IPO de Cash Plus : une fintech marocaine entre rendement et expansion

La direction de Cash Plus a présenté fin octobre 2025 à Casablanca les détails de son introduction en Bourse, une opération de 750 MDH combinant augmentation de capital et cession d’actions 

Casablanca, Maroc. La Bourse locale s’apprête à accueillir une nouvelle venue de poids dans la finance de proximité. Cash Plus, le leader marocain du transfert d’argent et des services financiers aux particuliers, lance une introduction en Bourse de 750 millions de dirhams (MDH) qui suscite déjà un fort intérêt des investisseurs. Ce n’est que la deuxième IPO de l’année sur la place casablancaise – la précédente, Vicenne, ayant connu un succès retentissant – et les analystes anticipent un accueil favorable pour cette fintech rentable et solidement ancrée dans le paysage local.

Les contours de l’opération et ses objectifs

L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a donné son feu vert fin octobre. L’opération proposée par Cash Plus porte sur un montant global de 750 MDH, sous la forme d’une émission de 2 000 000 d’actions nouvelles et la cession de 1 800 000 actions existantes au prix unitaire de 200 DH. La période de souscription est fixée du 19 au 25 novembre 2025, l’allocation des titres interviendra le 28 novembre et la première cotation est prévue le 8 décembre 2025. À l’issue de l’opération, la capitalisation boursière de Cash Plus atteindrait environ 4 milliards de dirhams.

Cette IPO est structurée pour consolider un modèle déjà éprouvé plutôt que pour le transformer radicalement. 400 MDH seront levés en augmentation de capital pour financer l’expansion, tandis qu’environ 350 MDH serviront de cash-out pour l’actionnaire Mediterrania Capital Partners, qui réalise ainsi une cession partielle de sa participation. Le flottant représentera près de 19% du capital (environ 3,8 millions d’actions),  un niveau jugé suffisant pour assurer la liquidité du titre et potentiellement permettre son intégration future dans les indices majeurs de la Bourse de Casablanca (MASI, MASI 20). Par ailleurs, les familles fondatrices Tazi et Ammar conserveront chacune environ 35% du capital après l’introduction, avec un engagement de conservation de leurs titres pendant sept ans, gage de stabilité pour la gouvernance et la stratégie à long terme.

Les dirigeants de Cash Plus affichent trois objectifs stratégiques derrière cette introduction en Bourse :

  • Renforcement du réseau et de la proximité. « Aller toujours au plus proche des Marocains, là où ils sont », explique Nabil Ammar, PDG de Cash Plus. L’entreprise compte densifier son maillage territorial en ouvrant de nouvelles agences, en couvrant les zones blanches (zones peu ou pas servies), en inaugurant des flagship stores et en nouant des partenariats avec d’autres réseaux de distribution pour élargir sa présence.

  • Accélération de la transformation digitale. Cash Plus entend investir dans ses services numériques et pousser plus loin la dématérialisation des transactions. « Nous voulons créer une super-application réunissant à la fois des services financiers et des services du quotidien », détaille Nabil Ammar. La plateforme mobile Cash Plus, déjà bien implantée, servirait de socle à cette stratégie de digitalisation renforcée.

  • Croissance externe ciblée. Enfin, la société reste en veille sur d’éventuelles opportunités d’acquisitions ou de partenariats stratégiques. Il s’agirait d’investissements permettant de renforcer ses positions actuelles ou de développer de nouvelles activités complémentaires, si l’occasion se présente.

En somme, les fonds levés doivent servir à accélérer la diversification, l’extension du réseau et l’innovation digitale, afin de conforter le leadership national de Cash Plus dans les services financiers de proximité. « C’est un moment historique pour l’entreprise que nous sommes, mais aussi pour son fondateur, qui a démarré il y a vingt ans avec un petit réseau d’agences dédié au transfert d’argent », a souligné Nabil Ammar lors de l’annonce de l’IPO.

Un acteur clé de la finance de proximité au Maroc

Fondée en 2004, Cash Plus s’est imposée comme un acteur intégré des services financiers du quotidien. Titulaire depuis 2019 d’un agrément d’établissement de paiement délivré par Bank Al-Maghrib, la société opère un modèle hybride combinant un vaste réseau physique et des services digitaux. Son offre englobe les transferts d’argent nationaux et internationaux, le change de devises, le paiement de factures, la recharge téléphonique, l’expédition de courrier et messagerie et la gestion de comptes de paiement via mobile (m-wallet). En collaboration avec des partenaires privés et publics, Cash Plus joue un rôle central dans la démocratisation des services financiers et l’inclusion financière des populations, notamment non bancarisées.

Avec près de 5 000 points de service à mi-2025, l’entreprise dispose d’un maillage territorial inégalé, animé à 87% par des mandataires franchisés. Ce réseau dense – incluant plus de 650 agences en propre et un ancrage fort en zones rurales (20% des points de vente) – constitue un avantage compétitif décisif. La proximité géographique est au cœur du modèle Cash Plus, qui mise sur des agences accessibles partout au Maroc. La stratégie de développement vise d’ailleurs à accroître la couverture dans les régions rurales et périurbaines tout en renforçant la présence dans les grands centres urbains à fort volume de transactions. Cette capillarité du réseau, combinée à une confiance de la clientèle acquise en 20 ans d’activité, érige une véritable barrière à l’entrée pour d’éventuels concurrents. « Cash Plus repose sur un modèle de masse, appuyé sur un large maillage territorial… sur des segments où la banque classique n’a pas la même portée », observe un analyste financier. En d’autres termes, l’entreprise a su occuper l’espace entre les grandes banques traditionnelles et les fintechs 100% digitales, créant un segment nouveau de “finance de proximité organisée” en Bourse.

Croissance soutenue et rentabilité élevée

Sur le plan financier, Cash Plus affiche des performances en forte progression ces dernières années. Le produit net bancaire (PNB) – indicateur clef équivalent au chiffre d’affaires pour ce type d’activité – est passé de 440 MDH en 2022 à 879 MDH estimés en 2025, soit une croissance annuelle moyenne de plus de 25%. Cette dynamique remarquable, bien supérieure à la tendance du marché, résulte de la diversification des services et de l’extension du réseau. La dépendance aux seuls transferts d’argent a d’ailleurs été fortement réduite : ces derniers représentaient 73% des revenus en 2022 contre environ 52% en 2025, grâce à l’essor des autres prestations (paiements, change, comptes, etc.). Parallèlement, le résultat d’exploitation a presque doublé, de 213 MDH en 2022 à 415 MDH en 2025, tout en maintenant une marge opérationnelle confortable (près de 47% du PNB). Le résultat net part du groupe suit la même trajectoire, passant de 121 MDH à 237 MDH sur la période, ce qui correspond à une marge nette autour de 27% – un niveau exceptionnellement élevé pour un établissement non bancaire. « C’est une rentabilité remarquable pour un acteur non bancaire, comparable à celle de certaines institutions financières régulées, avec un profil de risque pourtant bien plus léger », souligne un analyste du marché. En effet, le modèle Cash Plus génère des cash-flows réguliers et peu risqués : grâce au système de prépaiement imposé aux franchisés et à la règle des soldes positifs, le coût du risque sur les transactions est devenu quasi nul depuis 2025.

Les projections à moyen terme restent robustes mais prudentes. Le management table sur un PNB en hausse d’environ 10,6% par an entre 2025 et 2030, pour atteindre 1,46 milliard de DH à l’horizon 2030. Le résultat d’exploitation suivrait une croissance similaire (estimé à 696 MDH en 2030, +10% par an), tout comme le résultat net, attendu autour de 397 MDH en 2030. Autrement dit, Cash Plus n’est plus en phase de “hyper-croissance” comme entre 2022 et 2024 (où le PNB augmentait de plus de 30% par an), mais entre dans une phase de maturité où la croissance, bien que solide, est plus modérée et prévisible. Cette maturation s’accompagne d’un choix stratégique assumé : faire de Cash Plus une valeur de rendement pour les actionnaires. Historiquement, l’entreprise distribuait déjà l’essentiel de ses bénéfices (107 MDH de dividendes versés en 2022, soit presque 100% du résultat). Désormais, 85% du résultat net seront distribués en moyenne chaque année de 2025 à 2030 selon la note d’opération. Concrètement, cela donnerait un dividende par action d’environ 8,9 DH dès 2025, procurant un rendement de 4,4% au prix d’introduction – un niveau très attractif comparé à la moyenne du marché marocain (2,7%). Ce dividend yield atteindrait même près de 6,7% en 2030, d’après le business plan, grâce à la progression attendue des résultats.

Cette politique de distribution généreuse est rendue possible par la nature du modèle économique. « L’entreprise dégage une rentabilité stable, peu dépendante des cycles économiques. Elle n’a pas besoin de réinvestir massivement pour soutenir sa croissance. L’IPO lui apporte déjà les fonds nécessaires à l’expansion du réseau et à la digitalisation », explique un analyste. En d’autres termes, Cash Plus n’est pas une valeur de croissance spéculative, mais une valeur de rendement à forte visibilité. Faible endettement, coûts maîtrisés et revenus récurrents permettent de verser des dividendes élevés sans compromettre l’équilibre financier. Cette combinaison de croissance modérée, de rendement élevé et de risques limités confère à Cash Plus un profil hybride singulier parmi les récentes introductions en Bourse. La valorisation proposée reflète d’ailleurs cette approche mesurée : au prix de 200 DH, le titre ressort à environ 20 fois les bénéfices 2024, un multiple qui se réduirait vers 10 fois à l’horizon 2030 selon les projections. Cela traduit une décote réelle par rapport au potentiel de croissance future, fondée sur la visibilité des cash-flows plutôt que sur des paris hasardeux. « Sa valorisation reste franchement attractive… Il y a une décote réelle par rapport à son potentiel, et ça, les investisseurs le voient », estime un observateur du marché.

Défis de la transition numérique et de la concurrence

Si le modèle de Cash Plus est solide, il n’est pas exempt de défis à plus long terme. Le principal paradoxe tient à sa dépendance encore forte au cash. En dépit de la montée en puissance du digital, une grande partie des flux traités repose toujours sur des transactions physiques en espèces et des opérations de transfert traditionnelles. Tant que l’économie marocaine reste largement monétisée, ce modèle tourne à plein régime. Mais à plus long terme, la dématérialisation progressive des paiements pourrait finir par éroder les volumes d’activité de Cash Plus. Le défi pour le groupe sera donc de réussir sa transition numérique sans se couper de sa base historique. Il lui faut accompagner sa clientèle habituée au guichet vers des usages digitaux, sans casser le lien de confiance bâti sur la proximité humaine.

La concurrence constitue l’autre volet à surveiller. Le succès de Cash Plus n’a pas échappé aux banques traditionnelles, qui développent leurs offres de mobile banking, ni aux opérateurs télécoms et aux nouvelles fintechs agréées, de plus en plus présents sur le segment des paiements mobiles et des transferts de fonds. Ces acteurs ciblent pour partie la même clientèle grand public, notamment en ville. L’atout compétitif de Cash Plus demeure pour l’instant son empreinte physique inégalée et sa notoriété nationale. Néanmoins, à terme, l’arbitrage entre la commodité du numérique et la proximité réelle pourrait rebattre les cartes du secteur. Pour rester en tête, Cash Plus devra donc poursuivre son innovation tout en capitalisant sur sa marque de confiance.

Sur ce plan, la société a déjà amorcé une digitalisation progressive plutôt qu’une rupture brutale. Son application Cash Plus Mobile revendique 1,3 million d’utilisateurs actifs, et de nouvelles fonctionnalités sont régulièrement ajoutées (ouverture de compte en ligne, carte de paiement et e-commerce, transfert via partenaires internationaux comme PayPal, etc.). Le prochain saut sera le lancement d’une Super App intégrant l’ensemble des services, via la filiale technologique Mobila. L’idée n’est pas de se détourner du cash mais de proposer un écosystème hybride : « Le digital vient compléter le cash, pas le remplacer ; chaque agence devient un relais du service mobile, et chaque client digital garde un lien avec le réseau physique », explique un spécialiste du secteur. Cette stratégie d’hybridation – moderniser sans brusquer – apparaît comme un atout maître de Cash Plus pour aborder l’avenir : évoluer vers le numérique tout en conservant la confiance d’une clientèle attachée à la proximité.

Un marché confiant face à une IPO atypique

Dans un contexte boursier marocain en reprise, Cash Plus arrive avec un profil rassurant. L’introduction intervient en effet à un moment porteur, marqué par la hausse des transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) et par une bonne dynamique du tourisme – deux facteurs qui soutiennent les flux financiers traités par l’entreprise – ainsi que par une adoption croissante des services financiers digitaux dans le pays. BMCE Capital Global Research ne cache pas son optimisme : la société de recherche recommande aux investisseurs de souscrire à l’IPO au prix de 200 DH, avec un cours cible de 254 DH, soit un potentiel de hausse d’environ +27. Selon ces analystes, la valorisation via un modèle d’actualisation des dividendes (DDM) traduit la solidité du modèle économique et la qualité des perspectives du groupe. Les multiples ressortent raisonnables, avec un P/E cible estimé à 17,5x en 2026, en dessous de la moyenne du marché (plus de 21x). De plus, le rendement du dividende nettement supérieur à la norme du marché est un argument de poids pour les gérants en quête de revenus réguliers.

Au-delà des chiffres, cette IPO séduit par son histoire industrielle et son positionnement unique. Cash Plus n’est pas une jeune startup en quête de capitaux pour prouver son modèle, mais une entreprise mature de 20 ans qui vient consacrer son succès sur la place publique. « Cette introduction en Bourse n’a rien d’une fuite en avant. Elle consacre un modèle qui a déjà fait ses preuves… Cash Plus n’entre pas en Bourse pour se réinventer, mais pour s’ancrer durablement dans le paysage financier marocain », souligne un analyste chevronné. De fait, l’IPO de Cash Plus est souvent qualifiée d’opération de consolidation, pas de rupture. Le groupe cherche à institutionnaliser son modèle, à gagner en envergure financière tout en maintenant le cap stratégique qui a fait sa réussite. Pour le marché casablancais, l’arrivée de Cash Plus apporte de la diversification sectorielle (la fintech et les paiements étant peu représentés jusqu’ici) et un signal de confiance. Le succès attendu de cette opération pourrait encourager d’autres entreprises innovantes à franchir le pas de la Bourse, contribuant à doper la liquidité et la vitalité des marchés marocains.

En conclusion, tous les voyants semblent au vert pour que l’IPO de Cash Plus soit accueillie favorablement par les investisseurs. La société offre le visage rassurant d’une fintech rentable, à la fois traditionnelle par son ancrage local et moderne par sa vision digitale. Son entrée en Bourse, combinant promesse de rendement attractif et perspectives de croissance durable, incarne le tournant d’une économie marocaine où la finance de proximité prend désormais rang sur les marchés financiers organisés. « Cash Plus coche toutes les cases. C’est une entreprise solide, connue du grand public, et sa valorisation reste franchement attractive » résume un expert du marché. Si les promesses sont tenues, cette introduction pourrait bien marquer un tournant pour la place financière de Casablanca en ouvrant la voie à une nouvelle génération d’entreprises hybrides entre finance et technologie.

Sources : Médias24medias24.commedias24.commedias24.commedias24.com; La Vie écolavieeco.com; AllAfrica/Daba Financeallafrica.comallafrica.com; Boursenewsboursenews.maboursenews.ma.