Bourse de Casablanca : entre tensions géopolitiques, envolée minière et rebond technique
- Le MASI clôture à 18 347 pts le 13 avril, en recul de -0,54 %, portant sa contre-performance annuelle à -2,65 %
- Managem s'impose comme 1ère capitalisation de la place à 155,74 Mds MAD, devançant Attijariwafa Bank — performance YTD de +105 %
- Le conflit au Moyen-Orient propulse le Brent au-dessus de 100 $/baril — surcoût estimé à 15 Mds MAD par tranche de +10 $
- Les fondamentaux restent solides : PER attendu à 19,8x en 2026, RNPG agrégé en hausse de +7,7 %
- Trois scénarios prospectifs selon la durée du conflit et la trajectoire de l'or (~4 760 $/once)
Un premier trimestre sous haute pression
Après les sommets atteints en 2025 — une année qualifiée d'euphorique par l'ensemble des opérateurs —, la Bourse de Casablanca a entamé 2026 sur un mode défensif. Les prises de bénéfices se sont multipliées dès janvier, alimentées par un rebond des rendements obligataires et des valorisations devenues exigeantes sur plusieurs grandes capitalisations.
Mais c'est l'irruption de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, fin février, qui a véritablement durci la correction. Le premier trimestre peut se lire en trois temps : janvier-février marqués par la correction et les arbitrages, début mars par la rupture géopolitique, et la seconde moitié du mois par une phase de reconstruction nerveuse mais tangible.
MASI : -8,95 % | MASI 20 : -12,4 %
Capitalisation : 963 Mds MAD | Volumes T1 : 27,65 Mds MAD
Sur l'ensemble des valeurs cotées, seules 12 ont affiché une performance positive sur le trimestre.
Les échanges ont été dominés par Attijariwafa Bank (13,5 % du volume total), SGTM (10,88 %) et TGCC (6,03 %). Le marché a touché un point bas le 5 mars avec un MASI autour de 16 500 points, avant d'amorcer un rebond technique porté par l'espoir d'une trêve au Moyen-Orient et des fondamentaux résilients.
Le choc pétrolier : un canal de transmission direct vers l'économie marocaine
Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une disruption énergétique d'une ampleur inédite depuis 2022. Le détroit d'Ormuz — par lequel transitent environ 20 % de l'offre mondiale de pétrole et une part critique du commerce de GNL — a été quasiment paralysé. Le Qatar, premier exportateur mondial de GNL via ce corridor, a suspendu sa production après des attaques iraniennes.
Le Brent a franchi la barre des 100 dollars le baril, soit plus de 55 % au-dessus de l'hypothèse de 65 dollars retenue dans la Loi de Finances 2026. Pour le Maroc, qui importe environ 90 % de ses besoins énergétiques, les conséquences sont considérables.
Chaque hausse de 10 dollars du baril au-dessus de l'hypothèse budgétaire représente un surcoût d'environ 15 milliards de dirhams pour l'économie marocaine, à volume constant.
Ce lundi 13 avril, la situation a pris un nouveau tournant. L'armée américaine a annoncé un blocus des ports iraniens à compter de 14h00 GMT, après l'échec des pourparlers d'Islamabad. Le pétrole a bondi de 8 % en début de séance asiatique, repassant au-dessus de 100 dollars. L'OPEP a parallèlement abaissé ses prévisions de demande au T2, et les bourses européennes ont ouvert dans le rouge — un contexte qui a pesé directement sur la séance casablancaise.
L'inflation aux États-Unis a d'ailleurs bondi à 3,3 % en mars, portée essentiellement par la hausse des prix de l'énergie (+12,5 %), et en particulier de l'essence (+18,9 %) et du fioul (+44,2 %). La Réserve fédérale a signalé son ouverture à de possibles hausses de taux — un scénario qui, s'il se concrétise, pèserait sur les marchés émergents et frontières, dont le Maroc.
Séance du 13 avril : le MASI recule, Managem domine
Dans ce contexte de tensions renouvelées, le MASI a clôturé en baisse de 0,54 % à 18 347,19 points, portant sa contre-performance annuelle à -2,65 %. Le MASI 20 a cédé 1,49 % à 1 349,87 points (-9,14 % YTD). Les échanges sur le marché central sont restés modérés, avec un volume global de 685 millions de dirhams.
| Valeur | Cours (MAD) | Variation | Volume (M MAD) | Observation |
|---|---|---|---|---|
| Managem | 13 127 | +10,00% | 366 | 1ère capi de la place |
| CMT | 4 895 | +0,20% | 68 | Dynamique minière |
| Salafin | 476,95 | +5,99% | — | Meilleure hausse (hors mines) |
| Addoha | 34,05 | -1,90% | 31 | Immobilier sous pression |
| Wafa Assurance | 5 000 | -6,28% | — | Plus forte baisse du jour |
La capitalisation boursière globale s'établit à 1 049 milliards de dirhams — un niveau supérieur au seuil symbolique des 1 000 milliards, regagné lors du rebond de la première semaine d'avril. Le MASI avait alors signé sa meilleure semaine depuis octobre 2025.
Managem : la star incontestée de 2026
Le phénomène de l'année reste incontestablement Managem. Le titre minier a clôturé en hausse de 10 % à 13 127 dirhams, drainant à lui seul 366 millions de dirhams — plus de la moitié du volume total du marché central.
Managem s'est hissée au rang de première capitalisation boursière de la place casablancaise à 155,74 Mds MAD, détrônant Attijariwafa Bank (150,59 Mds MAD).
Performance YTD : +105 % | Performance 2025 : +339,6 %
Cette envolée repose sur la conjonction de plusieurs facteurs puissants :
L'explosion du cours de l'or
L'once d'or se négocie actuellement autour de 4 760 dollars, après avoir touché un sommet historique à 5 598 dollars fin janvier 2026. Goldman Sachs a relevé son objectif de fin d'année à 5 400 dollars, tandis que Bank of America envisage 6 000 dollars dès le printemps. La hausse cumulée de l'or dépasse 300 % sur dix ans et 65 % sur la seule année 2025 en dollars.
Le contexte géopolitique comme accélérateur
La guerre au Moyen-Orient renforce massivement la demande pour les valeurs refuges, alimentée par les achats massifs des banques centrales émergentes (estimés à 60 tonnes/mois en moyenne), le retour des flux vers les ETF adossés à l'or, et l'aversion au risque des investisseurs institutionnels.
La dynamique sectorielle minière au Maroc
Le compartiment mines a progressé de près de 40 % au premier trimestre — la seule performance sectorielle positive notable de la cote. SMI, Minière Touissit et CMT ont également tiré leur épingle du jeu.
Les facteurs structurels d'un marché en transition
Au-delà du choc conjoncturel, plusieurs éléments structurels éclairent la volatilité actuelle de la place casablancaise.
La montée en puissance des investisseurs particuliers. Leur part dans les volumes d'échanges est passée d'environ 10 % en 2023 à près de 30 % en 2025. Plus réactifs et orientés court terme, ces acteurs amplifient les mouvements de marché dans les deux sens — un facteur à intégrer dans toute lecture de la volatilité observée.
Un marché peu profond et concentré. La Bourse de Casablanca reste dominée par les flux sur un nombre restreint de grandes capitalisations, ce qui la rend vulnérable aux arbitrages institutionnels entre classes d'actifs (actions, obligations, OPCI).
Les encours OPCVM sous pression. Après avoir culminé à 815 milliards de dirhams mi-février, les encours ont reculé à environ 756,4 milliards au 4 avril. Les fonds actions ont été les plus touchés (-2,41 % sur une semaine mi-mars), tandis que les fonds monétaires ont mieux résisté (+3 %). Le marché compte 614 OPCVM en activité.
L'impact des financements innovants de l'État. En 2025, les opérations OPCI avaient mobilisé 35 milliards de dirhams, entraînant des réallocations au détriment des marchés actions. L'enveloppe 2026 est ramenée à 20 milliards, mais l'effet structurel perdure.
Des fondamentaux qui restent solides
Malgré la volatilité, les fondamentaux bénéficiaires de la cote ne se sont pas dégradés.
| Indicateur | 2024 | 2025e | 2026e | Variation 25/26 |
|---|---|---|---|---|
| RNPG agrégé (Mds MAD) | 31,5 | 41,2 | 44,4 | +7,7% |
| Chiffre d'affaires agrégé (Mds MAD) | — | 299,4 | 323,9 | +8,2% |
| Résultat d'exploitation (Mds MAD) | — | 84,3 | 91,3 | +8,3% |
| PER agrégé | 35,3x | 22,9x | 19,8x | Détente |
Le PER, qui avait atteint 35,3x en 2024, s'est nettement détendu. À 19,8x attendu en 2026, il repasse sous la moyenne 5 ans, offrant un profil de valorisation plus attractif pour les investisseurs de moyen terme.
Sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib conserve une marge de manœuvre dans un contexte d'inflation maîtrisée autour de 1 %, même si la flambée énergétique constitue un risque haussier significatif. Le taux directeur est attendu autour de 2 % en 2026. Par ailleurs, la Banque mondiale a accordé ce lundi 500 millions de dollars au Maroc pour soutenir l'emploi et la croissance verte — un signal de confiance institutionnelle.
Prévisions : trois scénarios pour la suite de 2026
L'évolution de la Bourse de Casablanca dépendra de trois variables interdépendantes. Saham Capital Bourse et les principaux bureaux de recherche de la place dessinent les scénarios suivants :
Choc temporaire — Normalisation rapide
Trêve durable au Moyen-Orient, réouverture d'Ormuz. Le Brent revient sous 75 $. Le MASI retrouve les 19 500+ pts d'ici fin S1. Les flux reviennent vers les actions, les OPCVM se reconstituent.
Conflit prolongé — Volatilité durable
Tensions persistantes mais contenues. Brent entre 85 et 100 $. Le MASI oscille entre 17 500 et 19 000 pts. Le secteur minier continue de surperformer. Pression modérée sur les marges des entreprises importatrices.
Enlisement régional — Stress prolongé
Escalade militaire, Ormuz durablement perturbé. Brent au-dessus de 110 $. Facture énergétique en forte hausse, risque inflationniste, pression sur le déficit budgétaire. Le MASI pourrait revisiter les 16 000 pts.
Parallèlement, plusieurs catalyseurs structurels restent en jeu : le lancement des premiers ETF marocains dans le cadre de la réforme des OPCVM, l'éventuelle intégration au MSCI Emerging Markets, et la poursuite des introductions en Bourse qui contribuent à élargir et diversifier la cote.
Chiffres clés — Synthèse
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| MASI (clôture 13/04) | 18 347,19 pts (-0,54%) |
| Performance MASI YTD | -2,65% |
| MASI 20 (clôture 13/04) | 1 349,87 pts (-1,49%) |
| Performance MASI 20 YTD | -9,14% |
| Capitalisation boursière | 1 049 Mds MAD |
| Volume du jour (marché central) | 685 M MAD |
| Managem (clôture) | 13 127 MAD (+10%) |
| Capitalisation Managem | 155,74 Mds MAD — 1ère capi |
| Performance Managem YTD | +105% |
| Brent (baril) | ~100 USD |
| Or (once) | ~4 760 USD |
| Encours OPCVM (04/04) | 756,4 Mds MAD |
| RNPG agrégé estimé 2026 | 44,4 Mds MAD (+7,7%) |
| PER estimé 2026 | 19,8x |
La Bourse de Casablanca se trouve à la croisée des chemins. Le trimestre écoulé a démontré que le marché, s'il reste vulnérable aux chocs externes, conserve une capacité de rebond technique appréciable dès que la pression se desserre — les fondamentaux demeurant solides. L'enjeu, pour les investisseurs, est désormais de distinguer les mouvements de panique des tendances de fond. Et dans cette équation, le secteur minier marocain, porté par un or en territoire record, s'impose comme le grand gagnant d'un monde en pleine recomposition.
