11 mai 2026 (séance) · La BVC cède 0,53%, les minières font cavalier seul, BKGR passe à l’achat sur Sonasid (+35,5% potentiel), et le marché paie 21,5× les bénéfices 2026
Le MASI clôture le lundi 11 mai à 18 850,91 points (-0,53%), le MASI 20 cède 0,93% à 1 371,13, sur des volumes contraints à 185 MDH. Au contre-courant du repli général, les minières s’envolent : SMI +6,10%, CMT +3,74%, Managem +1,51% à 14 100 DH (+120,31% YTD). Le même jour, le bureau d’analyse BKGR (BMCE Capital Global Research) relève sa recommandation sur Sonasid de « Accumuler » à « Achat », avec un cours cible de 2 845 DH (+35,5% de potentiel de hausse), tout en mettant en avant la transformation profonde du sidérurgiste vers le recyclage, les métaux non ferreux et le « green steel ». En toile de fond, la place casablancaise affiche désormais une capitalisation record de 1 079 milliards de dirhams, un PER moyen de 21,5× les bénéfices attendus en 2026, et un rendement moyen tombé à 2,6% — sous le BDT 5 ans (2,79%). Lecture complète en cinq temps.
Une séance qui en dit long. Lundi 11 mai 2026, la Bourse de Casablanca a refermé un mois d’avril réussi par une journée de consolidation, mais l’essentiel n’est pas dans le -0,53% du MASI. Il est dans la rotation sectorielle qui se profile : les minières prennent l’ascendant (SMI +6,10%, CMT +3,74%, Managem +1,51%), tandis que le reste de la cote consolide. Et derrière cette séance, trois éléments structurants se conjuguent : une recommandation d’achat de BKGR sur Sonasid avec un potentiel de hausse de 35,5%, une capitalisation récord de 1 079 milliards de dirhams (en hausse de 70% depuis 2023), et une contraction historique du rendement moyen à 2,6% — sous le BDT 5 ans à 2,79%. Lecture en cinq temps : (i) la séance et le palmarès, (ii) l’ascendant minier, (iii) la note Sonasid de BKGR, (iv) le paradoxe rendement/valorisation, (v) les arbitrages sectoriels à surveiller.
I. La séance · un repli modéré sur volumes contraints
I.1 Les indices au 11 mai 2026 à la clôture
La place casablancaise a refermé sa première séance de la semaine sur un repli modéré, dans des volumes resserrés qui rappellent que le mois de mai s’ouvre traditionnellement sur une consolidation après les performances exceptionnelles d’avril (+8,29% sur le mois). Voici la photographie d’ensemble :
| Indicateur | Clôture 11 mai 2026 | Variation jour | YTD |
|---|---|---|---|
| MASI | 18 850,91 pts | -0,53% | +0,02% |
| MASI 20 | 1 371,13 pts | -0,93% | n.s. |
| Volume marché central | 185 MDH | Contraint | — |
| Capitalisation BVC | 1 079 Mds DH | En repli | +70% vs 2023 |
I.2 Le top des hausses du jour
Le palmarès de la séance révèle une signature minier très nette. Au-delà des trois minoritaires en tension (SMI, CMT, Managem), peu d’autres compartiments ont résisté au repli général. Le tableau de tête se présente comme suit :
| Valeur | Cours | Variation | Volume | Performance YTD |
|---|---|---|---|---|
| SMI (mines) | 10 820 DH | +6,10% | 11,9 MDH | Forte |
| CMT (mines) | 5 071 DH | +3,74% | 22 MDH | Forte |
| Managem (mines) | 14 100 DH | +1,51% | 27 MDH | +120,31% |
II. L’ascendant minier · pourquoi les mines tiennent la cote ?
II.1 Une dynamique structurée par les métaux stratégiques
La performance des minières lors de la séance du 11 mai s’inscrit dans un contexte mondial favorable : le cuivre a touché en début de semaine son plus haut depuis trois mois, porté par les retards de production liés à l’arrêt prolongé de la mine indonésienne de Grasberg (Freeport-McMoRan). Parallèlement, l’or et l’argent restent soutenus par les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient. La hausse simultanée des trois minières cotées à la BVC reflète donc une logique macro-sectorielle plus qu’un mouvement isolé sur tel ou tel titre.
+120,31% YTD · 14 100 DH
Pic intraday 14 399 DH atteint dans la séance. Capitalisation au plus haut historique. La valeur reste la plus liquide du compartiment minier, suivie de près par les institutionnels nationaux et étrangers.
+6,10% · 10 820 DH
Volume 11,9 MDH. Le titre bénéficie de la dynamique argent + or et de l’effet base sur 2024-2025. Reste très peu liquide structurellement mais affiche une volatilité favorable.
+3,74% · 5 071 DH
Volume soutenu à 22 MDH. Le titre suit la dynamique des métaux de base. Position particulière sur le complexe plomb-zinc du gisement Tighza.
Cuivre : plus haut 3 mois
Retards Grasberg, tensions géopolitiques, anticipations sur le cycle d’électrification : trois moteurs structurants qui justifient le maintien d’une exposition minier à la BVC.
III. BKGR passe à l’achat sur Sonasid · potentiel de hausse de 35,5%
III.1 Le contenu de la note d’analyse
Le 8 mai 2026, le bureau d’analyse BMCE Capital Global Research (BKGR) a publié une note relevant sa recommandation sur Sonasid de « Accumuler » à « Achat », avec un cours cible de 2 845 DH, soit un potentiel de hausse de 35,5%. Le titre, qui avait signé l’une des meilleures performances de la cote en 2025 avec une hausse de 126%, corrige depuis le début de l’année 2026 d’environ 5,7% dans le cadre d’un mouvement plus large de prise de bénéfices sur les valeurs les plus performantes et liquides de la place.
L’exercice 2025 marque un véritable cap pour Sonasid.
— BMCE Capital Global Research, note d’analyse Sonasid du 8 mai 2026III.2 Les chiffres clés de la transformation 2025
| Sonasid · Indicateurs 2024 / 2025 | 2024 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volumes de vente | Base | +17% | +17% |
| Marge brute approximative | 7% | ~10% | +300 bps |
| EBITDA | 349 MDH | 608 MDH | +74,2% |
| Marge EBITDA | 6,4% | 9,5% | +310 bps |
| RNPG | 141 MDH | 272 MDH | +93% |
| Marge nette | 2,6% | 4,3% | +170 bps |
| Dette nette | -626 MDH | -400 MDH | Tréso positive 497 MDH |
BKGR met particulièrement en avant l’effet marge positif de 268 MDH qui explique l’essentiel de la progression de l’EBITDA en 2025, à côté d’une meilleure contribution du mix-produit et de gains industriels. La marge EBITDA passe ainsi de 6,4% à 9,5% en un seul exercice, matérialisant une transformation profonde du profil économique du sidérurgiste.
III.3 Le plan stratégique 2026-2030 · 1,5 milliard de DH d’investissements
Au-delà des chiffres 2025, Sonasid lance un nouveau cycle de transformation appuyé par un programme d’investissement de 1,5 milliard de DH sur 2026-2030. L’ambition affichée n’est pas seulement d’accroître les volumes, mais de transformer la nature même du groupe :
1 milliard de DH
Soit une multiplication par 1,64 vs les 608 MDH réalisés en 2025. 40% de cet EBITDA cible doit provenir des nouveaux relais de croissance : recyclage, cuivre, aluminium, acier automobile, toron précontraint.
60% acier / 40% non-ferreux
L’activité sidérurgique historique reste majoritaire mais perd progressivement sa prédominance. Une évolution structurante qui doit réduire la cyclicité du groupe.
6,39 Mds DH (2025) → 9,2 Mds DH (2030)
Soit un TCAM de +7,6% sur la période. Projections intermédiaires BKGR : 6,7 Mds DH en 2026 puis 7,17 Mds DH en 2027.
521 MDH
Forte accélération des investissements dès 2026 dans le cadre du déploiement du plan. La trajectoire CAPEX pluriannuel reste élevée jusqu’à 2030.
III.4 Une dimension green steel encore peu valorisée
Au-delà des perspectives financières, BKGR met en avant le positionnement environnemental du groupe. Sonasid s’appuie sur un modèle basé sur le recyclage de la ferraille et l’intégration croissante des énergies vertes. Résultat :
- Intensité carbone inférieure de 68% à la moyenne mondiale des aciéries électriques.
- Réduction de la consommation électrique de l’aciérie de 17% entre 2022 et 2025.
-
Projections BKGR · Sonasid 2026E 2027E 2030E Chiffre d’affaires 6,7 Mds DH 7,17 Mds DH 9,2 Mds DH RNPG 335 MDH 365 MDH n.c. Variation RNPG +23,2% +8,9% — Marge nette ~5% ~5% n.c. Dividende par action 65 DH 71 DH — Rendement projeté 3,1% 3,4% — PER projeté ~25× ~23× < 20×
IV. Le paradoxe rendement / valorisation · pourquoi les investisseurs paient plus cher pour la croissance future
IV.1 Le rendement moyen tombe sous le BDT 5 ans
L’une des observations les plus structurantes de la BVC en 2026 tient au comportement du rendement moyen du marché. Le dividend yield moyen de la cote ressort autour de 2,6%, en-dessous du rendement du Bon du Trésor (BDT) à 5 ans à 2,79% — soit un écart négatif de 23 points de base. Une situation inédite : pour un investisseur strictement orienté revenu, le placement obligataire offre aujourd’hui une rémunération supérieure à celle de l’action moyenne, alors même que les dividendes distribués progressent fortement.
| Dividendes BVC · exercice 2025 (distribués en 2026) | Donnée | Commentaire |
|---|---|---|
| Masse globale distribuée | 25,2 Mds DH | +26% YoY à périmètre constant |
| Sociétés ayant relevé le DPA | 42 sociétés | Mouvement large |
| Sociétés ayant maintenu le DPA | 10 sociétés | Stabilité |
| Sociétés ayant abaissé le DPA | 3 sociétés | Marginal |
| Taux de distribution global | 54,2% | Élevé |
| Contribution Maroc Telecom seul | 43% | DPA 1,43 DH → 4 DH (+2,3 Mds DH) |
| Retenue à la source 2025 | 12,5% | En baisse progressive |
| Retenue à la source 2026 | 11,25% | Effet net DPA positif |
| Retenue à la source 2027 | 10,0% | Effet net DPA positif |
IV.2 Pourquoi un D/Y plus faible malgré des dividendes en hausse ?
Le paradoxe se résout par la mécanique même du rendement. Le D/Y ne dépend pas uniquement du dividende distribué, mais aussi du cours de bourse. Lorsque le prix des actions augmente plus vite que les dividendes, le rendement baisse mécaniquement. Or selon les estimations d’Attijari Global Research (AGR), la capitalisation de la Bourse de Casablanca a augmenté de 70% depuis 2023. Cette hausse comprime le rendement moyen du marché, malgré une progression des dividendes par action sur la même période.
Un autre élément important : la hausse de la masse des dividendes en 2026 est en partie tirée par quelques grands contributeurs. Maroc Telecom explique à lui seul 43% de l’augmentation, grâce au relèvement de son dividende par action de 1,43 DH (2024) à 4 DH (2025), soit un apport additionnel de 2,3 milliards de DH. Cette concentration signifie que la progression globale des dividendes ne se traduit pas automatiquement par un rendement élevé sur l’ensemble du marché.
IV.3 Le marché paie la croissance future
La conclusion structurante : la BVC accepte désormais des rendements immédiats plus faibles sur certains dossiers parce qu’elle anticipe une croissance plus forte des résultats, une amélioration des marges, ou une revalorisation du titre. Le dividende ne disparaît pas de l’analyse, mais il devient une composante du rendement total, à côté de la plus-value potentielle et de la dynamique bénéficiaire attendue.
Une valeur peut afficher un rendement modeste et rester attractive si les bénéfices vont continuer à croître.
— Analyste de la place, sur la dynamique 2026V. Les arbitrages sectoriels · où le PER 21,5× se justifie, où il interroge
V.1 La carte des multiples 2026E par secteur
Avec une capitalisation dépassant 1 079 milliards de dirhams et un PER moyen de 21,5× les bénéfices attendus en 2026, la Bourse de Casablanca se traite désormais sur des niveaux qui imposent une sélectivité renforcée. Les écarts de valorisation entre secteurs sont considérables :
| Secteur | PER 2026E | Valeurs phares (PER) | Lecture marché |
|---|---|---|---|
| Banques | 12,0× | BCP 9,3× / CIH 10,5× / CDM 11,9× / ATW 13,2× | Sous la moyenne |
| BTP & Infrastructures | 24,8× | TGCC 29,8× / SGTM 34,0× | Au-dessus de la moyenne |
| Santé | ~28× | Akdital 26,4× / Vicenne 29,9× | Élevé |
| Mines | 82,6× | Managem ~85× / SMI ~85× | Anticipations très fortes |
| Marché global | 21,5× | — | Référence |
V.2 Banques · le compartiment encore décoté
Avec un PER 2026E de 12,0×, le secteur bancaire ressort très en-dessous de la moyenne du marché. Le marché paie ici une croissance plus régulière, liée à l’évolution du PNB, au coût du risque et à la rentabilité des fonds propres. Selon les anticipations de Fitch Ratings, le secteur devrait afficher un résultat net agrégé en hausse de 26% en 2025, des dépôts à +8,6%, des marges d’intérêt projetées à 3,3-3,4%, et bénéficier à partir de 2026-2027 du cycle d’investissement Coupe du monde 2030 (financé à ~70% par les banques domestiques). Une visibilité des résultats qui peut continuer à peser dans les arbitrages d’allocation.
V.3 Mines · le segment le plus tendu de la cote
À l’inverse, les mines se situent sur des niveaux beaucoup plus exigeants. Avec un PER 2026E de 82,6× pour le secteur (Managem et SMI autour de 85× chacune), le marché anticipe une poursuite de la dynamique portée par les métaux, les volumes et les projets industriels (Boto, Tizert, etc.). Ce type de valorisation peut se défendre si la croissance suit, mais il laisse peu de place à la déception. La séance du 11 mai a illustré le risque inverse : un repli général de la cote mais une résistance miniere — signe que les anticipations restent fermes.
V.4 BTP, santé et industrie · lectures intermédiaires
Le BTP et les infrastructures offrent une lecture intermédiaire : 24,8× pour le secteur, TGCC à 29,8×, SGTM à 34,0×. Le marché paie ici les carnets de commandes, le cycle d’investissement favorable (CdM 2030, autoroutes, ports) et la capacité d’exécution. La santé (Akdital 26,4×, Vicenne 29,9×) reste un compartiment à regarder valeur par valeur, le marché payant la croissance des capacités, le taux d’occupation et la rentabilité opérationnelle.
V.5 La position particulière de Sonasid
Sonasid, avec un PER 2025 de 32× en cours de normalisation, se situe entre deux mondes : le sidérurgiste affiche encore un multiple élevé, mais la trajectoire annoncée par BKGR (PER sous les 20× dès 2029) traduit une compression progressive du ratio si les hypothèses de croissance sont confirmées. Le pari de BKGR est clair : la transformation en groupe diversifié (acier + non-ferreux + recyclage) doit justifier les 35,5% de potentiel de hausse vers 2 845 DH.
À Retenir · Séance du 11 mai 2026
- MASI : -0,53% à 18 850,91 pts · YTD +0,02%.
- MASI 20 : -0,93% à 1 371,13 pts.
- Volume marché central : 185 MDH (contraint).
- Top des hausses : SMI +6,10% à 10 820 DH, CMT +3,74% à 5 071 DH, Managem +1,51% à 14 100 DH (pic intraday 14 399 DH, +120,31% YTD).
- Capitalisation BVC : 1 079 Mds DH (+70% depuis 2023).
- BKGR Sonasid : recommandation relévée à « Achat », cours cible 2 845 DH, potentiel +35,5%.
- Sonasid 2025 : EBITDA 608 MDH (+74,2%), marge EBITDA 9,5% (vs 6,4%), RNPG 272 MDH (+93%), volumes +17%.
- Plan stratégique Sonasid 2026-2030 : 1,5 Md DH d’investissements, EBITDA cible 1 Md DH en 2030, mix 60% acier / 40% non-ferreux.
- Sonasid green steel : intensité carbone -68% vs moyenne mondiale aciéries électriques.
- D/Y moyen marché : 2,6% · BDT 5 ans 2,79% · écart négatif de 23 bps.
- Dividendes 2025 (distribués en 2026) : 25,2 Mds DH (+26%), taux distribution 54,2%, 42 sociétés relèvent leur DPA.
- Maroc Telecom : 43% de la masse additionnelle des dividendes (DPA 1,43 → 4 DH).
- Retenue à la source dividendes : 12,5% (2025) → 11,25% (2026) → 10% (2027).
- PER marché 2026E : 21,5×.
- Écarts sectoriels : Banques 12× (BCP 9,3×) / BTP 24,8× (SGTM 34×) / Santé ~28× / Mines 82,6× (Managem ~85×).
- À surveiller : résistance miniere malgré le repli général, rotation potentielle vers les banques (PER 12×), confirmation de la trajectoire Sonasid au S1 2026.
