Le MASI reflue en début de semaine, mais signe déjà le meilleur mois d'avril de son histoire
À deux jours de l'échéance de la trêve entre Washington et Téhéran, la place casablancaise recule de 1,03% dans le sillage de la remontée du pétrole et du repli des Bourses européennes. Une pause qui n'efface ni le rebond spectaculaire d'avril, ni le retour du Fear & Greed en territoire neutre.
La place casablancaise a entamé la semaine dans le rouge, plombée par la recrudescence des tensions au Moyen-Orient et la remontée des prix du pétrole. Le MASI a clôturé à 19 041,05 points, en repli de 1,03%, après avoir testé un plus bas intraday à 18 885,82 points. L'indice phare de la Bourse de Casablanca conserve néanmoins une performance annuelle de +1,03% — un niveau qui semblait hors d'atteinte il y a encore six semaines.
De son côté, le MASI 20, qui regroupe les vingt plus grandes capitalisations liquides, recule de 1,36% à 1 403,43 points. Sa perte annuelle s'aggrave à -5,53%, illustrant une dynamique nettement moins porteuse pour les blue chips que pour l'ensemble de la cote. Le volume des échanges sur le marché cash demeure modéré à 302 millions de dirhams, un niveau cohérent avec le profil prudent qui caractérise habituellement les séances du lundi.
Contexte · 01 D'une purge à un rebond record : anatomie d'un retournement
Pour comprendre la séance du 20 avril, il faut revenir au trimestre écoulé. Depuis le début de l'année, la Bourse de Casablanca a traversé une correction violente avant de se stabiliser. Le point bas a été atteint début mars, dans une phase de vente particulièrement brutale : entre le 20 février et le 3 mars, le MASI a chuté d'environ 12% en seulement quelques séances, effaçant tous les gains de l'année.
Cette correction s'explique principalement par des facteurs domestiques, dans un contexte de prises de bénéfices après une année 2025 particulièrement forte — le MASI avait gagné plus de 27% sur l'exercice. L'éclatement de la guerre au Moyen-Orient a amplifié le mouvement, renforçant l'aversion au risque chez les investisseurs.
Depuis ce plus bas, la structure des prix s'est progressivement améliorée. Le mouvement du 8 avril, avec un gain de 4%, a marqué un tournant dans la dynamique récente. Puis l'annonce de la réouverture du détroit d'Ormuz a suffi à dissiper les tensions le 17 avril : le MASI a immédiatement réagi, gagnant près de 3% pour repasser au-dessus des 19 000 points. La séance du 17 avril a ainsi ramené le MASI à seulement -0,5% depuis le début de l'année (sur la base de la clôture du 16 avril), contre près de -7% pour le MASI 20 sur la même période.
Le samedi suivant, 18 avril, le détroit a été refermé après de nouvelles déclarations confirmant la poursuite du blocus. La réaction du marché s'est inversée ce lundi : à 11h, le MASI perdait déjà environ 1,8%, avant de se redresser en seconde partie de séance pour limiter sa baisse finale à -1,03%.
Exclusif · 02 Avril 2026 : le meilleur mois d'avril depuis la création du MASI
Malgré le repli du jour, une statistique s'impose avec force. Avec une performance de +10,96% depuis le 1er avril, le MASI signe le meilleur mois d'avril de son histoire — et ce, alors que sept séances restent à courir. Sur les vingt et un mois d'avril observés depuis 2006, aucun n'avait jusqu'ici franchi la barre symbolique des 10%.
Le précédent record était détenu par avril 2006, avec un gain mensuel de +9,89%. Venaient ensuite avril 2010 (+7,60%) et avril 2007 (+7,24%). À l'inverse, les pires mois d'avril ont été 2012 (-5,98%) et 2011 (-5,11%). La moyenne historique du mois ressort à environ +1,7%, confirmant qu'avril est traditionnellement un mois positif pour la place casablancaise, mais rarement euphorique.
Ce que ce graphique raconte est essentiel. Après trois mois consécutifs de baisse — janvier (-0,95%), février (-2,82%) et surtout mars (-5,40%) — le MASI a opéré en avril un retour en force à la hauteur de la capitulation qui l'avait précédé. Ce type de rebond en « V » est rare sur une place comme Casablanca, dont la liquidité limitée amortit traditionnellement les mouvements extrêmes. Il traduit une reprise de confiance alimentée à la fois par des fondamentaux solides (résultats 2025 records, bénéfices agrégés > 50 MMDH, en hausse de près de 40%) et par la pause géopolitique qu'a constituée la réouverture du détroit d'Ormuz.
Sentiment · 03 Le Fear & Greed Index à 55,2 : la prudence retrouvée
Après un rebond qui avait brièvement propulsé l'indice de sentiment à 57,6 vendredi dernier, le Fear & Greed Index MarocBoursier recule légèrement à 55,2 ce lundi soir, en territoire neutre. Ce niveau n'est ni euphorique ni craintif : il reflète un marché en transition, où les investisseurs dosent leur exposition entre les bonnes nouvelles fondamentales et les risques géopolitiques non résolus.
Plusieurs lectures de ce niveau méritent d'être posées. D'abord, le marché n'est pas euphorique — à 55,2, on est très loin des lectures au-dessus de 75 qui signalent habituellement une bulle de court terme. Ensuite, le marché n'est pas non plus craintif : les replis sont achetés rapidement, comme l'illustre la remontée en seconde partie de séance ce lundi.
Cette position médiane est cohérente avec le message technique envoyé par BKGR : le MASI teste actuellement sa moyenne mobile à 200 jours, un niveau clé pour confirmer — ou invalider — la reprise du trend haussier. Le RSI, autour de 59, confirme ce momentum positif avec encore de la marge avant surchauffe. Les supports techniques restent clairement définis dans la fourchette 17 228–17 916 points, tandis que la résistance 18 400–18 850 a été franchie récemment. La prochaine résistance à surveiller est 19 500 puis le précédent plus haut de fin août 2025, situé environ 9,8% au-dessus des niveaux actuels.
Palmarès · 04 Top volumes : ATW, BOA et HPS concentrent l'animation
La microstructure du jour raconte une séance où la prudence l'a emporté sans paniquer. Le trio de tête des volumes a drainé à lui seul près de 29% des échanges cash du jour :
Dans le détail des variations, Lesieur Cristal se distingue à la hausse avec +6,31% à 416,75 DH, tirant profit d'une rotation sectorielle favorable à l'agroalimentaire. À l'inverse, Oulmes recule de 5,98% à 1 147 DH, sanctionné par des prises de profits techniques. À l'issue de la séance, la capitalisation boursière globale du marché s'établit à 1 084 milliards de dirhams.
Le turnover moyen quotidien ressort à 463,5 MDH depuis le début de l'année jusqu'au 16 avril, contre 536,2 MDH un an plus tôt — un recul largement expliqué par une base de comparaison élevée en 2025, portée à l'époque par l'amnistie fiscale. Le lancement des futures sur le MASI 20 introduit par ailleurs de nouveaux outils de couverture et d'analyse des flux, dont l'adoption apparaît graduelle mais tangible.
Valorisations · 05 Les multiples se réajustent, la sélectivité s'impose
La correction récente a rebattu les cartes. Les niveaux atteints fin février pointaient vers des valorisations tendues, avec un PER 2025E autour de 21,7x et un rendement de dividende de 2,8%. À la mi-avril, le PER ressort autour de 21,9x avec un rendement de dividende proche de 2,6%. Les multiples agrégés ont peu changé, mais la baisse des prix a amélioré les points d'entrée sur plusieurs valeurs.
« Sur le papier, le marché ne paraît pas significativement moins cher. Mais la réalité est ailleurs : la correction a surtout amélioré les niveaux d'entrée, avec plusieurs valeurs revenues à des prix plus attractifs. »
Dans le détail, certains segments restent exigeants, notamment les industriels où les multiples dépassent toujours 28x en moyenne. À l'opposé, les financières traitent à des niveaux plus modérés, autour de 14x, avec des rendements oscillant entre 3,3% et 3,7% — de quoi continuer à attirer les flux.
Le marché ne bouge donc plus à l'unisson. Les flux se dirigent de plus en plus vers les segments offrant la meilleure visibilité et les valorisations les plus attractives. Le secteur minier, dopé par la hausse des métaux précieux (or, argent), se distingue particulièrement. Managem est ainsi devenue la première capitalisation de la Bourse de Casablanca, dépassant Attijariwafa Bank, portée à la fois par la hausse des cours des métaux et par une meilleure visibilité stratégique de son pipeline de projets.
Global · 06 Europe et Wall Street sur la défensive, le pétrole repart à la hausse
Le repli casablancais s'inscrit dans un mouvement global. Les Bourses d'Europe ont terminé en repli lundi, à deux jours de la fin de la trêve entre les États-Unis et l'Iran, entre regain de tensions dans la région et espoir résiduel de négociations.
Le pétrole s'est envolé avec les regains de tension dans le détroit d'Ormuz : arraisonnement d'un bateau iranien, attaques de navires commerciaux, fermeture du détroit, incertitude sur la participation de Téhéran aux négociations au Pakistan. À 16h30 GMT, le Brent de la mer du Nord progressait de 5,31% à 95,18 dollars le baril, et son équivalent américain WTI s'échangeait à 88,85 dollars le baril (+5,96%).
Pour les investisseurs, ce qui importe n'est pas tant le niveau absolu du baril — sous ou sur les 100 dollars — que la tendance et la durée pendant laquelle le prix reste à ce niveau élevé. Plus le plateau se prolonge, plus la menace inflationniste se concrétise, obligeant les banques centrales à maintenir plus longtemps des taux réels restrictifs. Les taux d'emprunt des États européens, qui avaient chuté vendredi, sont d'ailleurs repartis à la hausse : le rendement allemand à 10 ans atteint 2,97% contre 2,95% vendredi, et son équivalent français termine à 3,61% contre 3,58%. Aux États-Unis, le 10 ans s'établit à 4,26%.
Vendredi, l'indice élargi S&P 500 avait pourtant atteint un nouveau plus haut, à 7 126,06 points (+1,20%), et le Nasdaq avait touché un sommet pour la troisième séance d'affilée. Le mouvement de ce lundi ressemble donc davantage à une correction technique logique après l'euphorie qu'à un retournement de fond.
Perspectives · 07 Ce qu'il faut surveiller cette semaine
La séance du 20 avril ne change pas fondamentalement la thèse. Le MASI reste en phase de reconquête, adossé à des fondamentaux solides (bénéfices 2025 records, rendement dividende 2,6%, flux étrangers prudemment acheteurs sur les valeurs minières et financières). Le scenario central reste celui d'une confirmation de la rupture au-dessus de la moyenne mobile 200 jours, pour ouvrir la voie vers les 19 500 puis le précédent sommet d'août 2025.
Trois variables seront à surveiller particulièrement dans les prochaines séances :
L'échéance de la trêve Washington–Téhéran ce mercredi. Un prolongement, même flou, soulagerait immédiatement le pétrole et par conséquent les indices risk-on. Une rupture, à l'inverse, replongerait les marchés dans le régime de volatilité qui a dominé fin février / début mars.
Les volumes d'échange sur la BVC. Tant qu'ils restent autour de 300 MDH, la conviction acheteuse est limitée : c'est l'offre qui manque plus que la demande. Un retour durable au-dessus de 500 MDH signalerait une normalisation et légitimerait techniquement la hausse d'avril.
Le comportement du MASI 20 relativement au MASI. L'écart actuel (+1,03% YTD pour le MASI vs -5,53% pour le MASI 20) reflète une sous-performance des blue chips : les grandes banques et grandes capitalisations historiques (hors Managem) n'ont pas encore rejoint le mouvement. Leur ralliement éventuel serait un puissant catalyseur de poursuite.
En l'état, avril 2026 entre dans les livres d'histoire de la Bourse de Casablanca : jamais un mois d'avril n'avait aussi bien traité les actionnaires depuis la création du MASI. Reste à voir si cette performance exceptionnelle sera confirmée — ou au contraire en partie rognée — par les sept séances qui restent à courir.
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- MarocBoursier · Base de données historique du MASI (mois d'avril 2006–2026) · Fear & Greed Index propriétaire