956 | +1,6% |
Le bilan se stabilise au-dessus du seuil symbolique des 570 Mds DH, dans une configuration où la collecte de dépôts croît plus rapidement que les emplois de crédit. Cette tendance reflète une approche sélective du déploiement du crédit et renforce structurellement la liquidité du Groupe.
IV.3Effet ciseau positif dépôts/crédits
Le rapport dépôts / crédits bruts ressort à ~128% au T1 2026, soit un excédent de collecte de plus de 91 Mds DH par rapport aux encours de crédit. Cet excédent constitue un matelas stratégique pour le Groupe en anticipation du cycle d’investissement Coupe du monde 2030, dans lequel les banques marocaines sont attendues pour financer ~70% des projets infrastructurels selon les projections Fitch Ratings (publication du 7 mai 2026).
IV.4L’effet AMIFA sur le périmètre
Le communiqué précise via la note (**) que l’évolution des charges générales d’exploitation ressort à +3,2% à périmètre constant à 3,02 Mds DH, mais +5,9% en intégrant le Groupe AMIFA dans le périmètre de consolidation. La différence de +2,7 points traduit la contribution d’AMIFA aux charges d’exploitation, soit ~77 MDH de charges additionnelles entrées dans le périmètre 2026.
Cette intégration explique également la forte hausse des intérêts minoritaires (+76,6% à 353 MDH) et donc le décalage entre l’évolution du RNC (+0,9%) et celle du RNPG (−10,8%). Le BPA suit logiquement la trajectoire du RNPG : 5,76 DH au T1 2026 vs 6,36 DH au T1 2025, soit −9,4%.
V — LECTURE POUR L’INVESTISSEUR BCPTrois signaux structurels, trois vigilances
V.1Le contexte boursier de la publication
Cette publication intervient dans un contexte boursier marqué pour le secteur bancaire marocain. Au 11 mai 2026 (dernière clôture de référence avant publication), le MASI s’établissait à 18 850,91 points et le secteur bancaire affichait un PER moyen autour de 12× les bénéfices 2026 (vs 21,5× pour la moyenne de la place et 82,6× pour les mines). Les banques restent le compartiment value de la BVC dans un marché où les multiples sont devenus tendus à l’exception du secteur financier.
V.2Les trois signaux structurels positifs
V.3Les trois points de vigilance
V.4Synthèse : un T1 de transition, le moteur bancaire de fond contre l’onde de choc de marché
Le T1 2026 de BCP livre un message double pour l’investisseur. D’un côté, le fonds de commerce bancaire confirme sa robustesse : Core Banking +7,4%, dépôts +6%, capitaux propres en renforcement, discipline de coûts maintenue. Ces fondamentaux dessinent un Groupe en phase d’ancrage solide avant le grand cycle d’investissement Coupe du monde 2030.
De l’autre côté, le PNB recule de −17,6% en raison d’un choc non récurrent sur les activités de marché, et le maintien du résultat net consolidé tient exclusivement à l’allègement de 94% du coût du risque. Cette mécanique, par construction non répétable, signifie que le T2 2026 sera lu en miroir : la direction anticipe explicitement une « reprise au niveau des activités de marché conjuguée à l’amélioration continue du Core Banking Business ».
Pour le porteur de BCP, le titre traverse donc une phase où la lecture supérieure du PNB ne reflète pas la réalité opérationnelle sous-jacente. La normalisation du résultat des activités de marché — conditionnée au scénario géopolitique iranien — reste l’élément clé à surveiller au T2. En attendant, la collecte de 419,6 Mds DH constitue un matelas stratégique inestimable pour aborder le cycle 2030.
- Communiqué officiel : Groupe BCP, publié le 14 mai 2026, Conseil d’Administration présidé par Mme Naziha BELKEZIZ.
- Produit Net Bancaire consolidé : 5 724 MDH (vs 6 949 MDH au T1 2025), soit −17,6% YoY.
- Marge d’intérêts : 4 030 MDH (+7,3% YoY).
- Marge sur commissions : 1 092 MDH (+7,8% YoY).
- Résultat des activités de marché : 371 MDH (−80,9% YoY), choc non récurrent.
- Produits nets activités d’assurance : 138 MDH (+7,6% YoY).
- Core Banking Business : +7,4% YoY, métrique clé mise en avant par la direction.
- Charges générales d’exploitation : 3,02 Mds DH (+3,2% à périmètre constant, +5,9% avec AMIFA).
- Résultat Brut d’Exploitation : 2 702 MDH (−34,0% YoY).
- Coût du risque : 96 MDH au T1 2026 vs 1 548 MDH au T1 2025, soit −94% et un impact positif de +1 453 MDH.
- Résultat d’Exploitation : 2 607 MDH (+2,3% YoY).
- Résultat Net Consolidé : 1 506 MDH (+0,9% YoY), maintenu à 1,5 Md DH selon le communiqué.
- Résultat Net Part du Groupe : 1 153 MDH (−10,8% YoY), effet dilutif de la montée des minoritaires.
- Intérêts minoritaires : 353 MDH (+76,6% YoY), liés à l’intégration d’AMIFA.
- BPA : 5,76 DH au T1 2026 vs 6,36 DH au T1 2025, soit −9,4%.
- Dépôts consolidés : 419,6 Mds DH au 31/03/2026 (+6% YoY).
- Créances brutes à la clientèle : plus de 328 Mds DH (+2,3% YoY).
- Total Actif IFRS : 570 085 MDH au 31/03/2026 (vs 571 244 MDH au 31/12/2025).
- Capitaux propres consolidés : 58 871 MDH (+1,6% sur le trimestre).
- Périmètre : intégration du Groupe AMIFA en 2026 (effet sur charges et minoritaires).
- Guidance T2 : reprise anticipée des activités de marché + amélioration continue du Core Banking Business.